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Ils ne se retournent pas

31 Mai 2013, 05:56am

Publié par vertuchou

Ils ne se retournent pas pour dire adieu à l’exil,
un autre les attend. Ils se sont habitués
à tourner en rond,
sans devant, sans arrière,
sans nord ou sud. “Ils migrent”
de la clôture vers le jardin et laissent un testament
dans chaque mètre du patio de la maison :
“Après nous, ne vous souvenez
que de la vie…”
“Ils voyagent” du matin verdoyant
à la poussière du midi,
portant leurs cercueils emplis
des objets de l’absence :
une carte d’identité et une lettre d’amour
pour une femme à l’adresse inconnue :
“Après nous, ne te souviens
que de la vie…”
“Ils migrent” des maisons vers les rues,
faisant le V blessé de la victoire et disant
à quiconque les voit :
“Nous vivons encore,
ne vous souvenez pas de nous !”
Ils sortent du récit pour respirer et s’ensoleiller.
Ils rêvent de voler plus haut…
et encore plus haut.
Ils s’élèvent et se posent, partent et reviennent,
sautent des céramiques anciennes
vers les étoiles
et reviennent dans le récit…
Pas de fin au commencement.
Ils fuient la somnolence
vers l’ange du sommeil,
blanc. Leurs yeux ont rougi
d’avoir tant contemplé
le sang répandu :
“Après nous,
ne vous souvenez
que de la vie…”

 

Mahmud Darwish

 

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Hanylyk

30 Mai 2013, 05:58am

Publié par vertuchou

Rena-Effendi-Hanylyk_2006-2009_70-70.jpg

 

Rena Effendi

Hanylyk

 

2006-2009

70 x 70

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Autant que Valiane avait de beautés

29 Mai 2013, 05:55am

Publié par vertuchou

Tourmenté d'un amour qui me plaît et me blesse,
Blessé d'un désespoir que j'aime et qui me nuit,
Amant désespéré, la fureur m'a réduit
Au secours des sorciers contre une enchanteresse.

Ses cheveux ont lié mon esprit à leur tresse,
Ses beaux yeux m'ont charmé, sa bouche m'a séduit,
Son sein porte une fraise, et plus bas est un fruit
Qui me fait enrager dans la faim qui me presse.

Venez à moi, Démons, apportez avec vous
Vos herbes et votre art, afin qu'à mon courroux
Ma main et mon amour puissent fournir des armes.

Aimez-moi, Valiane, ou bien tant de tourments
Me feront contre vous aider d'enchantements,
Voyant que contre moi vous vous servez de charmes.

 

Pierre de Marbeuf

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Que la vie en vaut la peine

28 Mai 2013, 05:16am

Publié par vertuchou

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent. Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix.

D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
II y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant.

C'est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n'est qu'un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l'échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d'être et d'avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l'injustice et l'insomnie
Où l'on porte rongeant votre cœur ce renard
L'amertume et Dieu sait si je l'ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu'on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu'on aime et de ce qu'on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu'ils font.

Malgré l'âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L'entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu'on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu'on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d'une injure ou d'un cri.

Cet enfer Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu'on voulait pourtant ce qu'on voulait
De toute sa croyance imbécile à l'azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

Louis Aragon

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Trancer

27 Mai 2013, 05:18am

Publié par vertuchou

 

 

Trancer--by-Robert-Rauschenberg-.jpg

 

 Robert Rauschenberg

  Trancer

 

huile et écran de soie sur toile

213.68 x 152.4 cm

1963

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Semper aedem

26 Mai 2013, 05:52am

Publié par vertuchou

"D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange,

Montant comme la mer sur le roc noir et nu ?"
— Quand notre coeur a fait une fois sa vendange
Vivre est un mal. C'est un secret de tous connu,


Une douleur très simple et non mystérieuse
Et, comme votre joie, éclatante pour tous.
Cessez donc de chercher, ô belle curieuse!
Et, bien que votre voix soit douce, taisez-vous !


Taisez-vous, ignorante ! âme toujours ravie !
Bouche au rire enfantin! Plus encor que la Vie,
La Mort nous tient souvent par des liens subtils.


Laissez, laissez mon coeur s'enivrer d'un mensonge,
Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe
Et sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils !

