Coups de cœur
À La Gloire de L'Amour
Malheureux sont ceux-là qui vivent sans amour.
Sans lui, peut-on jamais ou bien dire ou bien faire ?
Je vieillis. Mon esprit est lent, mon souffle court,
Mais que vienne vers moi celui que je préfère,
Et je revis. Un chant s'exhale de ma bouche !
N'oppose pas au beau désir un cœur farouche.
L'âme est d'or, et l'amour est sa pierre de touche.
Alphée de Mytilène
Son odeur
Son odeur, il faudrait dire aussi, que j'emporte chez moi, que je finissais par avoir en moi. Et aujourd'hui encore, il m'arrive parfois, dans la journée, sans même être avec lui, d'en sentir les effluves. Parfois, j'ai l'impression de l'avoir sous la peau.
Line Papin, L'éveil.
Poème 20
Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Écrire, par exemple: « La nuit est étoilée
et les astres d’azur tremblent dans le lointain. »
Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.
Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Je l’aimais, et parfois elle aussi elle m’aima.
Les nuits comme cette nuit, je l’avais entre mes bras.
Je l’embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.
Elle m’aima, et parfois moi aussi je l’ai aimée.
Comment n’aimerait-on pas ses grands yeux fixes.
Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Penser que je ne l’ai pas. Regretter l’avoir perdue.
Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.
Et le vers tombe dans l’âme comme la rosée dans l’herbe.
Qu’importe que mon amour n’ait pas pu la retenir.
La nuit est pleine d’étoiles, elle n’est pas avec moi.
Voilà tout. Au loin on chante. C’est au loin.
Et mon âme est mécontente parce que je l’ai perdue.
Comme pour la rapprocher, c’est mon regard qui la cherche.
Et mon coeur aussi la cherche, elle n’est pas avec moi.
Et c’est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.
Mais nous autres, ceux d’alors, nous ne sommes plus les mêmes.
je ne l’aime plus, c’est vrai. Pourtant, combien je l’aimais.
Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.
A un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu’avant mes baisers.
Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.
je ne l’aime plus, c’est vrai, pourtant, peut-être je l’aime.
Il est si bref l’amour et l’oubli est si long.
C’était en des nuits pareilles, je l’avais entre mes bras
et mon âme est mécontente parce que je l’ai perdue.
Même si cette douleur est la dernière par elle
et même si ce poème est les derniers vers pour elle.
Pablo Neruda
(traduit par André Bonhomme et Jean Marcenac)
Barcelone
Un passant
Tu passes, nos regards se croisent, et je t'aime.
Je sens qu'une rougeur vient d'empourpre mon front,
Qu'une angoisse m'étreint, que mes espoirs fuiront
Comme vole au printemps le grains que le vent sème.
Si je croyais ce soir, demain je douterais,
Car la vie a laissé dans mon âme des traces
Que rien ne lavera, ni tes élans vivaces,
Ni ton naïf amour dont hélas! je rirais.
Te voilà cependant, toi qui hantais mon rêve,
Qui traversais mes nuits lorsque j'avais quinze ans!
O toi que j'ai cherché partout depuis longtemps
Je t'attendais alors que fuyait l'heure brêve!
Tu m'arrives trop tard, et j'en pleure. Demain
Tu m'auras oubliée au détour de la route,
Et je n'ai pas la force, avec mon coeur qui doute,
De vouloir t'arrêter...
Va, passe ton chemin!
Alice Bataille
Être poète
Être poète, c'est avoir de l'appétit pour un malaise dont la consommation, parmi les tourbillons de la totalité des choses existantes et pressenties, provoque, au moment de se clore, la félicité.
René Char
Brûle
Brûle et n’aie pas peur de brûler
La vie est longue
Courte aussi
Et les feux sont des alliés sur la route
Contemple les hauteurs nouvelles
Écoute les sons inconnus et les lumières fantomatiques
Brûle la terre et le ciel et la nuit et le jour aussi
Pour découvrir ce qui se cache sous les choses
Brûle, aime, et sois patiente mon ange
J’ai cousu des armes au revers de ta chemise
Des armes muettes qui agissent comme des capteurs de feu
L’amour au creux de ta paume
Déposé un jour de tempête
De grands trésors sont à même la tristesse
pour qui sait chercher
Embrasse la nuit et tu verras naître l’aube entre tes bras
L’azur
Et les premiers cris des oiseaux
Clara Ysé
Japa Titanium
J'attends
J'attends l'aube fragile, avec ses lueurs roses,
L'espoir se délecte dans cette attente sans fin.
J'attends l'instant où le soleil brisera les ténèbres,
Une promesse d'un avenir meilleur, une délivrance.
Emily Dickinson
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