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Je vous aime pour votre candeur

20 Octobre 2013, 05:03am

Publié par vertuchou

Je vous aime pour votre candeur, pour votre ignorance de toutes les choses que je sais, pour cette grande jeunesse morale dont vous êtes si impatiente de vous dépouiller, imprudente que vous êtes !

Leila; George Sand

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Je l'ai aidée à monter sur une bouée

7 Septembre 2013, 10:19am

Publié par vertuchou

Je l'ai aidée à monter sur une bouée et, dans ce mouvement, j'ai effleuré ses seins. J'étais encore dans l'eau quand elle était déjà à plat ventre sur la bouée. Elle s'est retournée vers moi. Elle avait les cheveux dans les yeux et elle riait. Je me suis hissé à côté d'elle sur la bouée. Il faisait bon et, comme en plaisantant, j'ai laissé ma tête en arrière et je l'ai posée sur son ventre. Elle n'a rien dit et je suis resté ainsi. J'avais tout le ciel dans les yeux et il était bleu et doré. Sous ma nuque, je sentais le ventre de Marie battre doucement. Nous sommes restés longtemps sur la bouée, à moitié endormis.

Quand le soleil est devenu trop fort, elle a plongé et je l'ai suivie. Je l'ai rattrapée, j'ai passé ma main autour de sa taille et nous avons nagé ensemble. Elle riait toujours. Sur le quai, pendant que nous nous séchions, elle m'a dit : "Je suis plus brune que vous." Je lui ai demandé si elle voulait venir au cinéma, le soir. Elle a encore ri et m'a dit qu'elle avait envie de voir un film avec Fernandel.

A. Camus L'étranger

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Mon corps existe

7 Août 2013, 06:12am

Publié par vertuchou

« mon corps existe, depuis toi. C’est difficile à expliquer, encore que cela ne me gêne pas à dire ; et je m’étonne ; car tout de même, avant que je ne te rencontre, des hommes vivaient autour de moi ; mais je ne les désirais pas ; à peine si depuis l’été dernier je savais le goût ? de fruit vert, parfaitement ! ? de cette flammèche furtive allumée au noir du ventre. Et maintenant… Maintenant ! Ah si les gens savaient pourquoi je ris parfois dans la rue ! Je ris du bonheur de te sentir t’établir dans mon corps ; je ris d’une grande faim qui me vient… Si ma mère lisait ces lignes, recevrais-je une fessée ? »

Mireille Sorgue, Lettres à l'amant I et II, Albin Michel, 1985, coll. « Le Livre de poche ».

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Je suis toute pénétrée de ce bonheur

7 Juillet 2013, 05:48am

Publié par vertuchou

Je suis toute pénétrée de ce bonheur que j’ai de vous avoir - rien d’autre ne compte.
Je vous ai, petit tout précieux, petit bien-aimé - aussi bien aujourd’hui
qu’avant-hier quand je vous voyais et je vous aurai jusqu’à votre mort
- après ça, rien vraiment n’a d’importance de tout ce qui peut m’arriver.
Je suis non seulement pas triste, mais même profondément heureuse et assurée -
même les plus tendres souvenirs de tous vos chers visages et de vos petits bras
en corbeille le matin autour de l’oreiller ne me sont pas douloureux.
Je me sens tout enveloppée et soutenue par votre amour.

Lettre de Simone de Beauvoir à Jean Paul Sartre
 

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Je ne puis me taire plus longtemps

7 Juin 2013, 05:04am

Publié par vertuchou

Je ne puis me taire plus longtemps. Il faut que je vous écrive.

Vous me percez le cœur ! Ne me dites pas qu’il est trop tard !

Que ces précieux sentiments sont perdus pour toujours.


Je m’offre à vous avec un cœur qui vous appartient encore plus

que lorsque vous l’avez brisé il y a huit ans.

Ne dites pas que l’homme oublie plus tôt que la femme,

que son amour meurt plus vite.


Je n’ai jamais aimé que vous. Je puis avoir été injuste,

j’ai été faible et vindicatif,mais jamais inconstant.

C’est pour vous seule que je suis venu à Bath,

c’est à vous seule que je pense ;

ne l’avez-vous pas vu ? N’auriez-vous pas compris mes désirs ?


Je n’aurais pas attendu depuis dix jours, si j’avais connu vos sentiments

comme je crois que vous avez deviné les miens.

Je puis à peine écrire. J’entends des mots qui m’accablent.

Vous baissez la voix, mais j’entends les sons de cette voix

qui sont perdus pour les autres.

Trop bonne et trop parfaite créature ! Vous nous rendez justice, en vérité,

en croyant les hommes capables de constance.

