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Dialogue improbable de l'âme et du corps

18 Février 2013, 05:00am

Publié par vertuchou

— « Connaissez-vous, je vous prie
le chemin de l'âme ? »

 — « Non, je regrette »
 « ..Le corps, je ne conçois que le corps... »

 — «  Mais qui êtes-vous donc ? »


 — «  ...Enfin, qui êtes-vous donc ?... »
Je suis celui qui ne vous aima jamais
je suis votre amant »
« ...Je suis celui qui ment, qui ment, qui ment... »

 —«  connaissez-vous, peut-être alors, le chemin de l'amour ? »

 —« Le chemin de l'amour ? »
 « ..Jamais entendu parler... »

 —« Alors...Où allez-vous ? »

—« Je suis le corps qui vous tente »


 —« et vous êtes ce que vous cherchez tant»

Un intervalle de silence sépara d'une éternité
l'âme du corps

Puis ils se séparèrent sans se souvenir jamais

d’un impossible échange

dont le vent souleva l’écho hors du temps


 

  Aurélie-Ondine Menninger

 



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Le vase brisé

17 Février 2013, 05:56am

Publié par vertuchou

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut l’effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre,
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s’est épuisé ;
Personne encore ne s’en doute,
N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.

Sully Prudhomme

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Je tiens la poésie

16 Février 2013, 05:13am

Publié par vertuchou

Je tiens la poésie pour le lieu et la formule verbaux d'une manière particulière d'être,

de connaître, d'agir qui - comme un voyage spirituel nourri de constantes

et insolites découvertes - renouvelle sans cesse le regard et la pensée.


Marie-Claire Bancquart

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Tour de brouillard - Torre de névoa

15 Février 2013, 05:14am

Publié par vertuchou

Je montai tout en haut, dans ma Tour effilée,
Toute en brume et fumée, baignée de clair de lune,
Et commençai, tremblante, à converser
Avec les poètes défunts,
tout le jour.

Je leur contai mes rêves, l’allégresse
Des vers qui sont miens, de mes chimères,
Et tous les poètes, en pleurs,
Alors me répondirent : "Quelle déraison !

Enfant naïve et folle ! Nous aussi
Fûmes pleins d'illusion, plus que personne,
Et tout nous a fui, tout est mort..."

Les poètes accablés se turent, tristement...
et depuis ce jour-là, je pleure amèrement
Dans ma Tour effilée, près du ciel...

*


Subi ao alto, à minha Torre esguia,
Feita de fumo, névoas, e luar,
E pus-me, comovida, a conversar
Com os poetas mortos, todo dia.

Contei-lhes os meus sonhos, a alegria
Dos versos que são meus, do meu sonhar,
E todos os poetas, a chorar,
Responderam-me então: "Que fantasia,

Criança doida e crente! Nós também
Tivemos ilusões, como ninguém,
E tudo nos fugiu, tudo morreu!..."

Calaram-se os poetas, tristemente...
E é desde então que eu choro amargamente
Na minha Torre esguia junto ao céu!...

Florbela Espanca

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Plage près de Trouville

14 Février 2013, 05:54am

Publié par vertuchou

Gustave-Courbet-Beach-near-Trouville-1865-Oil-on-canvas--54.jpg

 

Gustave Courbet

1819-1877

 

Plage près de Trouville

1865

 

huile sur toile

 54 x 64 cm

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Ma Jeanne, dont je suis doucement insensé

