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Sans savoir pourquoi, il fut attiré par elle

24 Décembre 2016, 03:05am

Publié par vertuchou

Sans savoir pourquoi, il fut attiré par elle, c'était fou, c'était évident, c'était instinctif. Il devait à tout prix lui parler. Mais dès qu'il avança vers elle, il commença à souffrir. Cette image, cette fille sortant de l'église, le hantait déjà comme si elle était un souvenir et non le présent. Une fois face à elle, il se mit en travers de son chemin et lui dit : "Vous êtes si belle que je préfère ne jamais vous revoir."
Mon père aimait plus que tout ce souvenir car il estimait, sûrement à juste titre, que c'était la seule fois de sa vie où il avait été héroïque, étonnant, et même charmant. Il n'en revenait pas d'avoir été soumis à une telle pulsion. Et puis, bien sûr, pour saisir entièrement la saveur de ce moment, il fallait ajouter que cette femme allait devenir sa femme. Cette femme allait devenir ma mère.
David Foenkinos, les souvenirs

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J’ai tant envie de toi.

16 Décembre 2016, 03:35am

Publié par vertuchou

J’ai tant envie de toi. J’en deviens fou. Je meurs à l’idée de te retrouver, de te voir, de t’embrasser. Je veux que ta main, ta bouche, ton sexe ne quittent mon sexe.

Je te vois partout, en tout, sur tout. Je t’aime à en mourir. Ton sexe couvre mon visage, il mange le mien, il me couvre de ta beauté, il couvre toute de ta beauté, de ton génie.

Tout est beau en toi : tes yeux, ta bouche, tes cheveux, tes seins, tes poils, tes fesses, ton sexe, tes jambes, ton sexe, tes mains qui ne lâchent plus ce qu’elles branlent, cet espace qui est entre tes cuisses, près de ton sexe, tes épaules.

Je me saoule de penser à chaque partie de ton corps. Et tout ce que tu fais me grise, me terrifie, me torture, me ravit, tout ce que tu fais est parfait.


Lettre de Paul Eluard à Gala

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À l’heure où, dans le ciel...

8 Décembre 2016, 02:28am

Publié par vertuchou

    À l’heure où, dans le ciel, la Pléiade déroulait sa ceinture sertie de joyaux,  j’arrivais à elle. Elle avait ôté ses vêtements comme pour dormir et guettait ma venue, habillée seulement d’une légère tunique. [..]
     Nous sortions de sa tente. En marchant, elle laissait traîner derrière nous, pour effacer nos traces, le pan d’un manteau bariolé.  Nous parvenions aux limites du campement et, un coin accueillant s’étant offert à nous, à l’abri d’une bande de sable haute et ondoyante,
    Je tirais à moi ses deux nattes. Consentante, elle inclinait doucement un corps à la taille svelte et aux fines chevilles.  Douce et blanche, son ventre était mince et plat et son cou lisse comme un miroir. [...]    Sa taille avait la finesse d’une cordelette de cuir et sa jambe était aussi lisse que la tige du papyrus qui pousse à l’ombre des palmiers.
    Le matin, c’était sur une couche semée de brins de musc qu’elle s’éveillait, s’y prélassant longtemps. On la servait car elle n’était la servante de personne.
    Pour prendre, elle tendait des doigts fragiles et lisses, fins comme […] les rameaux d’un ishil.  Le soir, son visage éclairait dans les ténèbres, comme la lampe d’un moine retiré du monde. [...] "

  Imru l’Qays, (traduction de J.-J. Schmitt)

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Quand je l'imaginais près de moi

26 Novembre 2016, 02:57am

Publié par vertuchou

Quand je l'imaginais près de moi, mon désir arrivait vite, brutal, comme une gifle, je ne perdais jamais son visage, aucun autre ne pouvant s'y substituer. J'aimais l'idée de me donner à lui et de lui faire confiance. J'aimais nos deux images réunies, elles me semblaient vraies.

Il m'arrivait encore de ressentir le vide de mon hiver, de mes heures sans fin à vouloir capturer son regard, son sourire, ses gestes. Je voulais alors le serrer contre moi, le séduire depuis mon silence


Nina Bouraoui,  Appelez-moi par mon prénom

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J’ai envie de vous sentir, Louise.

18 Novembre 2016, 03:16am

Publié par vertuchou

 - J’ai envie de vous sentir, Louise.

- … Me sentir ?

Vous sentir.

Elle sourit, interloquée. Innocente. Elle ne sait pas ce que le mot sentir recouvre. Quand, en fait, il recouvre tout. (…) Elle se lève, défait le premier bouton de son corsage, s’approche de moi. Et m’offre sa gorge.

