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Sais-tu, mon doux Seigneur que je ne rêve qu’à toi ?

27 Décembre 2015, 03:57am

Publié par vertuchou

Sais-tu, mon doux Seigneur, que sans cesse je pense à toi, que je ne rêve qu’à toi,

que mon seul et unique désir est de t’appartenir [...] ; être ta maîtresse, ton être, ta tienne ?

Sais-tu que tout ce qui évoque ton souvenir me fait bondir le cœur ?

Sais-tu enfin que je t’aime ardemment avec toutes les forces de mon âme,

tous les regrets et larmes de mon triste passé ?

Je voudrais reprendre ma vie, mes baisers, toutes ces sensations idiotes ;

je voudrais que mon esprit fût aussi vierge que l’était mon coeur

quand je t’ai aimé. Enfin sache que je t’aime, cela est vrai,

cela est grand comme l’amour.

Sarah Bernhardt, lettre à Jean Mounet-Sully

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Le matin du départ

19 Décembre 2015, 04:15am

Publié par vertuchou

Le matin du départ, dans le petit salon [...], j’ai cru voir vos yeux fixés sur moi

se troubler et devenir humides. Cela vous faisait donc un peu de chagrin

de voir celui qui vous aime tant s’éloigner pour bien longtemps peut-être ?

Pour moi, j’étais navré, mais au milieu de tout ce monde,

je n’ai pu vous exprimer ma douleur profonde.

Oh ! pourquoi n’ai-je pas eu une demi-heure à moi

pour vous serrer contre mon cœur, pleurer dans votre sein,

et laisser mon âme entre vos douces lèvres, avec un long et suprême baiser ?

Théophile Gautier, lettre à Carlotta Grisi

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Sois ma prison et mon Dragon

11 Décembre 2015, 03:55am

Publié par vertuchou

HASSINE, HASSINE, HASSINE, HASSINE. Sois ma drogue, mon poison,

mon poignard. Tue-moi, Hassine, tue-moi, TUE-MOI.

Jette-moi tout au fond du puits de ton regard, fais-moi chavirer

de ton souffle furieux, qu’il me déchire et me ravage

comme un feu dans la jungle.

Abats-moi comme un arbre, casse-moi, fends-moi, Hassine,

saccage-moi. Qu’il ne reste plus rien de moi qu’un tourbillon

de cendres hurlantes de joie.

Je suis folle, Hassine, folle d’amour.

Et je ne bouge pas d’un geste, je t’attends.

Viens Hassine, tout doucement, à chaque jour un peu plus près.

Les minutes chauffent et tournent dans le temps.

C’est bientôt l’heure du feu, de notre heure de braise,

de notre nuit sanglante.

- Griselidis Real, lettre à Hassine Ahmed

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Bonheur

17 Novembre 2015, 04:42am

Publié par vertuchou

Et elle se mit à rire de nouveau, de son rire de pluie fraîche.
Maintenant qu'il l'avait rejointe, elle marchait à côté de lui
d'un bon pas. Grange la regardait quelquefois à la dérobée ;
derrière le bord du capuchon, il ne voyait que le nez et la bouche,
tout vernissés d'eau, que le court menton buté tendait à la pluie,
mais il était remué de la sentir auprès de lui, jeune et saine,
souple comme un faon, dans la bonne odeur de laine mouillée.
D’elle-même elle s'était mise à son pas : c'était doux comme si
elle se fût appuyée sur lui. Parfois elle tournait un peu la tête,
et faisait glisser un instant le bord du capuchon sombre
sur ses yeux couleur d’éclaircie, leurs regards se croisaient,
et ils riaient un peu sans rien dire, d'un rire de pur contentement.

Julien Gracq, Un balcon en forêt

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Je voudrais sentir vos seins nus

31 Octobre 2015, 04:34am

Publié par vertuchou

Je voudrais sentir vos seins nus sur ma poitrine,

mes deux mains croisées sur vous, vos bras autour de mon cou,

votre tête parfumée dans le creux de mon épaule,

et votre peau palpitante, et l’odeur qui vient de vous.

- Boris Vian, L'écume des jours,

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Etait-il vrai ... ?

28 Octobre 2015, 04:12am

Publié par vertuchou

Etait-il vrai que la couleur des yeux changeait pendant l’amour, ainsi que la taille

et le pigment des aréoles, lesquelles secrétaient un doux nectar semblable à du miel ?

Etait-il vrai que le Mont de Vénus, soumis à une douce et régulière pression, s’exhaussait

sous le désir ?

Etait-il vrai que la peau s’irisait le long du dos, que la chair de poule naissait

sur les courbures les plus intimes ?

Etait-il vrai que les chevilles se cambraient, que les orteils s’arc-boutaient,

que les doigts se creusaient dans un mouvement de supination, que le corps entier

se métamorphosait pour célébrer Eros ?

Blanc-seing

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Je touche tes lèvres

12 Octobre 2015, 04:29am

Publié par vertuchou

Je touche tes lèvres, je touche d’un doigt le bord de tes lèvres,
je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois,
et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer,
je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main
sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement avec ta bouche qui sourit sous la bouche
que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant
dans un silence et un parfum ancien.


Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvements vivants, de senteur profonde.
Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade,
cette mort est instantanée et belle.
Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

Julio Cortázar, Marelle

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Je fais tout ce que je peux

4 Octobre 2015, 04:09am

Publié par vertuchou

"Je fais tout ce que je peux pour que mon amour ne te dérange pas.
Je te regarde à la dérobée.
Je te souris quand tu ne me vois pas.
Je mets mon regard et mon âme partout
où je voudrais mettre mes baisers :
dans tes cheveux, sur ton front, sur tes yeux, sur tes lèvres,
partout où les caresses ont un libre accès…”

Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo

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J’éprouvais alors - la seule fois de ma vie -

23 Septembre 2015, 04:33am

Publié par vertuchou

“J’éprouvais alors - la seule fois de ma vie - le désir total d’une femme

où tout mon être était engagé corps et âme, concupiscence et tendresse,

chagrin et furieux goût de vivre, fringale de vulgarité comme de réconfort,

soif d’une seconde de plaisir comme d’éternelle possession.

J’étais entièrement engagé, tendu, concentré et je me souviens

de ces moments comme d’un paradis perdu.”


Milan Kundera, La plaisanterie

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Publié depuis Overblog

10 Septembre 2015, 03:40am

Publié par vertuchou

Quel goût avait-elle, ta bien-aimée ? s’enquièrent les 26 lettres du seul alphabet que l’on m’eût jamais appris et dans quel ordre nous rangerais-tu, toi, si tu nous mettais au défi de le lui apprendre ?
Nid d’hirondelle. Figue tiède. Abricot trop mûr. Minuscule framboise gobée sous un crachin serré.
Quelquefois, dérayure. Quelquefois, écorchures de marées, saignées de l’âme et sang de lune. Ou laitance. Ou lactescence. Colostrum d’Aphrodite.
Oh, Mathilde,
Je renonce.
Je t’ai aimée.
Je t’ai plus aimée que je le saurais le dire,
Et beaucoup moins bien.


Anna Gavalda, La vie en mieux

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