Coups de cœur
A M. V. H.
Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.
Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.
De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,
On s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.
Alfred de Musset
Tu vois bien
Tu vois bien que tout est à sa place : le corps et l’âme. Tu vois bien que l’amour entre dans nos corps, s’y fait chair, y devient plus lourd que nous-mêmes – le plus lourd et le plus tenace de nous-mêmes –, mais aussi qu’il s’échappe. Après l’amour nos corps sont là, mais nous les regardons. C’est même le seul moment qui nous soit donné pour les regarder. Et s’ils ont été de bons chemins, s’ils ont bien laissé passer l’amour, ils sont beaux, ils sont simples. Ils n’ont jamais été aussi simples.
Jacques Lusseyran, Conversation amoureuse.
Vous
Vous,
Mon immuable vérité,
Mon secret calvaire,
Je vous dis
Les mots les plus simples,
Je vous aime,
Je meurs de vous,
Je vous appelle et je vous nomme :
Poignée de sable vite éteinte
Comme un regard dérobé,
Sans vous,
Je ne suis rien :
Un vieux mur que l’ortie mord
Un faux décor pour un faux théâtre
Et les mots que j’invente
Sont des mendiants hagards.
Senza un addio?
En dépit de mes maux
En dépit de mes maux, de la nuit de mon âme,
Je me sens plus vivant
Que ne le fut jamais sur le brasier la flamme
Quand l’exalte un bon vent.
Misérable démon, qui t’attaches à nuire,
Pauvre facétieux,
Tu vois bien qu’à la fin nous pouvons te réduire,
Et moi-même et les dieux.
Jean Moréas
La langue tâtonne
La langue tâtonne comme l'amour dans l'obscurité du monde, à la recherche d'une image initiale, perdue.
On ne fait pas, on soupçonne un poème.
Karl Kraus, La nuit venue.
La nuit
La nuit
secrètement
je prends la lune
dans ma bouche
Parfois j'avale un morceau
alors moi aussi
je déborde de sa lumière
empruntée.
Anise Koltz
Poelms for dance
A Mademoiselle de Guise
A Mademoiselle de Guise
Vous possédez fort inutilement
Esprit, beauté, grâce, vertu, franchise ;
Qu'y manque-t-il ? quelqu'un qui vous le dise
Et quelque ami dont on en dise autant.
François Marie Arouet, dit Voltaire
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