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poetes d'aujourd'hui

Les vivantes

13 Mars 2025, 01:24am

Publié par vertuchou

J’ai toujours aimé les femmes bizarres, les folles, les solitaires, les moches aux yeux des autres, les addictes.
Les énervées, les passionnées, imprévisibles.
J’ai toujours aimé les femmes au tempérament détestable, les obsessionnelles, les dépressives.
Les cinglées.
Créatives.
Les beautés étranges.
J’ai toujours aimé celles qui n’aimaient pas l’amour ou qui en avaient peur.
Les déraisonnées, les « mal faites ».
Les naïves.
Les lectrices.
Celles qui pensent parfois à la mort (parce qu’on ne peut aimer profondément la vie sans).
Celles en qui quelque chose ne tourne pas rond.
Les complexes, complexées, fissurées.
Les oubliées, mises de côté.
Troublées, esseulées, aux goûts enchevêtrés.
Qui croient dur comme fer en leur « truc ».
Les trop fragiles pour ce monde.
Perdues.
Multiples.
Contradictoires.
Les exilées sur terre.
Assombries.
Talentueuses.
Chanceuses infortunées.
Suicidées passives.
Incomprises.
Les « dans leur monde ».
Fainéantes, frénétiques par intermittences.
Mystiques.
J’aime celles qui sont prises pour des ratées, folles à lier ou illuminées.
Celles qu’auparavant on brûlait pour sorcellerie.
Les à-côté de la plaque.
Celles qui vont tout au bout de leurs mirages, jusqu’à les rendre vrais.
Mystifiées.
Confuses.
Fidèles à elles-mêmes.
À leur déraison.
Par amour du différent, de ce qui subsiste parfois de vitalité, de souffle naïf, tout au fond des êtres et qui n’est pas perdu. Cette despotique rébellion, cet intime tumulte.
Ces êtres en qui la déshumanisation n’a pas pu terminer son travail morbide.
En qui ça a cloché.
Celles en qui quelque chose de l’enfance est resté qui ne veut pas mourir.
Les poétesses.
Et ce mot n’est pas léger en moi.
J’aime pour toujours.
Celles qui ne sont pas l’ordinaire.
Qui ne sont pas la conformité.
Je les trouve magnifiques. Les vivantes.

François Corvol

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Poème 20

9 Mars 2025, 01:43am

Publié par vertuchou

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Écrire, par exemple: « La nuit est étoilée
et les astres d’azur tremblent dans le lointain. »

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Je l’aimais, et parfois elle aussi elle m’aima.

Les nuits comme cette nuit, je l’avais entre mes bras.
Je l’embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.

Elle m’aima, et parfois moi aussi je l’ai aimée.
Comment n’aimerait-on pas ses grands yeux fixes.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Penser que je ne l’ai pas. Regretter l’avoir perdue.

Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.
Et le vers tombe dans l’âme comme la rosée dans l’herbe.

Qu’importe que mon amour n’ait pas pu la retenir.
La nuit est pleine d’étoiles, elle n’est pas avec moi.

Voilà tout. Au loin on chante. C’est au loin.
Et mon âme est mécontente parce que je l’ai perdue.

Comme pour la rapprocher, c’est mon regard qui la cherche.
Et mon coeur aussi la cherche, elle n’est pas avec moi.

Et c’est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.
Mais nous autres, ceux d’alors, nous ne sommes plus les mêmes.

je ne l’aime plus, c’est vrai. Pourtant, combien je l’aimais.
Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.

A un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu’avant mes baisers.
Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.

je ne l’aime plus, c’est vrai, pourtant, peut-être je l’aime.
Il est si bref l’amour et l’oubli est si long.

C’était en des nuits pareilles, je l’avais entre mes bras
et mon âme est mécontente parce que je l’ai perdue.

Même si cette douleur est la dernière par elle
et même si ce poème est les derniers vers pour elle.

