Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

emois

Juan Olmedo regarda

18 Janvier 2026, 00:10am

Publié par vertuchou

 Juan Olmedo regarda les yeux de cette femme, qui étaient parfois bruns, parfois verts, mais toujours de la couleur des tempêtes, et dans le regard qu’ils lui renvoyèrent, il lut qu’il n’y avait qu’une chose à faire, aller de l’avant, toujours de l’avant, suivre la seule voie possible, un rail, jusqu’à l’endroit où commencent à fleurir les coquelicots, imaginer un endroit où les trains n’arrivent pas, le trouver, et s’arrêter au bord de l’océan pour apprendre que si le vent souffle de la droite, c’est le ponant, s’il souffle de la gauche, c’est le levant, et s’il vient du large, c’est le vent du Sud, mais que tous effacent le chemin du retour. Il y avait beaucoup de vie dans ces yeux, une très longue histoire, et l’avenir. 

Almudena Grandes, Vents contraires.

 

Voir les commentaires

Elle baisse la tête

10 Janvier 2026, 00:08am

Publié par vertuchou

Elle baisse la tête et glisse une mèche derrière l’oreille. Réflexe auquel il s’attache. Petite bribe d’une personne qui fait qu’on commence à l’aimer sans rien de fondé. Il voudrait l’embrasser. Il voudrait la protéger du reste du monde. Il se recule au fond du canapé en finissant son verre.

Antoine Dole, Je reviens de mourir.

Voir les commentaires

Ils s’étreignirent sans rien ajouter

2 Janvier 2026, 00:05am

Publié par vertuchou

Ils s’étreignirent sans rien ajouter, et celui qui survécut se rappela toujours cette étreinte, la conserva parmi les instants les plus précieux de sa vie, l’évoqua avec la cupidité de l’avare qui compte son argent sans se lasser et le revécut souvent, dans les périodes les plus dures et dans les meilleures, entre l’éblouissement de l’amour et l’attente de la mort, entre la rapidité de l’infortune et la lenteur de la prospérité, entre l’odeur de peur que dégageaient les wagons des trains, celle des nuits à la belle étoile et l’oubli inconscient de l’odeur de la peur, et après, avec les émotions et les désirs, avec les dimanches et les jours ouvrables, avec la chaleur du corps de sa femme les nuits d’hiver où il fallait s’emmitoufler et les rires de leurs enfants qui grandissaient sans le fardeau épuisant de la mémoire, 

Almudena Grandes, Le coeur glacé.

 

Voir les commentaires

Je n'ai plus que trois envies

25 Décembre 2025, 00:13am

Publié par vertuchou

Je n'ai plus que trois envies maintenant : manger, dormir et baiser. Les cabarets me passionnent. J'ai envie d'entendre une musique rauque, de voir des visages, de frôler des corps, de boire de la bénédictine enflammée. Les belles femmes et les beaux hommes suscitent en moi des désirs féroces. Je veux danser. Je veux de la drogue. J'ai envie de connaître des gens pervers, d'être intime avec eux. Je ne regarde jamais les visages naïfs. Je veux mordre dans la vie et en être déchiré.

Anaïs Nin, Henry et June.

Voir les commentaires

Elle arriva

17 Décembre 2025, 00:11am

Publié par vertuchou

Elle arriva ,tranchant la chair fraîche de ma petite vie d'adolescent, pour y apporter la séduction et la souffrance, l'insomnie, les ravages du coeur et les tenailles de l'amour. Elle n'était pas attendue ,mais secrètement désirée, et,dès l'instant où j'entrevis sa flamme, je fus pris ,happé, par ce feu . 

Philippe Labro, Quinze ans.

Voir les commentaires

Au début, il a une idée très claire de la femme

11 Décembre 2025, 00:09am

Publié par vertuchou

Au début, il a une idée très claire de la femme. Elle est grande et élégante ; ce n’est pas une beauté au sens conventionnel du terme, mais sa chevelure brune, ses traits – yeux bruns, pommettes hautes, lèvres pulpeuses – sont frappants et sa voix grave de contralto a un charme magnétique suave. Sexy ? Non, elle n’est pas sexy et absolument pas séductrice. Elle était peut-être sexy quand elle était jeune – comment ne pas l’être avec une telle silhouette ? – mais à présent qu’elle a une quarantaine d’années, elle aime conserver une certaine distance. Elle marche – et cela se remarque particulièrement – sans se déhancher, en semblant glisser sur le sol, très droite, majestueuse même.

Voilà comment il résumerait son apparence. Quant à son moi, son âme, elle a le temps de se révéler. Il est convaincu d’une chose : c’est une femme bien, gentille, sympathique.

J. M. Coetzee, Le Polonais.

Voir les commentaires

T'en souvient-il

3 Décembre 2025, 00:07am

Publié par vertuchou

T'en souvient-il ce qui des mains aux lèvres, comme un matin tardif dans la chambre d'avril, faisait l'envie de nous plus forte que raison? T'en souvient-il, l'arbre du lit, témoin de frondaisons si hautes, et les veines du large qui nous gardaient du vent, et ce bitume gris de lanterne avortée, qui passait, repassait aux carreaux des fenêtres? Envieuse, la rue faisait claquer ses pas dans les bruits de la pluie. Nous marchions sur un fil du coté de l'urgence. Dans les draps mélangés, une respiration faisait chose commune. Le temps qui s'enfuyait comme du vin de grappe et ce goût sur la langue précipité d'ivresse, t'en souvient-il? Une absolue beauté regardait ses enfants incendier la neige.

Ile Eniger, Le bleu des ronces.

Voir les commentaires

Ta lettre a tout balayé

25 Novembre 2025, 00:46am

Publié par vertuchou

Ta lettre a tout balayé et ce soir je me sens revivre. Il faut maintenant que je dorme. Demain je me lèverai prête à tout.
Oh mon amour, si tu savais comme il est bon de te porter !
Je t'aime, je t'aime. Je t'aime. »

 Lettre de Maria Casarès à Albert Camus

Voir les commentaires

Elle était là, seule et tranquille

17 Novembre 2025, 00:44am

Publié par vertuchou

Elle était là, seule et tranquille, regardant vers le large ; puis lorsqu’elle eut senti la présence de Stephen et son regard d’adoration, ses yeux se tournèrent vers lui, subissant ce regard avec calme, sans honte ni impudeur. Longtemps, longtemps elle le subit ainsi, puis, calme, détourna ses yeux de Stephen et les abaissa vers le ruisseau, remuant l’eau de-ci, de-là, doucement, du bout de son pied. Le premier clapotis léger de l’eau remuée rompit le silence, doux et timide, et murmurant, timide comme les clochettes du sommeil : de-ci, de-là, de-ci, de-là : et une rougeur timide palpitait sur sa joue.

James Joyce, Portrait de l'artiste en jeune homme.

Voir les commentaires

Si tu pouvais lire dans mon esprit

9 Novembre 2025, 01:00am

Publié par vertuchou

Si tu pouvais lire dans mon esprit, tu y verrais que je t'aime, si tu pouvais lire dans mon âme tu y verrais que je t'aime, si tu pouvais lire dans mon cœur, tu y verrais que je t'aime. Pour mon esprit tu es charmante, pour mon âme tu es céleste, pour mon cœur tu es bonne, il y a en toi une femme dont je baise les pieds et un ange dont je baise les ailes ! 

Victor Hugo, Le livre de l’anniversaire (1833-1834

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>