13 Février 2013, 05:45am

Publié par vertuchou


Ma Jeanne, dont je suis doucement insensé,
Étant femme, se sent reine ; tout l'A B C
Des femmes, c'est d'avoir des bras blancs, d'être belles,
De courber d'un regard les fronts les plus rebelles,
De savoir avec rien, des bouquets, des chiffons,
Un sourire, éblouir les coeurs les plus profonds,
D'être, à côté de l'homme ingrat, triste et morose,
Douces plus que l'azur, roses plus que la rose ;
Jeanne le sait ; elle a trois ans, c'est l'âge mûr ;
Rien ne lui manque ; elle est la fleur de mon vieux mur,
Ma contemplation, mon parfum, mon ivresse ;
Ma strophe, qui près d'elle a l'air d'une pauvresse,
L'implore, et reçoit d'elle un rayon ; et l'enfant
Sait déjà se parer d'un chapeau triomphant,
De beaux souliers vermeils, d'une robe étonnante ;
Elle a des mouvements de mouche frissonnante ;
Elle est femme, montrant ses rubans bleus ou verts.
Et sa fraîche toilette, et son âme au travers ;
Elle est de droit céleste et par devoir jolie ;
Et son commencement de règne est ma folie.


Victor Hugo

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La nuit je mens

12 Février 2013, 05:29am

Publié par vertuchou

On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour j'ai fait le mort
T'étais pas née

À la station balnéaire
Tu t'es pas fait prier
J'étais gant de crin, geyser
Pour un peu je trempais
Histoire d'eau

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho

J'ai fait la saison
Dans cette boîte crânienne
Tes pensées
Je les faisais miennes
T'accaparer seulement t'accaparer
D'estrade en estrade
J'ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose

Un jour au cirque
Un autre à chercher à te plaire
Dresseur de loulous
Dynamiteur d'aqueducs

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Effrontément
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho

On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fait l'amour j'ai fait le mort
T'étais pas née

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains
J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho ...

Alain Bashung

 

 

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Never let me go

11 Février 2013, 05:47am

Publié par vertuchou

 

 

 

 

Never let me go

 

Bill Evans

 

Alone album

1968

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Reste, O ma douce, ne te lève pas !

10 Février 2013, 04:53am

Publié par vertuchou

Reste, O ma douce, ne te lève pas !
La Lumière qui brille vient de tes yeux ;
Ce n'est pas le jour qui perce; c'est mon coeur qui est percé,
Parce que toi et moi devons nous séparer
Reste, ou sinon toute joie chez moi mourra
Et périra dans sa prime enfance.

C'est vrai, c'est le jour: Que pourrait-ce être d'autre ?
O, vas-tu disparaître à mes yeux ?
Pourquoi devrions-nous s'éloigner parce qu'il fait jour ?
Nous sommes-nous couchés parce qu'il faisait nuit ?
L'Amour, qui en dépit de l'obscurité, nous conduisit ici,
Devrait, en dépit du jour, nous garder unis.

La Lumière n'a pas de langue, mais elle est tout regard
Si elle pouvait parler aussi bien qu'espionner,
Sa langue ne pourrait être pire
Que de dire: "Je me sens bien ici, je resterais volontiers
J'aime tant mon coeur et mon honneur
Que je ne m'éloignerais pas de lui qui les a tous les deux"

En résulte-t-il que tu dois arrêter tes activités ?
Oh! c'est la pire des plaies de l'amour !
La pauvreté, le faible d'esprit, les fripouilles, l'amour peut
Les admettre, mais pas l'homme -à-ses-affaires,
Celui qui fait des affaires et fait l'amour, fait les deux
mal, comme l'homme marié qui court la prétentaine.

 

John Donne

 

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La voix dans l'intervalle

9 Février 2013, 05:58am

Publié par vertuchou

Peut-être devons-nous parler encore un peu plus bas,

De sorte que nos voix soient un abri pour le silence ;

Ne rien dire de plus que l’herbe en sa croissance

Et la ruche du sable sous le vent.

L’intervalle qui reste à nommer s’enténèbre, ainsi

Que le gué traversé par les rayons du soir, quand le courant

Monte jusqu’à la face en extase des arbres.

(Et déjà dans le bois l’obscur a tendu ses collets,

Les chemins égarés qui reviennent s’étranglent.)

Parler plus bas, sous la mélancolie et la colère,

Et même sans espoir d’être mieux entendus, si vraiment

Avec l’herbe et le vent nos voix peuvent donner asile

Au silence qui les consacre à son tour, imitant

Ce retrait du couchant comme un long baiser sur nos lèvres.

 

 

Jacques Réda

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