Pablo Neruda

(traduit par André Bonhomme et Jean Marcenac)

 

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Brûle

5 Mars 2025, 00:19am

Publié par vertuchou

Brûle et n’aie pas peur de brûler
La vie est longue
Courte aussi
Et les feux sont des alliés sur la route
Contemple les hauteurs nouvelles
Écoute les sons inconnus et les lumières fantomatiques
Brûle la terre et le ciel et la nuit et le jour aussi
Pour découvrir ce qui se cache sous les choses
Brûle, aime, et sois patiente mon ange
J’ai cousu des armes au revers de ta chemise
Des armes muettes qui agissent comme des capteurs de feu
L’amour au creux de ta paume
Déposé un jour de tempête
De grands trésors sont à même la tristesse
pour qui sait chercher
Embrasse la nuit et tu verras naître l’aube entre tes bras
L’azur
Et les premiers cris des oiseaux

Clara Ysé

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Je dormirais bien

27 Février 2025, 01:48am

Publié par vertuchou

Je dormirais bien
Jusqu’à ce que reverdisse
La lande de mes rêves

Tōta Kaneko

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C’est un jour

21 Février 2025, 00:46am

Publié par vertuchou

C’est un jour
où tout se dresse
et retombe entre mes doigts les heures
ne craignent plus de vivre
leur parfait mélange
de lumières et d’obscurités
comme un amour
le jour me demande de partir
avec lui de trembler
parfois pour un rien

Hélène Dorion

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Toutes les filles devraient avoir un poème

17 Février 2025, 01:41am

Publié par vertuchou

Toutes les filles devraient avoir un poème
écrit rien que pour elles, même si nous devons
pour cela retourner cette
planète sens dessus dessous.

Richar Brautigan

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Je viens te porter un poème de Neruda

13 Février 2025, 00:38am

Publié par vertuchou

J’ai un galop dans le cœur
et la marée tenue en laisse
Je pétrirai vent et sable
de cette mer sans sépulture
pour sculpter tes pieds sonores
et les entendre danser dans mes yeux
Pour te rejoindre je grimpe
de la mer à la colline
Ma tête se redessine étoile
pour rappeler tes voix
Mes lèvres lasses se tendent
en sourires distraits et automnaux
Et je suis là,
dans cet autobus qui secoue mon corps
comme un dé
comme un tapis
en se traînant sur des routes poussiéreuses
rendues muettes par la pluie inattendue
Les papillons applaudissent à mon passage
battant des ailes
au-dessus des flaques de boue qui engloutirent Narcisse
J’ai un galop de marée
dans mon cœur tenu en laisse.
Emmène-moi où l’on puisse oublier
ce siècle qui nous voit exilés,
ces orages
qui ne portent aucune fraîcheur,
ces célébrations et ces embrassades
qui ne sont que d’inutiles couronnes de fleurs.
La mer est là-bas
lointaine comme un projet abandonné
les roues lancent des pierres et des souvenirs
sur la pente que ta maison déroule devant moi
Je suis le sculpteur de feuilles d’artichaut
et je t’offre des silhouettes de nuages
A toi,
verre ébréché
que je ne peux embrasser sans me blesser,
A toi,
oreille coupée et jetée sur un pré
pour écouter les secrets des fourmis
A toi,
j’offre ma veste usée,
ma résistance
et ce poème perdu de Pablo Neruda.

Claudio Pozzani

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Poème à crier dans les ruines

