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La poésie est le journal

31 Décembre 2015, 04:29am

Publié par vertuchou

La poésie est le journal d'un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler.
— Carl Sandburg

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J’arrive où je suis étranger

30 Décembre 2015, 04:34am

Publié par vertuchou

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Louis Aragon

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Red Petals Disorder

29 Décembre 2015, 04:24am

Publié par vertuchou

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Première élégie de Duino

28 Décembre 2015, 04:03am

Publié par vertuchou

Certes, il est étrange de ne plus habiter la terre,
ne plus avoir à se servir de gestes à peine appris,
aux roses et à tant d’autres choses si pleines de promesses
ne plus accorder le sens d’un avenir humain ;
n’être plus ce qu’on a été entre des mains infiniment fragiles
et abandonner jusqu’à son nom comme un jouet cassé.
Étrange de ne plus désirer ses désirs. Étrange
de voir flotter sans lien dans l’espace
tout ce qui jadis fut lié.
Être mort est laborieux
et plein de reprises jusqu’à ce que peu à peu on devine
un peu d’éternité.

Rainer Maria Rilke

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Sais-tu, mon doux Seigneur que je ne rêve qu’à toi ?

27 Décembre 2015, 03:57am

Publié par vertuchou

Sais-tu, mon doux Seigneur, que sans cesse je pense à toi, que je ne rêve qu’à toi,

que mon seul et unique désir est de t’appartenir [...] ; être ta maîtresse, ton être, ta tienne ?

Sais-tu que tout ce qui évoque ton souvenir me fait bondir le cœur ?

Sais-tu enfin que je t’aime ardemment avec toutes les forces de mon âme,

tous les regrets et larmes de mon triste passé ?

Je voudrais reprendre ma vie, mes baisers, toutes ces sensations idiotes ;

je voudrais que mon esprit fût aussi vierge que l’était mon coeur

quand je t’ai aimé. Enfin sache que je t’aime, cela est vrai,

cela est grand comme l’amour.

Sarah Bernhardt, lettre à Jean Mounet-Sully

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L’aube je t’aime

26 Décembre 2015, 04:22am

Publié par vertuchou

L’aube je t’aime j’ai toute la nuit dans les veines
Toute la nuit je t’ai regardée
J’ai tout à deviner je suis sûr des ténèbres
Elles me donnent le pouvoir
De t’envelopper
De t’agiter désir de vivre
Au sein de mon immobilité
Le pouvoir de te révéler
De te libérer de te perdre
Flamme invisible dans le jour.

Si tu t’en vas la porte s’ouvre sur le jour
Si tu t’en vas la porte s’ouvre sur moi-même.

Paul Eluard

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Inspiré par le Caravage

25 Décembre 2015, 04:49am

Publié par vertuchou

Ed Wheeler, d'après le Caravage, Le souper à  Emmaus, 1601

Ed Wheeler, d'après le Caravage, Le souper à Emmaus, 1601

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Hospitalité

24 Décembre 2015, 04:39am

Publié par vertuchou

Il pleut, il pleut, bergère,
Presse tes blancs moutons,
Allons sous ma chaumière,
Bergère, vite, allons.
J'entends sur le feuillage
L'eau qui tombe à grand bruit ;
Voici, voici l'orage,
Voici l'éclair qui luit.

Bonsoir, bonsoir, ma mère,
Ma soeur Anne, bonsoir !
J'amène ma bergère
Près de nous pour ce soir.
Va te sécher, ma mie,
Auprès de nos tisons.
Soeur, fais-lui compagnie ;
Entrez, petits moutons.

Soupons: prends cette chaise,
Tu seras près de moi ;
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi :
Goûte de ce laitage ;
Mais tu ne manges pas ?
Tu te sens de l'orage ;
Il a lassé tes pas.

Eh bien, voici ta couche ;
Dors-y jusques au jour ;
Laisse-moi sur ta bouche
Prendre un baiser d'amour.
Ne rougis pas, bergère :
Ma mère et moi, demain,
Nous irons chez ton père
Lui demander ta main.

Philippe Fabre d’Églantine

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Déranger les pierres

23 Décembre 2015, 04:32am

Publié par vertuchou

Je veux mes yeux dans vos yeux
Je veux ma voix dans votre oreille
Je veux les mains fraîches du vent
Je veux encore le mal d’aimer,
Le mal de tout ce qui est merveille
Je veux encore brûler doucement,
Marcher à deux pas du soleil

Et je veux déranger les pierres
Changer le visage de mes nuits
Faire la peau à ton mystère
Et le temps : j’en fais mon affaire

Je veux ton rire dans ma bouche
Je veux tes épaules qui tremblent
Je veux m’échouer tendrement
Sur un paradis perdu
Je veux retrouver mon double
Je veux l’origine du trouble
J’ veux caresser l’inconnu

Je veux mourir un dimanche
Au premier frisson du printemps
Sous le grand soleil de Satan
Je veux mourir sans frayeur
Fondue dans un sommeil de plomb
Je veux mourir les yeux ouverts
Le nez au ciel, comme un mendiant

Paroles : Carla Bruni, musique : Julien Clerc

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Notre paire

22 Décembre 2015, 04:40am

Publié par vertuchou

Notre paire quiète, ô yeux !
que votre "non" soit sang (t'y fier ?)
que votre araignée rie,
que votre vol honteux soit fête (au fait)
sur la terre (commotion).

Donnez-nous, aux joues réduites,
notre pain quotidien.
Part, donnez-nous, de nos oeufs foncés,
comme nous part donnons
à ceux qui nous ont offensés.
Nounou laissez-nous succomber à la tentation
et d'aile ivrez-nous du mal.

Robert Desnos

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