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Je ne suis pas arrivée

20 Avril 2026, 00:49am

Publié par vertuchou

Je ne suis pas arrivée à te le dire cette nuit, car j’étais comme tétanisée, mais je t’aime. Je t’aime du grain de beauté sous ton oeil à la commissure de tes lèvres. De tes cheveux insolents à ton hôtel de minuit. De mes nuits. De ta susceptibilité à ta sensibilité. Je t’aime dans toutes tes attentions. Je t’aime parce que tu as appris à aimer les reliefs de mon chaos. Parce que tu as donné aux instants de la musicalité qui ne parle qu’à nous. Parce que même si les autres sont notre tout, j’ai parfois l’impression que tous les deux on peut être l’infini. 

 Morgane Ortin, Amours solitaires, tome 1

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Ils m'ont menti

12 Avril 2026, 00:48am

Publié par vertuchou

Ils m'ont menti, ceux qui m'ont dit un jour je serais plus tranquille m'ont trompée. Rien ne meurt avec l'âge. Ni l'envie d'amour, ni celle des baisers. Et mon cœur fou me fait parfois oublier ce corps encombrant alourdi par les ans. Si facilement séduit pourtant, si passe de trop près, un homme aux yeux trop doux. Et je tressaille du même désir, cent fois retrouvé, quand un danseur me chavire, ses doigts agrafés à mon cou. Quelle chaleur soudain m'envahit à un éclat de rire ? Me donne envie de mordre à pleines dents ces lèvres heureuses ?
Ils m'ont menti. Je ne fais deuil de rien. J'ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits, épaules nues au vent. Des envies de culbutes aux membres emmêlés. De baisers dont la saveur serait celle de la pulpe des mangues, et m'empliraient la bouche de leur sirop de miel. D'une langue qui aurait la fraîcheur de l'eau d'une fontaine. J'ai des envies de sexes durs comme du verre. Des envies de peau chaude et d'aisselles dont je lècherais le sel, et plus bas encore dans l'odeur de fougère. Je rêve à la brûlure si douce du sable à la plante des pieds. Du cri arraché au plaisir comme celui de l'oiseau soudain désencagé. J'ai dans mes mains des envies de caresses, dans mes oreilles le doux gémir qui suit une nuque frôlée.
Et vous passez sans me voir, laissant flotter autour de moi votre parfum de bête libre. Sans savoir que mes yeux vous ont déjà appuyé contre ce mur, et mes bras cadenassé votre corps. Que je vous ai de la tête aux pieds, comme une menthe, sucé. N'avez-vous pas senti mes doigts dans vos cheveux ? Et du plus loin que je me garde, très loin de vous, lorsque je vous regarde, ne sentez-vous pas cette jouissance qui roule en moi ?
Vous ne savez donc pas qu'ils m'ont menti, ceux qui m'ont dit un jour, je serai plus tranquille ?

Michèle Voltaire Marcellin, Mensonge 
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Pour l'instant, j'attendais Lara

4 Avril 2026, 00:57am

Publié par vertuchou

Pour l'instant, j'attendais Lara et elle apparut, se détacha d'un des groupes, et se dirigea précipitamment vers moi, peut-être était-elle un peu gênée, elle devait sûrement se rendre compte de tout le mal que se donnaient les autres filles pour faire semblant de ne rien voir et de ne rien savoir, pour afficher une insouciance d'autant plus exagérée qu'elles se rapprochaient du portail. Lara avait l'air un peu embarrassé, mais il y avait autre chose dans son attitude, dans cette manière qu'elle avait de prendre congé du groupe des autres filles et d'accourir, toute seule, à ma rencontre: une curieuse retenue, une pudeur féminine. C'était je pense le prix de l'amour, ce fardeau, cette chose sérieuse, une sorte de résignation qui n'excluait pas le risque d'être blessé, outragé, de souffrir. Elle me devançait de loin à cet égard, elle s'était, elle, entièrement donnée tandis que moi, je me retenais comme s'il s'agissait de me garder pour quelque chose de plus grand, de plus beau, de me préserver pour plus tard. 

Paul Nizon, l'année de l'amour.

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Anna arriva

31 Mars 2026, 00:52am

Publié par vertuchou

Anna arriva. Elle s’assit au troisième rang et lorsqu’il l’aperçut, son cœur se serra et il comprit clairement qu’il n’y avait plus au monde d’être qui lui fût plus proche, plus cher, qui comptât plus qu’elle ; ce visage perdu dans une foule de province, cette petite femme que rien ne distinguait, avec son face-à-main vulgaire entre les doigts, remplissait maintenant toute son existence, était son malheur, sa joie, le seul bonheur qu’il souhaitât ; et tandis que jouaient le mauvais orchestre, les piètres violons du lieu, il pensait à sa beauté. Il pensait, il rêvait.

Anton Tchekov, De l'amour.

