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poetes d'aujourd'hui

Les quatre temps cardinaux

17 Janvier 2026, 00:25am

Publié par vertuchou

La poule noire de la nuit
vient encore de pondre une aurore.
Salut le blanc, salut le jaune,
Salut, germe qu’on ne voit pas.

Seigneur midi, roi d’un instant,
au haut du jour frappe le gong.
Salut à l’œil, salut aux dents,
Salut au masque dévorant, toujours !

Sur les coussins de l’horizon,
le fruit rouge du souvenir.
Salut soleil qui sait mourir
Salut, brûleur de nos souillures.

Mais en silence je salue la grande Minuit,
Celle qui veille quand les trois s’agitent.
Fermant les yeux je la vois sans rien voir par-delà les ténèbres
Fermant l’oreille j’entends son pas qui ne s’éloigne pas. 

René Daumal

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Toi et moi

13 Janvier 2026, 00:11am

Publié par vertuchou

Toi et moi
Tu serais rêve 
Je serais vent

Gu Cheng

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Elegie

9 Janvier 2026, 00:55am

Publié par vertuchou

Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal
mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle il monte.

Qui d'entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle?

Mieux vaut ne pas bouger.
C'est un bleu d'eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c'est plus loin qu'elle doit s'arrêter :
les confins du visible en écument.

Fleurs d'ombre
jamais vues, imaginées,
Vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre,
crées-tu des fantômes
ou berces-tu
dans tes bras un monde ?

Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.

Tu pleures ?

Eugenio Montale

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Autobiographie

5 Janvier 2026, 01:32am

Publié par vertuchou

Dans mon enfance les arbres étaient verts
Et il y avait tant et tant à voir
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Mon père faisait résonner les murs,
Il portait son col de travers.
Reviens vite ou ne reviens jamais. 
Ma mère portait une robe jaune ;
Douce, douce, la douceur même.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
À l’âge de cinq ans les rêves noirs sont venus ;
Rien après ne fut tout à fait pareil.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Le sombre parlait aux morts :
La lampe était sombre à côté de mon lit.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand je me réveillais ils ne faisaient pas attention à moi ;
Personne, personne n’était là.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand ma terreur silencieuse criait,
Personne, personne ne répondait.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Je me suis levé : le soleil glacial
M’a vu partir seul.
Reviens vite ou ne reviens jamais.

Louis MacNeice

septembre 1940

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Ton poème

1 Janvier 2026, 01:31am

Publié par vertuchou

C’est un poème riche en images,

pauvre en divertissements.

Rassure-toi. Il ne dure pas longtemps.

Cécile Coulon

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les objets

26 Décembre 2025, 00:25am

Publié par vertuchou

Les objets!
Brûlez-les, brûlez-les ! Faites un beau
Feu ! Plus de place dans ton cœur pour l’amour,
pour les arbres ! Pour les oiseaux qui possèdent
rien – la raison pour laquelle ils peuvent voler.

Mary Oliver

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Un pont sur la Creuse

22 Décembre 2025, 00:22am

Publié par vertuchou

L’eau des millénaires creuse

L’épaisseur des granits noirs

Dont scintillent les cristaux

 

Tu respires l’air du gouffre

 

Le pont nous semble si haut

 que la rivière fait peur

Le ciel coule trop profond

 

Nous sommes des primitifs

Qui répondent à l’écho

Comme à l’inconnu qui passe

 

Nous sommes l’eau qui reflète

un frémissement de feuille

 

Juliette Darle

 

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Les espaces du sommeil

14 Décembre 2025, 00:19am

Publié par vertuchou

    Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
    du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
    Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
    cachées dans les fourrés.
    Il y a toi.
    Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin
    et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère
    et celle de la lanterne du chiffonnier.
    Il y a toi.
    Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
    où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
    et les premiers frissons de l’aube.
    Il y a toi.
    Un air de piano, un éclat de voix.
    Une porte claque. Un horloge.
    Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
    Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
    Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.
    Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.
    Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent
    et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
    Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
    Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
    Et l’âme palpable de l’étendue.
    Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d’il y a 2 000 ans
    et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
    Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
    et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
    Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
    Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
    Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
    Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion
    mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos
    aussi bien au rêve qu’à la réalité.
    Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile où le flot meurt sur les plages,
    où la corneille vole dans des usines en ruines,
    où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb,
    Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
    et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
    Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer,
    des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
    des poumons de millions et millions d’êtres.
    Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
    Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.
    Dans la nuit il y a toi.
    Dans le jour aussi.

    Robert Desnos

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je veux m'excuser

10 Décembre 2025, 00:17am

Publié par vertuchou

je veux m'excuser devant toutes les femmes

que j'ai qualifiées de jolies

avant de dire qu'elles étaient intelligentes ou courageuses

Je suis désolée d'avoir donné l'impression que

quelque chose d'aussi simple que ce don de la nature

devait être votre plus grande fierté

alors que votre esprit a abattu des montagnes

Désormais je dirai des choses comme

vous êtes résilientes ou vous êtes extraordinaires

non parce que je ne pense pas que vous soyez jolies

mais parce que vous êtes tellement plus que ca.

Rupi Kaur

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A Ossip Zadkine

6 Décembre 2025, 00:33am

Publié par vertuchou

A Ossip Zadkine, au sculpteur, à l’ami de Montparnasse

 

Béance d’un être humain

Sur le désastre des terres

 

Béance d’une figure

Dont la couleur du matin

Traverse la pierre en marche

Béance d’une aube en toi

Déchirure

La douleur creuse la source du souffle

 

Le temps est rompu

Vertige d’un regard qui se renverse

Tu touches sous la poussière

Le vibrato d’une vie

 

Le vibrato d’une voix.

Juliette Darle

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