 

Charles Baudelaire

 

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Je t'attendais

25 Mai 2013, 05:39am

Publié par vertuchou

 Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse, quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t'attendais, et tous les quais, toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encore que par quelques paupières,
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuilles sur mon cou

Et pourtant c'était toi, dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux, tous mes vaisseaux, tous mes pays
Ces astres, ces millions d'astres qui se levaient

Ah, que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir, ainsi qu'un vin nouveau,
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux, enlacés, par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même
Où tu serais en moi, plus forte que mon sang

Je t'attendais, ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse, quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps. 

René-Guy Cadou 

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Moi, je me balance

24 Mai 2013, 05:58am

Publié par vertuchou

Moi, je m'balance,
Je m'offre à tous les vents,
Sans réticences,
Moi, je m'balance,
Je m'offre à qui je prends,
Le coeur indifférent,

Venez, venez vite,
J'veux tout, mais tout de suite,
Entrez dans ma danse,

Moi, je m'balance,
Dégraffez les cols blancs,
De vos consciences,
Moi, je m'balance,
Mon lit est assez grand,
Pour des milliers d'amants,

Moi, je m'balance,
Au soleil de minuit,
De mes nuits blanches,
Moi, je m'balance,
Chacun sera servi,
Mais c'est moi qui choisis,

C'est moi qui invite,
C'est moi qui vous quitte,
Sortez de ma danse,

Moi, je m'balance,
Parmi tous vos désirs,
Vos médisances,
Moi, je m'balance,
Sans adieu ni merci,
Je vous laisserai ici,
Sans adieu ni merci,
Je vous laisserai ici,

Car j'm'en balance,
J'm'en balance,
J'm'en balance,

Moi, je m'balance,
Au soleil de minuit,
De mes nuits blanches,
Moi, je m'balance,
Chacun sera servi,
Mais c'est moi qui choisis,

C'est moi qui invite,
C'est moi qui vous quitte,
Sortez de ma danse,

Moi, je m'balance,
Parmi tous vos désirs,
Vos médisances,
Moi, je m'balance,
Sans adieu ni merci,
Je vous laisserai ici,
Sans adieu ni merci,
Je vous laisserai ici,

Car j'm'en balance,
J'm'en balance,
J'm'en balance,
J'm'en balance...

Barbara

 

 

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Départ

23 Mai 2013, 05:01am

Publié par vertuchou

La mer choque ses blocs de flots contre les rocs
Et les granits du quai, la mer spumante
Et ruisselante et détonnante en la tourmente
De ses houles montantes.

Les baraques et les hangars comme arrachés,
Et les grands ponts noués de fer et cravachés
De vent ; les ponts, les baraques, les gares
Et les feux étagés des fanaux et des phares
Oscillent aux cyclones,
Avec leurs toits, leurs tours et leurs colonnes.

Et, ses hauts mats craquants et ses voiles claquantes,
Mon navire d’à travers tout casse ses ancres,
Et, cap sur le zénith,
Il hennit de toute sa tête
Vers la tempête —

Et part, bête d’éclairs, parmi la mer.

Dites vers quel inconnu fou
Et vers quels somnambuliques réveils
Et vers quels au-delàs et vers quels n’importe où
Convulsionnaires soleils ?

Vers quelles démences et quels effrois
Et quels écueils cabrés en palefrois,
Vers quels cassements d’or
De proue et de sabord,
Dites, vers quels mirages et quel rire,
S’en va le mors aux dents de mon navire,
Bête d’éclairs parmi la mer ?

Tandis qu’hélas ! celle qui fut ma raison,
La main tendant ses pâles lampadaires,
Le regarde cingler à l’horizon,
Du haut de grands débarcadères.

 

Émile Verhaeren

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La caresse perdue

22 Mai 2013, 05:53am

Publié par vertuchou

Une caresse s’échappe de mes doigts
Et s’en va rouler dans le vent.
Cette caresse qui vagabonde, sans objet ni but
Cette caresse perdue, qui s’en emparera ?

J’aurais pu aimer cette nuit avec une piété infinie,
J’aurais pu aimer le premier qui se serait approché.
Personne ne vient. Les sentiers fleuris sont déserts.
La caresse perdue roulera…roulera.

Si quelqu’un t’embrasse cette nuit sur les yeux, voyageur,
Si les branches exhalent un doux soupir
Si une petite main serre tes doigts,
T’étreint, te laisse, te resserre et s’en va.

Si tu ne vois pas cette main, ni la bouche qui embrasse
Si c’est l’air qui tisse l’illusion d’embrasser,
Oh voyageur, qui a les yeux comme le ciel
Dans le vent, confondue, me reconnaîtras-tu ?

Alfonsina Storni

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