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Jamais un sentiment semblable

23 Mars 2026, 00:50am

Publié par vertuchou

Jamais un sentiment semblable n’avait envahi le cœur de Myriam aussi vite, aussi violemment, l’irrésistible envie de saisir cette tête aux cheveux bouclés, de la tenir serrée contre sa poitrine. Au plus profond, des mots criaient. Son corps pris dans le soleil de ces yeux posés sur elle, brûlait. Une joie éperdue l’emplissait, étirait les arbres vers le ciel, les rendait mystérieux. Les idées les plus incongrues lui étaient passées par la tête, une exaltation qu’elle n’aurait jamais cru possible. Diane s’apercevait-elle de ce qui se passait ? Myriam contenait avec peine cette émotion qui ne cessait de croître en elle. Ses mains tremblaient. Quand Diane lui demanda une cigarette, elle laissa tomber le paquet par terre, et dut se pencher sous la table pour ramasser les cigarettes une à une, n’osant porter son regard sur l'éclatant pantalon dont le rouge éclatait contre le blanc du fauteuil en métal laqué.

Anne Michel, Myriam et Diane.

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Qu’est-ce qui la rendait si belle ?

15 Mars 2026, 00:49am

Publié par vertuchou

Qu’est-ce qui la rendait si belle ? Pour être jolies, les femmes n’ont pas besoin de grand-chose. Un corps svelte, un nez raisonnable, des lèvres franches, le cou dégagé. Les yeux, les cheveux ? Toutes les nuances de couleur conviennent. Avec ce peu, la nature n’a jamais manqué d’inspiration pour fabriquer beaucoup de personnes agréables.
La beauté, la vraie beauté, celle qui touche, celle qui serre la gorge, c’est une autre paire de manches. Les éléments de la joliesse ne lui suffisent pas. Elle vient d’autre part. Elle sourd de l’intérieur, elle inonde le visage, elle tient dans la lumière qu’elle lui communique.

 Armel Job, Une femme que j'aimais.

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Unies tendrement

7 Mars 2026, 00:36am

Publié par vertuchou

Unies tendrement seins contre seins, nous avons fondu dans un bien-être pareil à un engourdissement. A peine sortie du sommeil, j'avais de nouveau l'esprit embrumé. Puis la suite de nos gestes, du premier baiser la veille au soir jusqu'au moment de sombrer dans le sommeil, me revint d'un seul coup en mémoire. Je pressai contre la joue froide d'Hanayo ma joue maintenant brûlante. Elle serra plus étroitement contre moi ses bras qui m'enlaçaient. J'en eus presque les larmes aux yeux.
Pour la première fois de ma vie, la nuit dernière, j'avais connu ce qu'était la fusion de deux peau moites et douces. Quand nous avions enlevés nos vêtements jusqu'au dernier et que nous nous étions allongées l'une sur l'autre, j'avais été comme foudroyée par une intense émotion qui dépassait de loin tous mes rêves, et l'idée que je pourrais mourir en un pareil moment avait soudain jaillit dans mon cœur. J'avais compris pourquoi tout le monde faisait l'amour. Je ne parvenais absolument pas à l'exprimer par des mots tels que "je suis heureuse" ou "je suis contente". Mais mon émotion était toujours là ce matin, inaltérable.

Rieko Matsuura, Natural Woman.  

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Lorsqu’il téléphonait

23 Février 2026, 00:28am

Publié par vertuchou

Lorsqu’il téléphonait pour qu’on se voie, son appel ne changeait rien, je restais dans la même tension douloureuse qu’avant. J’étais entrée dans un état où même la réalité de sa voix n’arrivait pas à me rendre heureuse. Tout était manque sans fin, sauf le moment où nous étions ensemble à faire l’amour. Et encore, j’avais la hantise du moment qui suivrait, où il serait reparti. Je vivais le plaisir comme une future douleur.

Annie Ernaux, Passion simple.

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Je bénis, ma bien-aimée

15 Février 2026, 00:27am

Publié par vertuchou

Je bénis, ma bien-aimée, ton visage où j'essaie de lire ce que sera ma vie. Je t'ai rencontrée et j'ai tout de suite deviné que j'allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n'y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour
15 novembre 1964
François Mitterrand, Lettre à Anne.

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Tu es amoureux ?

7 Février 2026, 00:50am

Publié par vertuchou

Tu es amoureux ?

Non, elle me trouble, me séduit et m'inquiète, m'attire et m'effraye. Je me méfie d'elle comme d'un piège, et j'ai envie d'elle comme d'un sorbet quand on a soif. Je subis son charme. Je me sens en contact avec un être anormal, en dehors des règles naturelles, exquis ou détestable, je ne sais pas. 

Je te dis que tu es amoureux. 

C'est possible après tout. Elle me préoccupe beaucoup.. J'y songe trop, je pense à elle en m'endormant et aussi en me réveillant, c'est assez grave. Son image me suit me poursuit, m'accompagne sans cesse toujours devant. 

 Guy de Maupassant, Yvette.

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