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Articles avec #poetes d'aujourd'hui

Le paysage

23 Janvier 2011, 05:41am

Publié par vertuchou

J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour
Ce n'est plus ce bouquet de lilas et de roses
Chargeant de leurs parfums la forêt où repose
Une flamme à l'issue de sentiers sans détour.

J'avais rêvé d'aimer. J'aime encor mais l'amour
Ce n'est plus cet orage où l'éclair superpose
Ses bûchers aux châteaux, déroute, décompose,
Illumine en fuyant l'adieu au carrefour.

C'est le silex en feu sous mon pas dans la nuit,
Le mot qu'aucun lexique au monde n'a traduit
L'écume sur la mer, dans le ciel ce nuage.

A vieillir tout devient rigide et lumineux,
Des boulevards sans noms et des cordes sans noeuds.
Je me sens me roidir avec le paysage.

Robert Desnos

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D'où me vient la tendresse ?

20 Janvier 2011, 05:21am

Publié par vertuchou

D'où me vient
D'où me vient la tendresse ?
J'ai caressé d'autres boucles
Et j'ai connu des lèvres
Plus sombres que les tiennes

Les étoiles s'allumaient et mouraient
(D'où me vient la tendresse ?)
Et les yeux s'allumaient et mouraient
Plongés dans mon regard

J'ai entendu d'autre chants
Dans la nuit sombre et noire
(D'où me vient la tendresse ?)
La tête sur le cœur du chanteur

Marina Tsvetaieva

6 small

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A partir...

16 Janvier 2011, 05:47am

Publié par vertuchou

À partir le long des plages
poussés par les embruns
dans un bruit de rafale
dans un scintillement de bleu
on irait marchant longtemps
vers les rochers
vers le couchant.
Les épaves nous parleraient d'ailleurs
d'îles lointaines de marins pêcheurs
d'autres bruits d'autres odeurs.
À marcher sur le rivage
encore plus lointaines jusqu'à demain
on irait vers ce pays d'au-delà de nous-même.

 

Luce Guilbaud

 

coucher de soleil-1

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Pourquoi les soldats

12 Janvier 2011, 05:40am

Publié par vertuchou

 

                                                                                               

Pourquoi les soldats

autour des étoiles

et ce monde là suspendu

tellement noir

méfié et essaimé

à présent

les hordes écartèlent

ton nom

n'a plus de poids

et ta pensée

n'est plus pensée mais

"clarté-de-mort-là-haut-pendue"

pourquoi ?

 

Esther Tellermann 

 

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La noche en la isla / La nuit dans l'île

11 Janvier 2011, 05:49am

Publié par vertuchou

Toda la noche he dormido contigo
junto al mar, en la isla.
Salvaje y dulce eras entre el placer y el sueño,
entre el fuego y el agua.

 

Toute la nuit j'ai dormi avec toi
près de la mer, dans l'île.
Sauvage et douce tu étais entre le plaisir et le sommeil,

entre le feu et l'eau.

 

Tal vez muy tarde
nuestros sueños se unieron
en lo alto o en el fondo,
arriba como ramas que un mismo viento mueve,
abajo como rojas raíces que se tocan.

 

Très tard peut-être
nos sommeils se sont-ils unis
par le sommet ou par le fond,
là-haut comme des branches agitées par le même vent,
en bas comme rouges racines se touchant.

 

Tal vez tu sueño
se separó del mío
y por el mar oscuro
me buscaba
como antes
cuando aún no existías,
cuando sin divisarte
navegué por tu lado,
y tus ojos buscaban
lo que ahora
—pan, vino, amor y cólera—
te doy a manos llenas
porque tú eres la copa
que esperaba los dones de mi vida.

Peut-être ton sommeil
s'est il aussi dépris du mien
et sur la mer et sur sa nuit
m'a-t-il cherché
comme avant toi et moi,
quand tu n'existais pas encore,
quand sans t'apercevoir
je naviguais de ton côté
et que tes yeux cherchaient
ce qu'aujourd'hui
- pain, vin, amour, colère -
je t'offre à pleines mains
à toi, la coupe
qui attendait de recevoir les présents de ma vie.
.
He dormido contigo
toda la noche mientras
la oscura tierra gira
con vivos y con muertos,
y al despertar de pronto
en medio de la sombra
mi brazo rodeaba tu cintura.
Ni la noche, ni el sueño
pudieron separarnos.

J'ai dormi avec toi
toute la nuit alors
que la terre en sa nuit tournait
avec ses vivants et ses morts,
et lorsque je me réveillais
soudain, par l'ombre environné,
mon bras te prenait par la taille.
La nuit ni le sommeil
n'ont pu nous séparer.

He dormido contigo
y al despertar tu boca
salida de tu sueño
me dio el sabor de tierra,
de agua marina, de algas,
del fondo de tu vida,
y recibí tu beso
mojado por la aurora
como si me llegara
del mar que nos rodea.

J'ai dormi avec toi
et ta bouche, au réveil,
sortie de ton sommeil
m'a donné la saveur de terre,
d'algues, d'onde marine,
qui s'abrite au fond de ta vie.
Alors j'ai reçu ton baiser
que l'aurore mouillait
comme s'il m'arrivait
de cette mer qui nous entoure.

