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Articles avec #emois

La femme nue, c'est le ciel bleu

23 Juillet 2016, 03:18am

Publié par vertuchou

La femme nue, c'est le ciel bleu. Nuages et vêtements font obstacle à la contemplation.

La beauté et l'infini veulent être regardés sans voiles. Au fond, c'est la même extase :

l'idée de l'infini se dégage du beau comme l'idée du beau se dégage de l'infini.

La beauté, ce n'est pas autre chose que l'infini contenu dans un contour.

Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie

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Et je pleure, et je crie et je ris

11 Juillet 2016, 03:23am

Publié par vertuchou

Et je pleure, et je crie et je ris au pied d'une fleur des champs,
Égaré, insouciant dans l'âme du printemps, cœur battant,
Cœur serré par la colère, par l'éphémère beauté de la vie.
— Jacques Higelin

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Volontaire bannie comme moi

7 Juillet 2016, 03:54am

Publié par vertuchou

Volontaire bannie comme moi, et elle ne savait pas que derrière les rideaux je la regardais. Alors, écoutez, elle s’est approchée de la glace du petit salon, car elle a la manie des glaces comme moi, manie des tristes et des solitaires, et alors, seule et ne se sachant pas vue,
elle s’est approchée de la glace et elle a baisé ses lèvres sur la glace.

Ô ma sœur folle, aussitôt aimée, aussitôt aimée par ce baiser à elle-même donné.

Ô l’élancée, ô ses longs cils recourbés dans la glace, et mon âme s’est accrochée à ses longs cils recourbés. Un battement de paupières, le temps d’un baiser sur une glace, et c’était elle, elle à jamais. Dites-moi fou mais croyez-moi. Voilà, et lorsqu’elle est retournée dans la grande salle, je ne me suis pas approché d’elle, je ne lui ai pas parlé, je n’ai pas voulu la traiter comme les autres.


Albert Cohen Belle du Seigneur

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Chaque fois qu’elle déplaçait sa tête

29 Juin 2016, 03:31am

Publié par vertuchou

Chaque fois qu’elle déplaçait sa tête, elle créait une femme nouvelle, souvent

insoupçonnée de moi. Il me semblait posséder non pas une, mais d’innombrables

jeunes filles.

Sa respiration, peu à peu plus profonde, soulevait maintenant régulièrement s

a poitrine et, par-dessus elle, ses mains croisées, ses perles, déplacées

d’une manière différente par le même mouvement, comme ces barques,

ces chaînes d’amarre que fait osciller le mouvement du flot.

Alors, sentant que son sommeil était dans son plein, que je ne me heurterais pas

à des écueils de conscience recouverts maintenant par la pleine mer

du sommeil profond, délibérément, je sautais sans bruit sur le lit,

je me couchais au long d’elle, je prenais sa taille d’un de mes bras,

je posais mes lèvres sur sa joue et sur son cœur ; puis, sur toutes les parties

de son corps, posais ma seule main restée libre et qui était soulevée aussi,

comme les perles, par la respiration d’Albertine ;

moi-même, j’étais déplacé légèrement par son mouvement régulier :

je m’étais embarqué sur le sommeil d’Albertine.»

Marcel Proust, La prisonnière

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Et je pleure, et je crie et je ris

25 Juin 2016, 03:29am

Publié par vertuchou

Et je pleure, et je crie et je ris au pied d'une fleur des champs,
Égaré, insouciant dans l'âme du printemps, cœur battant,
Cœur serré par la colère, par l'éphémère beauté de la vie.
— Jacques Higelin

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Les autres mettent des semaines et des mois

17 Juin 2016, 03:44am

Publié par vertuchou

Les autres mettent des semaines et des mois pour arriver à aimer,

et à aimer peu, et il leur faut des entretiens et des goûts communs

et des cristallisations.

Moi, ce fut le temps d’un battement de paupières.

Dites-moi fou, mais croyez moi.

Un battement de ses paupières et elle me regarda sans me voir,

et ce fut la gloire et le printemps, et le soleil, et la mer tiède,

et sa transparence près du rivage et ma jeunesse revenue,

et le monde était né, et je sus que personne avant elle,

ni Adrienne, ni Aude, ni Isolde, ni les autres de ma splendeur et

jeunesse, toutes d’elle annonciatrices et servantes.

Oui, personne avant elle, personne après elle, je le jure sur la sainte Loi

que je baise lorsque solennelle à la synagogue devant moi elle passe,

d’ors et de velours vêtue, saints commandements de ce Dieu

en qui je ne crois pas mais que je révère, follement fier de mon Dieu,

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, et je frissonne en mes os

lorsque j’entends Son nom et Ses paroles.

Albert Cohen, Belle du Seigneur

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Combien douce est

13 Juin 2016, 03:05am

Publié par vertuchou

Combien douce est l'habitation de l'aimé dans l'aimé,

et comme ils se pénètrent de telle sorte que chacun ne sait plus se distinguer.

Cette jouissance est commune et réciproque, bouche à bouche,

cœur à cœur, corps à corps, âme à âme.

Hadewijch d'Anvers

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Ceux qui se sont aimés pendant leur vie

5 Juin 2016, 03:36am

Publié par vertuchou

"Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer l'un à côté de l'autre

ne sont peut-être pas aussi fous qu'on pense. Peut-être leurs cendres se pressent,

se mêlent et s'unissent. [...]

Ô ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir,

de vous aimer, de vous chercher, de m'unir, de me confondre avec vous

lorsque nous ne serons plus.

S'il y avait dans nos principes une loi d'affinité, s'il nous était réservé

de composer un être commun; si je devais dans la suite des siècles refaire

un tout avec vous; si les molécules de votre amant dissous venaient à s'agiter,

à se mouvoir et à rechercher les vôtres éparses dans la nature !

Laissez-moi cette chimère. Elle m'est douce.

Elle m'assurerait l'éternité en vous et avec vous..."

Lettre de Diderot à Sophie Volland (15 octobre 1759)

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Je n'ai jamais imaginé

24 Mai 2016, 03:00am

Publié par vertuchou

Je n'ai jamais imaginé qu'on pût être à ce point hanté

par une voix, par un cou, par des épaules, par des mains.

Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux

où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis.

Romain Gary, La promesse de l'aube

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Il la serra contre sa poitrine à l'étouffer

16 Mai 2016, 03:20am

Publié par vertuchou

Il la serra contre sa poitrine à l'étouffer, sans mot répondre,

comme s'il voulait en lui la faire entrer par force.

Elle en exhala une plainte tant extasiée que se firent des houles

et des grognements de proche réveil sous la voûte où les routiers étaient entassés.

Elle enfuit vivement sa figure dans la tunique de son homme et la mordit

pour ne point geindre, et resta ainsi sans plus vouloir se défaire, farouchement agrippée,

comme si elle craignait de voir s'échapper la chaleur de sa propre vie,

et gémissant encore d'aise à sentir caressée sa chevelure défaite

et la longue courbe de son dos.

Cela leur parut ne durer qu'un instant, et ce fut l'aube.

Mais mille jours et nuits seraient passés, mille saisons ou mille années,

ce temps n'aurait pas plus duré, et pas plus qu'en ce court moment

ils n'auraient goûté plus sûre saveur d'éternité


Henri Gougaud, L'homme à la vie inexplicable

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