On m'appelle poésie
No tengo letra ni musica, soy el veloz viento que nadie ve pasar,
me llaman poesia.
Je n’ai ni paroles ni musique, je suis le vent véloce que personne ne voit passer,
on m’appelle poésie.
Miguel Oscar Menassa
Coups de cœur
No tengo letra ni musica, soy el veloz viento que nadie ve pasar,
me llaman poesia.
Je n’ai ni paroles ni musique, je suis le vent véloce que personne ne voit passer,
on m’appelle poésie.
Miguel Oscar Menassa
Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black body swinging in the Southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees
Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
Étrange fruit suspendu aux peupliers.
Pastoral scene of the gallant South,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolia sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh!
Scène pastorale du valeureux Sud,
Les yeux exorbités et la bouche tordue,
Parfum de magnolia doux et frais,
Puis l'odeur soudaine de chair brûlée !
Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
C'est un fruit que les corbeaux cueillent,
rassemblé par la pluie, aspiré par le vent,
Pourri par le soleil, laché par les arbres,
C'est là une étrange et amère récolte.
Abel Meeropol
Loin de moi et semblable aux étoiles et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi, ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi, c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.
Robert Desnos
Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,
Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
O mon séjour...
Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l'abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,
Par l'univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor
Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l'esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.
Catherine Pozzi
C'est comme un sol mauve, rouge et vert
qui flotte tel un couvert de verre
des bulles s'y frottent, s'étirent puis cahotent
Prisonnier aérien d'où rien ne répond
couler au fond serait encore bon
suivre le courant serait rassurant
Rien n'y fait
ni gauche ni droite
tire, pousse
Menaçante vitalité
les bulles s'étalent sous mes pieds
cintrées de leur vaisseau les couleurs virevoltent
Impuissant devant cette réalité mon cœur capote
Jean-François Bertrand
link
Emil Nolde, 1916, Huile sur toile 73,5 x 100,5 cm
Tu te faufiles entre l’ombre et la lumière
pour comprendre que l’espace se résume
à quelques empans, à une portée de pas.
Au loin les sommets signalent tes limites,
mais c’est pourtant vers eux que tu regardes,
certain que l’inaccessible soutient ta marche
et que la cendre refroidie, le souvenir du feu
n’en est que plus vivace.
Max Alhau
Celui qui parle est le père, celui qui écoute est la mère, le poème est leur enfant.
Le poème qui n'est pas écouté est une semence perdue.
Ou encore : celui qui parle est la mère, le poème est l'oeuf
et celui qui écoute est fécondateur de l'oeuf.
Le poème qui n'est pas écouté devient un oeuf pourri.
René Daumal
J'ai marché seul longtemps dans la nuit.
Où est le phare qui tourne et donne loin ?
Je suis plus aventurier que les arbres
Qui vont à grands pas dans les savanes
À petits pas dans les bois.
J'ai quitté tôt la bordure du jour
Et j'ai pris le soleil couchant
Pour la première borne de ma route ;
Je n'ai pas vu l'étoile qui guide
Le berger de la nuit
J'ai plongé dans le temps pour retrouver
Mes ailes perdues au fond des âges ;
En oiseau diurne amoureux de ténèbres, J'ai parcouru le terrain vague de la nuit.
Je suis presque un vampire, Je ne demande plus que les antennes.
La vie est parfois plus obscure que le fond
de ma gorge,
Et je vais par tous monts et vaux de la nuit.
Voici que le soleil dresse mille doigts
contre la terre.
Je suis ravi de mon voyage nocturne ;
Mon corps et mes peines sont restés sur le bois
de mon lit.
Jean-Baptiste Tati-Loutard
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Que le ciel azuré ne vire au mauve
Penser ou passer à autre chose
Vaudrait mieux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le ciel above
Radieux
croire aux cieux croire aux dieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre coeur est mis à sang et à feu
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Comme une petite souris dans un coin d'alcôve
Apercevoir le bout de sa queue rose
Ses yeux fiévreux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux
Croire aux cieux croire aux dieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre coeur est mis à sang et à feu
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Avoir parfois envie de crier sauve
Qui peut savoir jusqu'au fond des choses
Est malheureux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le ciel above
Radieux
Croire aux cieux croire aux dieux
Même quand tout nous semble odieux
Que notre coeur est mis à sang et à feu
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Dis-moi que tu m'aimes encore si tu l'oses
J'aimerais que tu trouves autre chose
De mieux
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le ciel above
Radieux
Paroles et musique : Serge Gainsbourg