Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Anna arriva

31 Mars 2026, 00:52am

Publié par vertuchou

Anna arriva. Elle s’assit au troisième rang et lorsqu’il l’aperçut, son cœur se serra et il comprit clairement qu’il n’y avait plus au monde d’être qui lui fût plus proche, plus cher, qui comptât plus qu’elle ; ce visage perdu dans une foule de province, cette petite femme que rien ne distinguait, avec son face-à-main vulgaire entre les doigts, remplissait maintenant toute son existence, était son malheur, sa joie, le seul bonheur qu’il souhaitât ; et tandis que jouaient le mauvais orchestre, les piètres violons du lieu, il pensait à sa beauté. Il pensait, il rêvait.

Anton Tchekov, De l'amour.

Voir les commentaires

Les droits de l'homme

30 Mars 2026, 00:03am

Publié par vertuchou

Le droit d’être vulnérable

Le droit d’être faible

Le droit d’avoir tort

Le droit d’être intuitif

Le droit de ne pas savoir

Le droit de ne pas être sûr de soi

Le droit d'être souple

Le droit de ne pas avoir honte de tout cela

Grayson Perry

Voir les commentaires

Marche pour les matelots

29 Mars 2026, 00:55am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Sonnet à l'inconnue

28 Mars 2026, 00:44am

Publié par vertuchou

Charme de l'inconnue qu'on ne voit qu'une fois,
O reflet de notre âme et de notre génie,
Toi que je ne verrai plus jamais de ma vie
Et que j'ai rencontrée dans un jardin bourgeois!

Je vis passer l'éclair de mes propres effrois
Dans les yeux ombragés de fière nostalgie,
Je connus sur ton front la virile énergie
Qui cache la douleur des âmes aux abois.

Mais tu ne me vis point et tes regards stupides
S'attachaient sans la voir à la foule des yeux vides.
Tu n'étais pourtant pas seule car des parents

Près de toi déroulaient leur verbe dérisoire
Que tu n'entendais pas; dans mes songes ardents,
Inconnue! tu viendras flotter sur ma mémoire.

Gello

 

 

 

Voir les commentaires

Qu'est-ce vivre en poète?

27 Mars 2026, 00:19am

Publié par vertuchou

Qu'est-ce vivre en poète?
D'abord ne pas craindre,
oser se donner,
avoir l'audace de vivre avec une certaine démesure. 

Alejandro Jodorowsky, Le théâtre de la guérison.

 

Voir les commentaires

Connais-moi

26 Mars 2026, 00:00am

Publié par vertuchou

Connais-moi si tu peux, ô passant, connais-moi !
Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire !
La poussière sans nom que ton pied foule à terre,
Et l’étoile sans nom qui peut guider ta foi.
Connais-moi si tu peux. Le pourras-tu ?… Le puis-je ?…
Tu le sauras si rien qu’un seul instant tu m’aimes !

 
Marie Noël 

Voir les commentaires

Shadows in the Studio

25 Mars 2026, 00:28am

Publié par vertuchou

 Line Holtegaard, Shadows in the Studio, 2024.

Line Holtegaard, Shadows in the Studio, 2024.

Voir les commentaires

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans

24 Mars 2026, 00:41am

Publié par vertuchou

I
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n'est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II
– Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire… !

– Ce soir-là… – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade.
– On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.


Arthur Rimbaud
« Roman », Cahier de Douai, 1870.

Voir les commentaires

Jamais un sentiment semblable

23 Mars 2026, 00:50am

Publié par vertuchou

Jamais un sentiment semblable n’avait envahi le cœur de Myriam aussi vite, aussi violemment, l’irrésistible envie de saisir cette tête aux cheveux bouclés, de la tenir serrée contre sa poitrine. Au plus profond, des mots criaient. Son corps pris dans le soleil de ces yeux posés sur elle, brûlait. Une joie éperdue l’emplissait, étirait les arbres vers le ciel, les rendait mystérieux. Les idées les plus incongrues lui étaient passées par la tête, une exaltation qu’elle n’aurait jamais cru possible. Diane s’apercevait-elle de ce qui se passait ? Myriam contenait avec peine cette émotion qui ne cessait de croître en elle. Ses mains tremblaient. Quand Diane lui demanda une cigarette, elle laissa tomber le paquet par terre, et dut se pencher sous la table pour ramasser les cigarettes une à une, n’osant porter son regard sur l'éclatant pantalon dont le rouge éclatait contre le blanc du fauteuil en métal laqué.

Anne Michel, Myriam et Diane.

Voir les commentaires

L'histoire de ma vie

22 Mars 2026, 00:58am

Publié par vertuchou

Il était une fois deux frères.
Puis il n’y en eut plus qu’un : moi.
J’ai grandi vite, avant d’apprendre à conduire,
même. Voilà j’y étais : un adulte puant.
J’ai pensé à développer des intérêts
auxquels on prendrait de l’intérêt. Pas de savon.
Je suis devenu très larme à l’œil pour mon enfance
qui avait paru si douce. Aussi,
avec l’âge, je me suis fait plus charitable
envers mes opinions, mes idées,
pensant qu’elles valaient bien celles du tout-venant.
Puis un grand nuage vorace
est apparu, vautré sur l’horizon et l’avalant
tout entier, à n’en plus finir semblait-il.

John Ashbery

Voir les commentaires

1 2 3 4 > >>