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poetes d'aujourd'hui

Soleil dérisoire

12 Avril 2024, 01:56am

Publié par vertuchou

Soleil jaune au poing
Elle s'appelle Liberté
On l'a placée sur la plus haute montagne
Qui regarde la ville
Et les pigeons gris l'ont souillée
Jour après jour
Changée en pierre
Les plis de son manteau sont immobiles
Et ses yeux sont aveugles
Sur sa tête superbe une couronne d'épines et de fiente

Elle règne sur un peuple de tournesols amers
Agités par le vent des terrains vagues
Tandis qu'au loin la ville fumante
Se retourne sur son aire
Et rajuste les chaînes aux chevilles des esclaves.

Anne Hébert

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Vous ne connaissez pas

8 Avril 2024, 01:37am

Publié par vertuchou

Vous ne connaissez pas mon visage de nuit
Mes yeux tels des chevaux fous d'espace
Ma bouche bariolée de sang inconnu
Ma peau
Mes doigts poteaux indicateurs perlés de plaisir
Guideront vos cils vers mes oreilles mes omoplates
Vers la campagne ouverte de ma chair
Les gradins de mes côtes se resserrent à l'idée
Que votre voix pourrait remplir ma gorge
Que vos yeux pourraient sourire
Vous ne connaissez pas la pâleur de mes épaules
La nuit
Quand les flammes hallucinantes des cauchemars réclament le silence
et que les murs mous de la réalité s'étreignent
Vous ne savez pas que les parfums de mes journées meurent sur ma langue
Quand viennent les malins aux couteaux flottants
Que seul reste mon amour hautain
Quand je m'enfonce dans la boue de la nuit.

Joyce Mansour

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Rien que cette lumière…

4 Avril 2024, 01:36am

Publié par vertuchou

Rien que cette lumière que sèment tes mains
rien que cette flamme et tes yeux
ces champs cette moisson sur ta peau
rien que cette chaleur de ta voix
rien que cet incendie
rien que toi

Car tu es de l'eau qui rêve
et qui persévère
l'eau qui creuse et qui éclaire
l'eau douce comme l'air
l'eau qui chante
celle de tes larmes et de ta joie

Solitaire que les chansons poursuivent
heureux de ciel et de la terre
forte et secrète vivante
ressuscitée
Voici enfin ton heure tes saisons
tes années

Philippe Soupault

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Le ciel est légèrement vert

31 Mars 2024, 00:29am

Publié par vertuchou

Le ciel est légèrement vert,
Comme un éclairage de piscine ;
Le café est amer,
Partout on assassine ;
Le ciel n’éclaire plus que des ruines.

              Houellebecq

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Toujours vers toi

27 Mars 2024, 01:26am

Publié par vertuchou

Toujours vers toi
Sans te le dire
Jusqu'à ta bouche
aimée.
Mais l'instant qui coule
Me nomme
Quel que soient les traits
que j'emprunte.

René Char

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Il était une feuille

23 Mars 2024, 01:25am

Publié par vertuchou

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

Robert Desnos

 

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Instant

19 Mars 2024, 01:24am

Publié par vertuchou

Je voudrais que notre amour
Pût tenir en une parole :
Je la redirais jusqu'à l'aube.
 
Je voudrais qu'il fût immobile,
infini comme la ligne
Qui sépare le ciel de la mer.
 
Je voudrais qu'il n'eût ni veille ni lendemain,
Pareil à un astre arrêté à son zénith,
Pareil à un flambeau solitaire
Dont l'ardeur ne se nourrit que d'elle-même.
 
Je voudrais qu'il fût à la fois
Toute sa douleur et toute sa joie,
Un instant d'homme et l'éternité,
La vie et la mort tout ensemble.

Louis Chadourne

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La liberté voulait dire

15 Mars 2024, 01:39am

Publié par vertuchou

Souvenons-nous de la liberté
quand elle avait le même sens pour tous
où que nous fussions
et qu’à sa simple évocation
nos cœurs battaient la chamade
nos yeux s’ouvraient grands
comme ceux d’un enfant
à la vue d’un cadeau inespéré

La liberté voulait dire
vouloir la lune
et tendre la main avec confiance
pour la cueillir
apprendre les mots les plus courants
d’au moins une vingtaine de langues
donner et redonner la preuve
que rien de ce qui est humain
ne nous était étranger

Souvenons-nous de la liberté
quand elle nous faisait rayonner
de la jeunesse éternelle
qui est en nous
quand elle nous soufflait
les grandes passions
qui allaient nous jeter
dans le brasier
de toutes les batailles
quand elle faisait tomber
sur nous
la foudre de l’amour qui
allait bouleverser nos vies

La liberté voulait dire
une seule chose
aussi vraie que la terre
sur laquelle nous marchons
et le ciel
qui s’élève au-dessus de nos têtes
aussi vraie
que le sang
qui coule dans nos veines
La liberté
était notre irrécusable
identité

Abdellatif Laâbi

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Ta main s’élève en un adieu

11 Mars 2024, 01:19am

Publié par vertuchou

Ta main s’élève en un adieu
que je n’ai pas vu retomber.
Nos bouches n’ont pu finir leurs baisers
qui restent entre nous comme un pont coupé
Ton dernier regard est une jetée
pour la vie dont je touche le fond
de toute ma peau sans visage,
de tout le poids de la terre
Bientôt l’espace se mettra entre nous
et nous ne serons plus que deux êtres
en qui dure tout un passé de joie
comme un peu de soleil éclaire encore
les murs qu’il vient de quitter.
Ton corps ne bougera pas plus
qu’une fenêtre allumée dans la nuit
chassée par le vent et la pluie.

Lucien Becker

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Nuits blanches

7 Mars 2024, 01:55am

Publié par vertuchou

Personne…  Et le corps dit : ce qui est dit
Ne doit pas être dit. Mais « personne »
Est aussi un corps et ce que dit ce corps
N’est entendu de personne,
Á part toi.

Chute de neige et nuit… La répétition d’un crime,
Parmi les arbres. Le stylo…
Parcourt la surface de la terre ; ne sait plus…
Ce qui va se passer et la main qui le tient
Disparaît.

Pourtant, il écrit,
Il écrit : au commencement, parmi les arbres,
Un corps a émergé
De la nuit,
En marchant. Il écrit :
La blancheur du corps est de couleur terre.
C’est la terre,
Et la terre a écrit que tout…
Est la couleur du silence.

Je n’y suis plus pour personne. Je n’ai jamais dit ce que tu
Prétends que j’ai dit.
Pourtant, le corps
Est un lieu où rien ne meurt. Et chaque nuit,
Du silence des arbres, tu sais que ma voix
Marche vers toi.

Paul Auster

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