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Articles avec #poetes d'aujourd'hui

Elle est celle qui attend

10 Mai 2017, 03:19am

Publié par vertuchou

Elle est celle qui attend.

Égrainer les heures de ses jours et de ses nuits, comme une grenade

ou un épi de maïs, en retirer les mensonges et les duperies,

faire passer les grains de raisin un à un, entre ses doigts, comme des mots

d’insomnie et de chagrin, dessiner un arbre dont aucune feuille ne connaîtrait l’été,

parce qu’elle est celle qui attend.

Elle évoque le poète de son pays lointain :
"Écoutez-moi, vous autres qui traversez le seul, l’infini désert,
Vous, déjà ombres ! qui grincez telles les serrures moisies de la solitude,
Ah ! Vous autres, dans l’urne du silence comme ces poussières, ces grimoires et les années !"

Elle désire le silence, loin du désert des villes abreuvées de foules anonymes

et des regards impavides, le silence où naissent les aubes,

avant qu’elles n’apaisent la peur, le silence d’entre nuit et jour,

celui qui vous prend par la main et vous mène sur les chemins

où l’on éprouvera son souffle, à la rencontre fortuite d’un oiseau sur une branche.

Dans ce frémissement d’ailes et de vent, qui, de la branche et de l’oiseau, est la branche ?

...

Remy Durand

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J’ai aimé

2 Mai 2017, 03:12am

Publié par vertuchou

J’ai aimé des endroits
où secrètement
le soleil se laissait caresser.

Où étaient passées des lèvres,
où les mains avaient couru innocentes,
le soleil brûle.

J’ai aimé comme on brise la pierre,
comme on se perd
dans l’insensible floraison de l’air.

--- Eugénio de Andrade

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Elégie

28 Avril 2017, 03:00am

Publié par vertuchou


Je t'ai cherchée

Dans tous les regards

Et dans l'absence de regards,

Dans toutes les robes dans le vent,
Dans toutes les eaux qui se sont gardées,
Dans le frôlement des mains,

Dans les couleurs des couchants,

Dans les mêmes violettes,

Dans les ombres sous tous les hêtres,

Dans mes moments qui ne servaient à rien,
Dans le temps possédé,
Dans l'horreur d'être là,

Dans l'espoir toujours
Que rien n'est sans toi,

Dans la terre qui monte
Pour le baiser définitif,

Dans un tremblement
Où ce n'est pas vrai
Que tu n'y es pas.



Je t'ai cherchée

Dans la rosée abandonnée.

Dans le noisetier qui garde un secret
Prêt à s'échapper,

Dans le ruisseau,
Il se souvient.

Dans le bêlement des chevreaux de lait,
Dans les feuilles des haies,
Presque pareilles aux nôtres,

Dans les cris du lointain coucou,
Dans les sous-bois qui vont
Où nous voulions aller.

Je t'ai cherchée dans les endroits
Où la verticale
Voudrait s'allonger.

Je t'ai cherchée là
Où rien n'interroge.
J'ai cherché ces lieux.

Je t'ai cherchée

Dans le chant du merle

Qui dit le passé parmi l'avenir,

Dans l'espace qu'il veut bâtir.



Dans la lumière et les roseaux
Près des étangs où rien ne s'oublie.

C'est dans mes joies
Que je t'ai trouvée.

Ensemble nous avons
Fait s'épaissir le soir

Et dorloté des corps
Impatients de servir.



J'ai appris qu'une morte
Soustraite, évanouie,
Peut devenir soleil.

Eugène Guillevic

 

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Ulysse

24 Avril 2017, 03:28am

Publié par vertuchou

                
                à Claude               

    Au sud du bastingage
    il n'y plus rien jusqu'à la Terre Antarctique
    Léviathans et sirènes labourent ces prés marins
    ce portulan gaufré de vagues
    où d'immenses pans de ciel
    s'abattent en averses fourbues
    sans que Dieu lui-même
    en soit informé

    Chaque soir tu regardes la timbale du soleil
    plonger en hurlant dans la mer pommelée
    clins d'oeil des forts matous lovés dans les cordages
    Les espadons bleus filent devant l'étrave
    bande de bijoutiers en fuite

    Au delà des mois que tu n'as pas reçu de lettres
    tu es le dernier des parias à bord de ce navire
    le coeur rendu, un torchon d'étoupe à la main
    tout noir de souvenirs déjà
    tu t'abolis dans le tremblement des hélices
    tu écoutes le chant ancien du sang dans tes oreilles

    Caillots ensoleillés de la mémoire
    et dénombrement des merveilles
    quand tu savais vivre de peu
    ta vie t'accompagnait comme un essaim d'abeilles
    et tu payais sans marchander
    le prix exorbitant de la beauté.

