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Articles avec #poetes d'aujourd'hui

Le bonheur

12 Février 2017, 02:12am

Publié par vertuchou

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

Dans l'ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite,
dans l'ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite,
sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite,
sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite,
de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite,
saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé!

Paul Fort

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Art poétique

8 Février 2017, 02:59am

Publié par vertuchou

Le chant
Peut être silence.

Le silence peut exister
Pour qui chante,

Pour lui
Et pour tous,

Car il porte le chant
À travers les horizons.

Eugène Guillevic

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Je sors de mon appartement somptueux

4 Février 2017, 04:14am

Publié par vertuchou

L'hiver nous dévore cigarette en poudre d’or le bonjour de joconde dit bonjour à tout le monde

la fatigue des animaux sonne sur les sacs de sel et de papillons d’air et de douleur mais la lumière carnivore et le bonjour de joconde il fait froid il fait froid disent bonjour à tout le monde

on se balance les yeux ouverts sur la corde en équilibre les yeux ouverts dansent sur la pointe des pieds il fait froid dans la bouteille de la voix fermée il fait froid lourd sur la route c’est un bonjour de joconde qui siffle tout le long de la route comme les autres autos vélos aéros motos sur la route

l’hiver nous dévore nous les bouts d’or des cigarettes en poudre d’or les gens distingués

Tristan Tzara

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Ma poésie est vive comme le feu

31 Janvier 2017, 03:13am

Publié par vertuchou

Ma poésie est vive comme le feu,

elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.

Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce

qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,

je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,

je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,

je suis la paille sèche où vient battre le son,

je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,

je suis la vanité qui se laisse chuter,

le manteau de métal d’une longue prière

d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini

(Traduction de Martin Rueff)

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Chanson pour le dernier enfant juif

27 Janvier 2017, 03:05am

Publié par vertuchou

Mon père est pendu à l’étoile,
ma mère glisse avec le fleuve,
ma mère luit
mon père est sourd,
dans la nuit qui me renie,
dans le jour qui me détruit.
La pierre est légère.
Le pain ressemble à l’oiseau
et je le regarde voler.
Le sang est sur mes joues.
Mes dents cherchent une bouche moins vide
dans la terre ou dans l’eau,
dans le feu.
Le monde est rouge.
Toutes les grilles sont des lances.
Les cavaliers morts galopent toujours
dans mon sommeil et dans mes yeux.
Sur le corps ravagé du jardin perdu
fleurit une rose, fleurit une main
de rose que je ne serrerai plus.
Les cavaliers de la mort m’emportent.
Je suis né pour les aimer.

Edmond Jabès

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La chambre vide

20 Janvier 2017, 03:13am

Publié par vertuchou

Le moment où la nuit pénètre le jour
est invisible
comme les deux corps qui s'aiment et s'oublient.

De longs silences les traversent
plus musique que la plus pure musique,
un espace pour disparaître et demeurer pourtant.

Ils ne savent que l'instant
qui n’en finit pas d’être l'autre,

ils ne savent que le sang dans la lenteur des mains,

dans la moiteur de l'impossible
le lent éclair qui trace et foudroie leur image

Jacques Ancet

 

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La femme aux trois visages

16 Janvier 2017, 03:07am

Publié par vertuchou

Qui dit qu’elle a un double visage
Les visages
Elle en a trois :
Le premier indéchiffrable, pour le monde extérieur ;
Le second, dissimulé sous le voile de sa propre contemplation.
Le troisième, son visage de l’amour
Qu’une fois, en un moment d’éternité, elle tourna vers moi.

Robert Graves

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Viole

12 Janvier 2017, 02:53am

Publié par vertuchou

Mon coeur, tremblant des lendemains,
Est comme un oiseau dans tes mains
Qui s'effarouche et qui frissonne.

Il est si timide qu'il faut
Ne lui parler que pas trop haut
Pour que sans crainte il s'abandonne.

Un mot suffit à le navrer,
Un regard en lui fait vibrer
Une inexprimable amertume.

Et ton haleine seulement,
Quand tu lui parles doucement,
Le fait trembler comme une plume.

Il t'environne ; il est partout.
Il voltige autour de ton cou,
Il palpite autour de ta robe,

Mais si furtif, si passager,
Et si subtil et si léger,
Qu'à toute atteinte il se dérobe.

Et quand tu le ferais souffrir
Jusqu'à saigner, jusqu'à mourir,
Tu pourrais en garder le doute,

Et de sa peine ne savoir
Qu'une larme tombée un soir
Sur ton gant taché d'une goutte.


Albert Samain

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Commune présence

8 Janvier 2017, 03:42am

Publié par vertuchou

    tu es pressé d'écrire
    comme si tu étais en retard sur la vie
    s'il en est ainsi fais cortège à tes sources
    hâte-toi
    hâte-toi de transmettre
    ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
    effectivement tu es en retard sur la vie
    la vie inexprimable
    la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
    celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
    dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
    au bout de combats sans merci
    hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
    si tu rencontres la mort durant ton labeur
    reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
    en t'inclinant
    si tu veux rire
    offre ta soumission
    jamais tes armes
    tu as été créé pour des moments peu communs
    modifie-toi disparais sans regret
    au gré de la rigueur suave
    quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
    sans interruption
    sans égarement

    essaime la poussière
    nul ne décèlera votre union.

    René Char

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Regarder

4 Janvier 2017, 03:30am

Publié par vertuchou

Avant de regarder
Par la fenêtre ouverte,

Je ne sais pas
Ce que ce sera.

 

Ce n'est pas

Que ce soit la première fois.

Depuis des années
Je recommence

Au même endroit,
Par la même fenêtre.

 

Pourtant je ne sais pas
Ce que mon regard, ce soir,

Va choisir dans cette masse de choses

Qui est là,

Dehors.

Ce qu'il va retenir
Pour son bien-être.

 

Il peut aller loin.

Peu de couleurs.
Peu de courbes.

Beaucoup de lignes.
Des formes,

Accumulées

Par des générations.

 

Je laisse à mon regard
Beaucoup de temps,
Tout le temps qu'il faut.

Je ne le dirige pas.
Pas exprès.

 

J'espère que ce soir
Il va trouver de quoi :

Par exemple
Un toit, du ciel.

Et que je vais pouvoir
Agréer ce qu'il a choisi,

L'accueillir en moi,
Le garder longtemps.

Pour la gloire
De la journée.

Eugène Guillevic

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