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Je me sentais vivre en elle, et elle vivait pour moi seul

24 Mai 2015, 04:21am

Publié par vertuchou

Je me sentais vivre en elle, et elle vivait pour moi seul.

Son sourire me remplissait d'une béatitude infinie; la vibration de sa voix si douce

et cependant fortement timbrée me faisait tressaillir de joie et d'amour.

Elle avait pour moi toutes les perfections, elle répondait à tous mes enthousiasmes,

à tous mes caprices, − belle comme le jour aux feux de la rampe qui l'éclairait d'en bas,

pâle comme la nuit, quand la rampe baissée la laissait éclairée d'en haut

sous les rayons du lustre et la montrait plus naturelle,

brillant dans l'ombre de sa seule beauté, comme les Heures divines

qui se découpent, avec une étoile au front,

sur les fonds bruns des fresques d'Herculanum !

Gérard de Nerval, Sylvie

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Embrasser convenablement une femme

16 Mai 2015, 04:53am

Publié par vertuchou

“Aussitôt, il se souvint qu’on n’embrasse convenablement une femme

qu’avec les mains, en choyant sa nuque,en égarant ses doigts

dans sa chevelure désorganisée.

Le but est alors de vaincre l’esprit de l’autre, d’assassiner

ce qui lui reste de conscience.

Tout baiser véritable est une vraie noyade.”


Alexandre Jardin, Mademoiselle Liberté

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Puisque tu m’as meurtri les lèvres de baisers

7 Mai 2015, 04:45am

Publié par vertuchou

Puisque tu m’as meurtri les lèvres de baisers, baise-les encore pour les guérir.

Et si tu n’as pas terminé ce soir, il n’importe, rien ne presse.

Tu as encore toute la nuit, ma bien-aimée la plus aimée !

On peut, dans une nuit entière, échanger de nombreux baisers

et goûter beaucoup de bonheur.

Heinrich Heine, le retour

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A l’instant même où je la vis

4 Mai 2015, 04:42am

Publié par vertuchou

A l’instant même où je la vis, je devins amoureux de sa timidité, une timidité unique,

inoubliable, qui lui prêtait l’apparence d’une vestale épuisée au service

d’un dieu clandestin ou alors d’une mystique ravagée par la nostalgie

ou l’abus de l’extase, à jamais inapte à réintégrer les évidences ! […]

Qui sait déchiffrer les visages lisait aisément dans le sien qu’elle n’était pas

condamnée à durer, que le cauchemar des années lui serait épargné.

Vivante, elle semblait si peu complice de la vie, qu’on ne pouvait la regarder

sans penser qu’on ne la reverrait jamais. L’adieu était le signe et la loi de sa nature,

l’éclat de sa prédestination, la marque de son passage sur terre ;

aussi le portait-elle comme un nimbe, non point par indiscrétion,

mais par solidarité avec l’invisible.

— Emil Cioran, Exercices d’admiration

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Je suis devenue amoureuse de toi

27 Avril 2015, 04:44am

Publié par vertuchou

Je suis devenue amoureuse de toi, je t’ai dans la peau.

Je t’ai dans la gorge, convoitise tremblante !

Et la preuve, c’est que ce qui physiquement te ressemble me bouleverse.

Tes lèvres, tes mains. Je suis folle de tes lèvres, de tes mains,

tout à fait folle d’amour pour toi.

Peut-être pour d’autres n’es-tu pas beau

- mais tu combles en moi le besoin d’une surnaturelle harmonie -

tu es beau comme si tu étais mon enfant,

et personne n’a cette perfection, personne n’est aussi mélodieux,

aucune forme ne m’est aussi nécessaire.

Mireille Sorgue, Lettres à l’amant

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Il m’a dit : « Cette nuit, j’ai rêvé

22 Avril 2015, 04:44am

Publié par vertuchou

Il m’a dit : « Cette nuit, j’ai rêvé. J’avais ta chevelure autour de mon cou.

J’avais tes cheveux comme un collier noir autour de ma nuque et sur ma poitrine.

« Je les caressais, et c’étaient les miens ; et nous étions liés pour toujours ainsi,

par la même chevelure la bouche sur la bouche, ainsi que deux lauriers

n’ont souvent qu’une racine.

« Et peu à peu, il m’a semblé, tant nos membres étaient confondus,

que je devenais toi-même ou que tu entrais en moi comme mon songe. »

Quand il eut achevé, il mit doucement ses mains sur mes épaules,

et il me regarda d’un regard si tendre, que je baissai les yeux avec un frisson.

Pierre Louÿs

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Ses bras sont un aimant

2 Avril 2015, 04:47am

Publié par vertuchou

Ses bras sont un aimant qui m’attire, et son baiser sur mon front

me fait entrer dans un monde où je respire, où j’existe autrement

que dans celui-ci.

George Sand, Consuelo

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A présent elle sait...

24 Mars 2015, 04:18am

Publié par vertuchou

A présent elle sait enfin pourquoi elle vit:
parce qu'elle devait -le-rencontrer.
Dans les heures sombres de désespoir,
elle s'est souvent demandé pourquoi
elle était venue sur terre.
Elle en voulait à ses parents de l'avoir mise au monde.
Ce monde qui lui semblait hostile et dur.
Elle est tellement émue qu'il lui soit apparu
qu'elle en mourrait volontiers sur le champ.
Rien n'existe pour elle de plus grandiose
et de plus excitant
que la contemplation de cet étranger.
Pour la première fois de sa vie,
elle aime quelqu'un qui n'est pas son père.

Unica Zürn Sombre printemps -

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Oui, Amour, toucher la plus douce nappe d’air

21 Mars 2015, 04:13am

Publié par vertuchou

Oui, Amour, toucher la plus douce nappe d’air, hier amont de Vaucluse,

c’était te dénuder, se jeter sur toi, et n’être plus qu’une forme heureuse

dans l’espace, comme sur la terre de sable qui nous accueillait. […] J

e me porte vers ton corps toujours prêt à s’ouvrir, ton visage, ta parole,

ton rire quand ma bouche clôt ta bouche…

ma source chérie, ta nuit tant cherchée et désirée.

Merci, merci : tes deux lettres feront, déferont et referont

mon bonheur de droit, par toi aujourd’hui.

Tu sais tout cela, chère Adorée.


Lettre de René Char à Marie-Claude Char

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Je trouvai Albertine dans son lit

6 Mars 2015, 04:31am

Publié par vertuchou

Je trouvai Albertine dans son lit. Dégageant son cou, sa chemise blanche

changeait les proportions de son visage qui congestionné par le lit,

ou le rhume, ou le dîner, semblait plus rose ; je pensai aux couleurs

que j’avais eues quelques heures auparavant à côté de moi, sur la digue,

et desquelles j’allais enfin savoir le goût ;

sa joue était traversée de haut en bas par une de ses longues tresses noires

et bouclées que pour me plaire elle avait défaites entièrement.

Elle me regardait en souriant.

A côté d’elle, dans la fenêtre, la vallée était éclairée par le clair de lune.

La vue du cou nu d’Albertine, de ces joues trop roses, m’avait jeté

dans une telle ivresse (c’est-à-dire avait tellement mis pour moi

la réalité du monde non plus dans la nature ; mais dans le torrent

des sensations que j’avais peine à contenir) que cette vue

avait rompu l’équilibre entre la vie immense, indestructible

qui roulait dans mon être et la vie de l’univers, si chétive en comparaison.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs

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