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Vertuchou.over-blog.com

Lorsqu'elle parut

8 Février 2018, 02:27am

Publié par vertuchou

Lorsqu'elle parut à mes yeux sans aucun vêtement, je ne vis pas sur son corps la moindre tache. Quelles épaules ! quels bras je pus voir et toucher ! Quelle gorge parfaite il me fut donné de presser ! Sous cette poitrine sans défaut, quelle peau blanche et douce ! Quelle taille divine ! Quelle fraîcheur de jeunesse dans cette jambe ! Mais pourquoi m'arrêter sur chacun de ses appas ? Je ne vis rien qui ne méritât d'être loué ; et nul voile jaloux ne resta entre son beau corps et le mien. Est-il besoin que je dise le reste ? Épuisés de fatigue, nous nous endormîmes dans les bras l'un de l'autre. Oh ! puissé-je souvent faire ainsi ma méridienne !

Ovide, Les amours, 1, Elégie V

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Hier et demain

7 Février 2018, 02:42am

Publié par vertuchou

Hier et demain, moi je m'en moque,
Ce sont les grands que le temps croque.
Il n'y a qu'aujourd'hui qui m'asticote;
Dans le présent moi je barbote.
L'orage a grondé hier,
Je n'peux plus rien y faire ;
Est-ce qu'il neigera demain ?
Je n'en sais rien.

Je prends le temps comme il vient ;
Court ou long je le fais mien.
Quand je l'étire à lire les nuages,
A gribouiller des heures un coquillage.
Le seul bon temps c'est le mien,
Tantôt plus ou tantôt moins.
Un baiser mouillé sur le bout du nez
Je le fais durer mille millions d'années.

Pour le passé, tant pis
Tant mieux pour le futur,
Il fait jour aujourd'hui
Ça j'en suis sûr ;

Alain Schneider

 

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Shadows

6 Février 2018, 02:34am

Publié par vertuchou

Cécile Azoulay, extrait de la série Shadows

Cécile Azoulay, extrait de la série Shadows

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Sonnet I

5 Février 2018, 02:32am

Publié par vertuchou

Faisons l'amour, mon âme, faisons vite l'amour
Puisque pour aimer nous sommes tous nés :
Tu adores la chose et moi je l'aime aussi ;
Sans elle le monde ne serait rien qui vaille.

Si, post mortem, il était honnête de faire l'amour,
Je dirais : Faisons-le jusqu'à mourir.
Après quoi, nous irons le faire avec Adam et Eve
Qui inventèrent la si malencontreuse mort.

Vraiment, c'est vrai; car si ces scélérats
N'avaient pas mangé la pomme traîtresse,
Je suis sûr que les amants ne cesseraient d'aimer.

Laissons aller ces balivernes et jusqu'au cœur
Possède-moi, fais que de moi jaillisse
Le spasme qui fait tantôt naître et tantôt mourir..

Pierre l'Arétin
 

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Au seuil de la pesanteur

4 Février 2018, 02:29am

Publié par vertuchou

Au seuil de la pesanteur, le poète comme l'araignée construit sa route dans le ciel.

En partie caché à lui-même, il apparaît aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe,

mortellement visible.

René Char

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Velouté d'instants

3 Février 2018, 01:52am

Publié par vertuchou

Embrasser la vie
quand elle passe tout près
lui tendre les bras
à travers paysages
et gestes veloutés
en ses moments voluptueux
envoyer paître peurs et retenues
et jouir dans l'instant


Y a du merveilleux
dans cet instant qui passe
demeure toujours merveilleux
au coeur de l'instant
ça ne console peut-être pas
ça ne rend peut-être pas joyeux
mais toujours demeure
un joyau merveilleux

So.... let it be

Huguette Bertrand

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Arbre bleu

2 Février 2018, 02:24am

Publié par vertuchou

Pierre Alechinsky, Arbre bleu, 2000

Pierre Alechinsky, Arbre bleu, 2000

Passant,
regarde ce grand arbre
et à travers lui
il peut suffire.

Car même déchiré, souillé,
l'arbre des rues,
c'est toute la nature,
tout le ciel,
l'oiseau s'y pose,
le vent y bouge, le soleil
y dit le même espoir malgré
la mort.

Philosophe,
as-tu chance d'avoir l'arbre
dans ta rue,
tes pensées seront moins ardues,
tes yeux plus libres,
tes mains plus désireuses
de moins de nuit.

Yves Bonnefoy

 

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Élégie à une Dame

1 Février 2018, 02:19am

Publié par vertuchou

...

Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,
Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l'eau,
Ouïr comme en songeant la course d'un ruisseau,
Écrire dans les bois, m'interrompre, me taire,
Composer un quatrain, sans songer à le faire.
Après m'être égayé par cette douce erreur,
Je veux qu'un grand dessein réchauffe ma fureur,
Qu'un oeuvre de dix ans me tienne à la contrainte,
De quelque beau Poème, où vous serez dépeinte :
Là si mes volontés ne manquent de pouvoir,
J'aurai bien de la peine en ce plaisant devoir.
En si haute entreprise où mon esprit s'engage,
Il faudrait inventer quelque nouveau langage,
Prendre un esprit nouveau, penser et dire mieux
Que n'ont jamais pensé les hommes et les Dieux.
Si je parviens au but où mon dessein m'appelle,
Mes vers se moqueront des ouvrages d'Apelle,
Qu'Hélène ressuscite, elle aussi rougira
Partout où votre nom dans mon ouvrage ira.
Tandis que je remets mon esprit à l'école,
Obligé dès longtemps à vous tenir parole,
Voici de mes écrits ce que mon souvenir,
Désireux de vous plaire, en a pu retenir.

Théophile de Viau

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