9 Février 2025, 00:23am

Publié par vertuchou

Tous deux crachons tous deux
Sur ce que nous avons aimé
Sur ce que nous avons aimé tous deux
Si tu veux car ceci tous deux
Est bien un air de valse et j’imagine
Ce qui passe entre nous de sombre et d’inégalable
Comme un dialogue de miroirs abandonnés
A la consigne quelque part Foligno peut-être
Ou l’Auvergne la Bourboule
Certains noms sont chargés d’un tonnerre lointain
Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
Où se promènent de petites automobiles de louage
Veux-tu car il faut que quelque chose encore
Quelque chose
Nous réunisse veux-tu crachons
Tous deux c’est une valse
Une espèce de sanglot commode
Crachons crachons de petites automobiles
Crachons c’est la consigne
Une valse de miroirs
Un dialogue nulle part
Écoute ces pays immenses où le vent
Pleure sur ce que nous avons aimé
L’un d’eux est un cheval qui s’accoude à la terre
L’autre un mort agitant un linge l’autre
La trace de tes pas Je me souviens d’un village désert
A l’épaule d’une montagne brûlée
Je me souviens de ton épaule
Je me souviens de ton coude
Je me souviens de ton linge
Je me souviens de tes pas
Je me souviens d’une ville où il n’y a pas de cheval
Je me souviens de ton regard qui a brûlé
Mon cœur désert un mort Mazeppa qu’un cheval
Emporte devant moi comme ce jour dans la montagne
L’ivresse précipitait ma course à travers les chênes martyrs
Qui saignaient prophétiquement tandis
Que le jour faiblissait sur des camions bleus
Je me souviens de tant de choses
De tant de soirs
De tant de chambres
De tant de marches
De tant de colères
De tant de haltes dans des lieux nuls
Où s’éveillait pourtant l’esprit du mystère pareil
Au cri d’un enfant aveugle dans une gare-frontière
Je me souviens

Je parle donc au passé Que l’on rie
Si le cœur vous en dit du son de mes paroles
Aima Fut Vint Caressa
Attendit Épia les escaliers qui craquèrent
0 violences violences je suis un homme hanté
Attendit attendit puits profonds
J’ai cru mourir d’attendre
Le silence taillait des crayons dans la rue
Ce taxi qui toussait s’en va crever ailleurs
Attendit attendit les voix étouffées
Devant la porte le langage des portes
Hoquet des maisons attendit
Les objets familiers prenaient à tour de rôle
Attendit l’aspect fantomatique Attendit
Des forçats évadés Attendit
Attendit Nom de Dieu
D’un bagne de lueurs et soudain
Non Stupide Non
Idiot
La chaussure a foulé la laine du tapis
Je rentre à peine
Aima aima aima mais tu ne peux pas savoir combien
Aima c’est au passé
Aima aima aima aima aima
0 violences

Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent de l’amour comme d’une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L’amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire
Un air une ombre d’ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu’on sait au fond
Que tout brûle
Et qu’on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L’amour salauds l’amour pour vous
C’est d’arriver à coucher ensemble
D’arriver
Et après Ha ha tout l’amour est dans ce
Et après
Nous arrivons à parler de ce que c’est que de
Coucher ensemble pendant des années
Entendez-vous
Pendant des années
Pareilles à des voiles marines qui tombent
Sur le pont d’un navire chargé de pestiférés
Dans un film que j’ai vu récemment
Une à une
La rose blanche meurt comme la rose rouge
Qu’est-ce donc qui m’émeut à un pareil point
Dans ces derniers mots
Le mot dernier peut-être mot en qui
Tout est atroce atrocement irréparable
Et déchirant Mot panthère Mot électrique
Chaise
Le dernier mot d’amour imaginez-vous ça
Et le dernier baiser et la dernière
Nonchalance
Et le dernier sommeil Tiens c’est drôle
Je pensais simplement à la dernière nuit
Ah tout prend ce sens abominable
Je voulais dire les derniers instants
Les derniers adieux le dernier soupir
Le dernier regard
L’horreur l’horreur l’horreur
Pendant des années l’horreur
Crachons veux-tu bien
Sur ce que nous avons aimé ensemble
Crachons sur l’amour
Sur nos lits défaits
Sur notre silence et sur les mots balbutiés
Sur les étoiles fussent-elles
Tes yeux
Sur le soleil fût-il
Tes dents
Sur l’éternité fût-elle
Ta bouche
Et sur notre amour
Fût-il
Ton amour
Crachons veux-tu bien

Louis Aragon

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Fracture

5 Février 2025, 00:59am

Publié par vertuchou

fracture nom féminin

luxation subluxation
fissure
déchirure
rupture

entorse à la règle

le bruit de la fracture est
peut-être
le premier son du poème

Sara Balbi Di Bernardo

 

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Les gens s’en vont

1 Février 2025, 01:46am

Publié par vertuchou

Les gens s’en vont
Mais la façon
Dont ils sont partis
Reste

Rupi Kaur

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