-  Ça, je l’ai depuis longtemps. Ce que je veux, c’est votre odeur brute. Votre essence même. L’essence de Louise. Celle qu’aucune fragrance n’a jamais altérée. C’est tout votre être que je veux.

-  … ?

- Qu’avez-vous à craindre d’un vieillard comme moi ? Je ne vous toucherai même pas, ça ne prendra qu’un instant, et plus personne au monde ne vous sentira comme je l’aurai fait. Je vous aurai sentie.
...

Elle laisse tomber sa robe à ses pieds, et s’étend sur le canapé. (…) J’approche mon visage, les yeux clos et, sans doute pour la dernière fois de mon existence, je rassemble toute ma science, toute la ferveur qu’il me reste.

Tout commence par une note de tête à forte tonalité ambrée, au départ boisée, puis balsamique. Suivie d’une variation de jasmins intenses, avec une trace de benjoin de Siam, suave, d’une grande ténacité. Puis une pointe de bois de santal stabilise un étrange mélange de civette, animale, intense, et un trait de vanilline qui constitue déjà la note de cœur. La note du fond, irisée, se prolonge dans un juste équilibre de cardamone et d’essence de litsea persistante.

Une éternité plus tard, j’ouvre les yeux.

Encore ivre d’elle, je la vois saisir sa robe au passage et disparaître.

Tonino Benacquista, Nos gloires secrètes

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Je voudrais juste comprendre

2 Novembre 2016, 03:29am

Publié par vertuchou

- Je voudrais juste comprendre pourquoi il a suffi qu'un amour de jeunesse mette une annonce dans le journal pour que tu perdes la tête !
- Je voudrais comprendre moi aussi. C'est peut-être pour ça que je suis là.
- Tu pensais souvent à cet homme ?
- Oui. souvent.
- Quand par exemple ?
- Quand je me suis mariée. Quand mes filles sont nées. Quand elles ont eu 15 ans. Quand ça sent la résine de pin l'été, le chocolat chaud, la sueur, la cannelle, quand j'entends Mike Brant, Johnny Hallyday, les cigales ou Chopin, quand je vois des films italiens, des adolescents amoureux, des vélos, des cariatides, des bateaux, quand je m'endors au soleil, quand je ris devant la glace, quand je danse toute seule. Quand je suis bien. Quand la vie est tout près.

Véronique Olmi, Le premier amour

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Le premier soir que j'osai lui adresser la parole

27 Octobre 2016, 03:11am

Publié par vertuchou

Le premier soir que j'osai lui adresser la parole, j'étais déjà un peu gris, et, parce qu'elle me répondait avec douceur, j'éprouvai une joie unique, une joie ! comme si tout le regret de ma vie était effacé. Nous restâmes longtemps, assis sur les tabourets, dans ce coin de bar où ne nous dérangeait pas la présence des autres. Je ne saurais dire de quoi nous parlions, mais je me rappelle que j'avais frôlé sa main, que sa jupe s'ouvrait, à gauche, sur sa jambe nue dans un bas à jour, qu'elle avait glissé dans son corsage un sachet dont ses amants respiraient l'odeur sur sa poitrine. Ainsi, elle était plus loin de moi qu'une impératrice, et, avant qu'elle recommençât son va-et-vient dans la rue, je goûtais, le prolongeant avec fièvre, la faveur inestimable de cet inutile entretien.

Robert de La Vaissière , Fille

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Et puis tout à coup, elle m'a vu

19 Octobre 2016, 03:41am

Publié par vertuchou

Et puis tout à coup, elle m'a vu. Son visage n'a pas bougé, n'a pas souri,

mais j'ai vu que ses yeux s'étaient ouverts, j'ai senti le lien de son regard

dans le mien, comme si j'entendais battre son cœur dans un fil.

J.M.G Le Clézio, Tempête: Deux novellas

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Pourquoi il faut aimer Anne

11 Octobre 2016, 03:48am

Publié par vertuchou

Lundi 13 juillet (64)
Pourquoi il faut aimer Anne


Je le sais aujourd’hui plus que jamais.
J’ai reçu sa lettre anxieusement attendue.
Anne est ma joie
ma grâce
mon espérance.
Parfois je m’étonne de la place
qu’elle occupe dans ma vie.
Surprise de l’âme qui doute du bonheur !
Anne est semblable
à cette vague
violente et pure.
Elle donne et prend
mais elle sait qu’elle donne
et ne sait pas qu’elle prend.
Quand elle se brise
elle n’est pas écume
mais lumière.

François Mitterrand

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Aujourd'hui

3 Octobre 2016, 03:03am

Publié par vertuchou

Aujourd'hui je peux vraiment savoir que je vous aime.

Parce que je vous aime comme on doit aimer : dans le renoncement.

Je vous aime sans vous avoir; Vous ne me donnez rien et je vous aime.


Alice Ferney, La conversation amoureuse

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