 

Jane Austen, Persuasion, 1817

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Cris

7 Mai 2013, 05:45am

Publié par vertuchou

Laisse-moi t'aimer.
J'aime le goût de ton sang épais.
Je le garde longtemps dans ma bouche sans dents.
Son ardeur me brûle la gorge.
J'aime ta sueur.
J'aime caresser tes aisselles
Ruisselantes de joie.
Laisse-moi t'aimer
Laisse-moi lécher tes yeux fermés
Laisse-moi les percer avec ma langue pointue
Et remplir leur creux de ma salive triomphante.
Laisse-moi t'aveugler.

Tu veux mon ventre pour te nourrir
Tu veux mes cheveux pour te rassasier
Tu veux mes reins mes seins ma tête rasée
Tu veux que je meure lentement lentement.

Je frémis sous tes mains joyeuses.
Je bois le sang qui tombe de ta bouche en fente.
Le drap noir rampe sous nos jambes unies
Et tandis que tu mâches mon oreille détachée
Je chante ton nom et mes rêves écartés.

J'ai ouvert ta tête
Pour lire tes pensées.
J'ai croqué tes yeux
Pour goûter ta vue.
J'ai bu ton sang
Pour connaître ton désir
Et de ton corps frissonnant
J'ai fait mon aliment.

 

 Joyce Mansour

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Projetez vos envies,

7 Avril 2013, 05:26am

Publié par vertuchou

Projetez vos envies, elles glissent entre mes doigts, murmurez-les, mes lèvres s'entr'ouvrent,

aspirer votre air, goûter votre langue, vous embrasser goulûment, et déjà nos hanches,

et votre désir sous la toile, et mes cuisses autour de votre taille, et vos mains

sur mes fesses, et puis l'instant fragile, votre sexe dans le mien.
Mais nous resterons loin, et quand nous nous croiserons, à l'occasion,

si je garde les yeux baissés, n'allez point croire que je vous méprise.

C'est de l'impudeur de mon regard dont je me protège, de cette impatience

à vous toucher, de cette urgence de baiser qui embrase chaque instant partagé.

Mais regardez mes lèvres. Regardez mes doigts. Ils dessinent sur ma bouche

le tracé de votre langue, ma main qui serre mon bras ou enlace mon cou,

comme si c'était vous. Quand je serai seule, peut-être mes doigts mimeront

vos gestes, illusoire apaisement.
Après toutes les impudeurs, malgré tous les mots,

les soupirs et l'émoi, je reste cette femme qui rougit.


Nora Gaspard

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Lorsqu'elle trousse ma chemise

7 Mars 2013, 04:44am

Publié par vertuchou

Lorsqu'elle trousse ma chemise et met la main entre mes cuisses,

nous nous taisons l'une et l'autre. Lorsque ses doigts se remettent à bouger,

ce n'est plus qu'un simple frôlement : ils sont mouillés à présent,

ils glissent et, en glissant, comme ses lèvres qui se frottent aux miennes,

semblent se doter de vie et m'aspirer, hors des ténèbres et de ma forme naturelle.

Je croyais la désirer avant, mais le désir que je ressens maintenant est tellement grand,

tellement âpre que je crains qu'il ne reste à jamais inassouvi.

Il me semble qu'il ira toujours grossissant, de plus en plus effréné, à me rendre folle, à me tuer.

Pourtant le mouvement de sa main est toujours aussi lent. Elle murmure :
- Comme tu es douce ! Comme tu es chaude ! J'ai envie...
Sa main ralentit encore, en appuyant. Mon souffle reste un instant suspendu.

Elle hésite, mais presqu'aussitôt accentue à nouveau la pression de ses doigts.

 

Sarah Waters

Du bout des doigts / 2002

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Mes yeux furent tout à coup frappés

7 Février 2013, 05:36am

Publié par vertuchou

Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies

sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées

qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues

pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme,

et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie.

Ces épaules étaient partagées par une raie,

le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main.


Honoré de  Balzac

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Nous éclatons de rire

7 Janvier 2013, 05:48am

Publié par vertuchou

Nous éclatons de rire. Nous nous allongeons ensemble et faisons l’amour,

doucement, tendrement, nous nageons en plein amour, et pour la première fois,

l’orgasme m’envahit par surprise, sans que j’y pense, presque paisiblement,

comme une aube qui se lève lentement, un lent épanouissement né de l’abandon,

de la décontraction, né du non-être.

Aucun effort pour l’atteindre. Tombant comme la pluie, noyant l’esprit et le faisant fleurir.

 

Anaïs Nin
Journal V / 1947-1955

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