Pablo Neruda

 

 

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L'amoureuse en secret

10 Janvier 2011, 06:02am

Publié par vertuchou


Elle a mis le couvert et mené à la perfection
ce à quoi son amour assis en face d’elle
parlera bas tout à l’heure, en la dévisageant.
Cette nourriture semblable à l’anche
d’un hautbois.
Sous la table, ses chevilles nues caressent
à présent la chaleur du bien-aimé,
tandis que des voix qu’elle n’entend pas
la complimentent. Le rayon de la lampe
emmêle, tisse sa distraction sensuelle.
 Un lit, très loin sait-elle, patiente et tremble
dans l’exil des draps odorants,
comme un lac de montagne qui ne sera jamais abandonné.


René Char

 

 

 


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Éloge de la mélancolie

7 Janvier 2011, 06:07am

Publié par vertuchou

Femme pour un temps d’avène
Femme pour un temps d’exil

Carolina.jpg

Est-ce que l’enfance était plus claire
Était plus sombre que mémoire
Que les pas
     les palais
       les pavés du hasard

Henry Bauchau

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Variations autour d'un verre d'eau

3 Janvier 2011, 04:28am

Publié par vertuchou


Le verre d'eau entre mes mains

et toi sur mes lèvres

mes mains sur le verre d'eau

et mes lèvres sur toi

Le verre d'eau sur mes lèvres

et toi entre mes mains

mes lèvres sur mes mains

toi dans le verre d'eau

le verre d'eau en toi

et mes mains sur mes lèvres4484594463_d70e36b9f9.jpg

mes lèvres sur le verre d'eau

mes mains sur toi.

 

Jorge E. Eielson

 

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Primero de Enero / Le 1er janvier

1 Janvier 2011, 04:10am

Publié par vertuchou

Las puertas del año se abren,
como las del lenguaje,
hacia lo desconocido.
Anoche me dijiste:
mañana
habrá que trazar unos signos,
dibujar un paisaje, tejer una trama
sobre la doble página
del papel y del día.
Mañana habrá que inventar,
de nuevo,
la realidad de este mundo.


 Les portes de l'année s'ouvrent
comme celles du langage
jusqu'à l'inconnu.
Hier soir tu m'as dit :
demain,
 nous aurons à tracer quelques signes,
dessiner un paysage, disposer une trame
 sur la double page
du papier et du jour.
Demain, il faudra inventer
de nouveau la réalité de ce monde.


Ya tarde abrí los ojos.
Por el segundo de un segundo
sentí lo que el azteca,
acechando
desde el peñón del promontorio,
por las rendijas de los horizontes,
el incierto regreso del tiempo.

J'ai ouvert mes yeux tard.
Pendant une seconde d'une seconde
J'ai senti ce que les Aztèques ressentent,

 Étant à l'affût

 Sur la crête du promontoire,

le retour incertain de temps

par les fentes des horizons. 

 
.


No, el año había regresado.
Llenaba todo el cuarto
y casi lo palpaban mis miradas.
El tiempo, sin nuestra ayuda,
había puesto,
en un orden idéntico al de ayer,
casas en la calle vacía,
nieve sobre las casas,
silencio sobre la nieve.


Non, l'année était revenue.
Elle remplissait toute la chambre
et presque mes regards la palpaient.
Le temps, sans notre aide
avait placé
dans  un ordre identique à celui d'hier,
maisons dans la rue vide,
neige sur les maisons,
silence sur la neige.


Tú estabas a mi lado,
aún dormida.
El día te había inventado
pero tú no aceptabas todavía
tu invención en este día.
Quizá tampoco la mía.
Tú estabas en otro día.


Tu étais à mon côté,
encore endormie.
Le jour t'avait inventé
mais tu n'avais pas encore accepté
ton invention dans ce jour.
ni probablement mon invention, non plus.
Tu étais dans un autre jour.


Estabas a mi lado
y yo te veía, como nieve,
dormida entre las apariencias.
El tiempo sin nuestra ayuda,
inventa casas, calles, árboles,
mujeres dormidas.


Tu étais à mon côté
et je te voyais, comme neige,
endormie entre les apparences.
Le temps sans notre aide,
 invente des maisons, des rues, des arbres,
des femmes endormies.


Cuando abras los ojos
caminaremos, de nuevo,
entre las horas y sus invenciones
y al demorarnos en las apariencias
daremos fe del tiempo y sus conjugaciones.


Quand tu ouvriras tes yeux
nous marcherons, encore une fois,
parmi les heures et leurs inventions.
et après avoir pris du retard dans les apparences
nous donnerons  foi au temps et à ses conjugaisons.


Abriremos las puertas de este día,
entraremos en lo desconocido.


Nous ouvrirons les portes de ce jour,
nous entrerons dans l'inconnu.

 

Octavio Paz


 

 

    

 

 

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Il y a

31 Décembre 2010, 06:07am

Publié par vertuchou

Il y a en terre noire
Des menhirs fourchus
Appelés pierres-lyres
Qui chantent
Au soleil couchant.
Il y a dans le ciel
Des oiseaux sans ailes
Coeurs volants
Qui se taisent
Quelle que soit l’heure.
………………………….
Il y a dans l’ombre
Traversant les murs
Le silence d’un homme
Plus criblé de mots
Que le ciel d’étoiles.

 

Louis Guillaume

 

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