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Articles avec #poetes d'hier

Dans l'eau claire

20 Août 2017, 02:50am

Publié par vertuchou


Dans l'eau claire, lumineuse

Lumineuse comme du jade

On voit naturellement jusqu'au fond...

Quand le coeur est libre de toute pensée

Les dix mille circonstances ne peuvent le toucher

Si le coeur ne s'agite pas pour des futilités

Le changement éternel ne saurait le troubler

Si l'on comprend cela

Si l'on comprend bien cela

On sait qu'il n'y a ni dos ni face !...

 

Han Shan

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Haiku

16 Août 2017, 02:41am

Publié par vertuchou

Rien ne bouge
Que le ciel d’été
Lichen sur les pins.
 
Yamaguchi Sodo

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A une chatte

12 Août 2017, 02:33am

Publié par vertuchou

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l'été ?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s'efface,

Où va la pensée, où s'en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles ;
J'y trouve trop de noir au fond.

Charles Cros

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Sonnet LVI

8 Août 2017, 03:10am

Publié par vertuchou

Je vous estime, Iris, et crois pouvoir sans crime
Permettre à mon respect un aveu si charmant :
Il est vrai qu’à chaque moment
Je songe que je vous estime.

Cette agréable idée, où ma raison s’abîme,
Tyrannise mes sens jusqu’à l’accablement ;
Mais pour vouloir fuir ce tourment
La cause en est trop légitime.

Aussi quelque désordre où mon cœur soit plongé,
Bien loin de faire effort à l’en voir dégagé,
Entretenir sa peine est toute mon étude.

J’en aime le chagrin, le trouble m’en est doux.
Hélas ! que ne m’estimez-vous
Avec la même inquiétude !

Pierre Corneille

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Bêtise de la guerre

4 Août 2017, 03:05am

Publié par vertuchou

Ouvrière sans yeux, Pénélope imbécile,
Berceuse du chaos où le néant oscille,
Guerre, ô guerre occupée au choc des escadrons,
Toute pleine du bruit furieux des clairons,
Ô buveuse de sang, qui, farouche, flétrie,
Hideuse, entraîne l'homme en cette ivrognerie,
Nuée où le destin se déforme, où Dieu fuit,
Où flotte une clarté plus noire que la nuit,
Folle immense, de vent et de foudres armée,
A quoi sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée,
Si tes écroulements reconstruisent le mal,
Si pour le bestial tu chasses l'animal,
Si tu ne sais, dans l'ombre où ton hasard se vautre,
Défaire un empereur que pour en faire un autre ?

Victor Hugo

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Oraison du soir

30 Juillet 2017, 02:45am

Publié par vertuchou

Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures :
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu'ensanglante l'or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.

Arthur Rimbaud

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A son ami

26 Juillet 2017, 02:29am

Publié par vertuchou

Un des savants le plus ignare,
Des ignares le plus savant,
En tes vers, ami, trouva tare,
Peut être de nuit, en rêvant.
Homère fut repris souvent
De l'envieux et sot Zoïle,
Et plusieurs ont pincé Virgile
Sans peur toutefois de méprendre
Car qui n'écrit en aucun style
C'est le seul qu'on n'ose reprendre.

Etienne Forcadel

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Vers sans rimes

22 Juillet 2017, 02:53am

Publié par vertuchou

Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume
Sont le silence d'or dont on parla d'argent.
Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,
Et travaillons tranquillement au nez des gens !

Quant à souffrir, quant à mourir, c'est nos affaires
Ou plutôt celles des toc-tocs et des tic-tacs
De la pendule en garni dont la voix sévère
Voudrait persévérer à nous donner le trac

De mourir le premier ou le dernier. Qu'importe,
Si l'on doit, ô mon Dieu, se revoir à jamais ?
Qu'importe la pendule et notre vie, ô Mort ?
Ce n'est plus nous que l'ennui de tant vivre effraye !

Paul Verlaine

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Tristesse d'été

18 Juillet 2017, 02:27am

Publié par vertuchou

Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l'or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l'encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

De ce blanc flamboiement l'immuable accalmie
T'a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux
" Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l'antique désert et les palmiers heureux ! "

Mais la chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l'âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.

Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s'il sait donner au coeur que tu frappas
L'insensibilité de l'azur et des pierres.

Stéphane Mallarmé

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Si tu veux que je meure

14 Juillet 2017, 02:19am

Publié par vertuchou

Si tu veux que je meure entre tes bras, m'amie,
Trousse l'escarlatin (*) de ton beau pelisson (*)
Puis me baise et me presse, et nous entrelaçons
Comme, autour des ormeaux, le lierre se plie.

Dégrafe ce colet, m'amour, que je manie
De ton sein blanchissant le petit mont besson :
Puis me baise et me presse, et me tiens de façon
Que le plaisir commun nous enivre, ma vie.

L'un va cherchant la mort aux flancs d'une muraille
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille
Pour acheter un nom qu'on surnomme l'honneur.

Mais moi, je veux mourir sur tes lèvres, maîtresse,
C'est ma gloire, mon heure, mon trésor, ma richesse,
Car j'ai logé ma vie en ta bouche, mon cœur.

Rémy Belleau


* Escarlatin : Étoffe.
* Pelisson : Vêtement de dessous.

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