    Nicolas Bouvier

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Prière pour le Messie / Prayer for Messiah

20 Avril 2017, 03:28am

Publié par vertuchou

Son sang sur mon bras est chaud comme un oiseau
son coeur sur ma main est pesant comme du plomb
ses yeux par mes yeux brillent plus clair que l'amour
Ô donne le corbeau avant la colombe

Sa vie dans ma bouche est moins qu'un homme
sa mort sur ma poitrine est plus dure que la pierre
ses yeux par mes yeux brillent plus clair que l'amour
Ô donne le corbeau avant la colombe

Ô donne le corbeau avant la colombe
Ô chante dans tes chaînes enchaîné dans une caverne
tes yeux par mes yeux brillent plus clair que l'amour
ton sang dans mon chant fait s'écrouler la tombe

Ô chante dans tes chaînes enchaîné dans une caverne
tes yeux par mes yeux brillent plus clair que l'amour
ton coeur sur ma main est pesant comme du plomb
ton sang sur mon bras est chaud comme un oiseau

Ô brise parmi tes branches une verte branche d'amour
quand le corbeau sera mort pour la colombe.

--

His blood on my arm is warm as a bird
his heart in my hand as heavy as lead
his eyes through my eyes shine brighter than love
O send out the raven ahead of the dove

His life in my mouth is less than a man
his death on my breast is harder than stone
his eyes through my eyes shine brighter than love
O send out the raven ahead of the dove

O send out the raven ahead of the dove
O sing from your chains where you're chained in a cave
your eyes through my eyes shine brighter than love
your blood in my ballad collapses the grave

O break from your branches a green branch of love
after the raven has died for the dove

Léonard Cohen

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Cet amour

16 Avril 2017, 02:42am

Publié par vertuchou

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivant que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui nous sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.

Jacques Prévert.

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Tes lèvres

12 Avril 2017, 03:04am

Publié par vertuchou

J'aime mieux tes lèvres
Que tous mes livres.
Car avec tes lèvres,
j'en sais plus qu'avec tous mes livres.

J'aime mieux tes lèvres
Que toutes les fleurs.
Car tes lèvres sont plus douces
Et plus délicates que toutes les fleurs.

J'aime mieux tes lèvres
Que tous les mots,
Car avec tes lèvres,
Il n'y a plus besoin de mots...

Pour mon amour 17 déc.72 -  Jean-Piere Perroud

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Berceuse pour les Ours qui ne sont pas là

8 Avril 2017, 02:54am

Publié par vertuchou

    Oursi Ourson Ourzoula
    Je voudrais que tu sois là
    Que tu frappes à la porte
    Et tu me dirais c'est moi
    Devine ce que j'apporte
    Et tu m'apporterais toi.

    C'est dimanche il est 8 heures
    Et je ne veux pas sortir
    Et je m'ennuie à mourir
    Alors je t'écris mon ange
    Une chanson du dimanche
    Une chanson pas très drôle
    Mais on y ajoutera
    Mardi soir un grand couplet
    Viens dormir sur mon épaule
    Et on ne dormira pas.

    Boris Vian

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Tard dans la vie

4 Avril 2017, 02:37am

Publié par vertuchou

Je suis dur
je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
À rêver sans dormir
À dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
je ne suis nulle part
Excepté le néant
je porte accroché au plus haut des entrailles
À la place où la foudre a frappé trop souvent
Un cœur où chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement

Pierre Reverdy

 

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La forêt de l'amour en nous

31 Mars 2017, 03:37am

Publié par vertuchou

  (...)
Je ne voyage qu’entre
Un rêve et un rêve
Nos corps et leurs deux visages
Flux de lumière et deux chansons
Je ne voyage que pour m’éclairer
La face de la vérité dans nos corps
Rêve et réalité sont deux enfants :
Celui-ci est espace
L’autre est temps
(...)

Adonis

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