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Articles avec #poetes d'aujourd'hui

Temps béni

6 Octobre 2016, 02:55am

Publié par vertuchou

C'est ce qu'on appelle

un temps délicieux

un soleil léger

cuit à point

une brise légère

salée juste

un océan pur

un horizon droit.

Au milieu de ça

un homme invisible

qui ne se voit pas

qui ne sent pas

qui n'a plus de poids.

Un homme sans corps

à peine frôlé d’âme

aujourd'hui c'est moi

et j'entends la vie

qui glisse éternelle

entre mes vingt doigts .

Pierre Bourjut

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L'adieu

2 Octobre 2016, 03:29am

Publié par vertuchou

Est-il vrai, mon amie,
Qu'il n'y a qu'un seul mot pour désigner
Dans la langue qu'on nomme la poésie
Le soleil du matin et celui du soir,
Un seul le cri de joie et le cri d'angoisse,
Un seul l'amont désert et les coups de haches,
Un seul le lit défait et le ciel d'orage,
Un seul l'enfant qui naît et le dieu mort ?...

Oui, je le crois, je veux le croire, mais quelles sont
Ces ombres qui emportent le miroir ?
Et vois, la ronce prend parmi les pierres
Sur la voie d'herbe encore mal frayée
Où se portaient nos pas vers les jeunes arbres.
Il me semble aujourd'hui, ici, que la parole
Est cette auge à demi brisée, dont se répand
À chaque aube de pluie l'eau inutile....

Yves Bonnefoy

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Tableaux frioulants

28 Septembre 2016, 03:27am

Publié par vertuchou

Sans manteau, dans l'odeur de jasmin
je me perds dans ma promenade vespérale,
respirant – avide et prostré, jusqu'à

ne plus exister, à être fièvre dans l'air,
la pluie qui germe et le ciel bleu
qui plombe durement sur les chaussées, signaux,

chantiers, troupeaux de gratte-ciel, amas
de déblais et d'usine, pénétrés
d'obscurité et de misère…

Je marche sur une sordide boue durcie, et je rase
des taudis récents et délabrés, à la lisière
de chauds terrains herbeux…Souvent l'expérience

répand autour d'elle plus de gaieté, plus de vie,
que l'innocence ; mais ce vent muet
remonte de la région ensoleillée

de l'innocence…L'odeur précoce et fragile
de printemps qu'il répand, dissout
toute défense dans ce cœur que j'ai racheté

par la seule clarté : je reconnais d'anciens désirs,
délires, tendresses éperdues,
dans ce monde agité de feuilles.

Pier Paolo Pasolini

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24 septembre 1945

24 Septembre 2016, 04:23am

Publié par vertuchou

Le plus beau des océans
est celui que l’on n’a pas encore traversé.
Le plus beau des enfants
n’a pas encore grandi.
Les plus beaux de nos jours
sont ceux que nous n’avons pas encore vécus.
Et les plus beaux des poèmes que je veux te dire
sont ceux que je ne t’ai pas encore dits.

Que c’est beau de penser à toi :
à travers les rumeurs de morts et de victoire
en prison
alors que j’ai passé la quarantaine…

Que c’est beau de penser à toi :
ta main oubliée sur un tissu bleu
et dans tes cheveux
la fière douceur de ma terre bien-aimée d’Istanbul…
C’est comme un second être en moi
que le bonheur de t’aimer…
le parfum de la feuille de géranium au bout de mes doigts,
une quiétude ensoleillée
et l’invite de la chair :
striée d’écarlate
l’obscurité
chaude
dense…

Nâzim Hikmet

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Je suis comme je suis

20 Septembre 2016, 03:03am

Publié par vertuchou

Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi


Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais


Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé
Oui j'ai aimé quelqu'un
Oui quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer.

Jacques Prévert

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sommes-nous

16 Septembre 2016, 03:47am

Publié par vertuchou

sommes-nous
cette fable
que notre corps
raconte


sommes-nous
le mot de l'énigme

un presque vivre
ou un presque mourir
quelque chose d'étrange
entre Dieu et poussière


sommeil
comme désert
ou village
sous la neige


Raymond Farina

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Un oiseau s’envole

12 Septembre 2016, 04:33am

Publié par vertuchou

Un oiseau s’envole,
II rejette les nues comme un voile inutile,
II n’a jamais craint la lumière,
Enfermé dans son vol
II n’a jamais eu d’ombre.

Coquilles des moissons brisées par le soleil.
Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
Elles ne savent dire que oui,
Toute question, toute réponse
Et la rosée coule au fond de ce oui.

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d’amour.
Il en rassemble les merveilles
Comme des feuilles dans un bois,
Comme des oiseaux dans leurs ailes
Et des hommes dans le sommeil.

Paul Eluard

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Une vie, une vie

8 Septembre 2016, 03:18am

Publié par vertuchou

Une vie mesurée
Une vie enterrée

Une vie dissolue
Une vie révolue

Une vie bien rangée
Une vie dérangée

Une vie retrouvée
Une vie vite gâchée

Une vie passionnée
Une vie explosée

Une vie qui viendra
Une vie qui restera ?

Une vie, rien qu’une vie
Une vie qui s’enfuit


Patrick Belloeil

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Les contraires

4 Septembre 2016, 03:23am

Publié par vertuchou

l y a celui qui vit
dans l'auberge des feuilles
Et celui qui bâtit
de hautes citadelles

Il y a le feu qui pourrit
sur sa cendre muette
Et la flamme en tes yeux
qui ne saurait s'éteindre

Il y a des souvenirs qui meurent
de leurs ailes blessés
Et des visages qui éclairent
longtemps après leur mort

Il y a le vin et le sang
le pain et la dent
la faim et son désir couronné

Il y a celui qui toujours tourne
autour de soi
Et celui qui met ses bras
autour du monde

Jean-Pierre Siméon

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Lettre d'amour

31 Août 2016, 02:57am

Publié par vertuchou

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j'étais alors morte,
Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m'inquiète,
Et je restais là sans bouger selon mon habitude.
Tu ne m'as pas simplement une peu poussée du pied, non-
Ni même laissé régler mon petit oeil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,
De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.
Ce n'était pas çà. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires telle une roche noire
Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l'hiver -
Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement ciselées
Qui se posaient à tout moment afin d'attendrir
Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,
Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
Mais je n'étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.
Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.
La première chose que j'ai vue n'était que de l'air
Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Il y avait alentour
Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.
Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.
Je brillais, recouverte d'écailles de mica,
Me déroulais pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d'oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’y suis pas trompée. Je t'ai reconnu aussitôt.
L'arbre et la pierre scintillaient, ils n'avaient plus d'ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J'ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l'air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu'un pain de glace. C'est un don.

Sylvia Plath

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