Papillon bleu
Bleu reflet qui s'irise,
Un papillon nacré
Emporté par la brise
Luit, brille, disparait.
Tel, d'une aile légère,
Le bonheur est venu
Puis a, fleur éphémère,
Lui, brillé, disparu.
Hermann Hesse
Coups de cœur
Bleu reflet qui s'irise,
Un papillon nacré
Emporté par la brise
Luit, brille, disparait.
Tel, d'une aile légère,
Le bonheur est venu
Puis a, fleur éphémère,
Lui, brillé, disparu.
Hermann Hesse
Ah ! lune d’hiver
Depuis ce temple sans porte
Que le ciel est haut
Yosa Buson
En regardant au travers d’une opale à moitié grise
deux beaux yeux gris me sont revenus
Je les avais connus il y a sans doute vingt ans.
Pendant plus d’un mois nous nous sommes aimés
Puis il est parti. Pour Smyrne je crois.
Pour travailler là-bas et plus jamais nous nous revîmes.
S’il vit toujours, ils auront bien fané
ses beaux yeux gris
son beau visage
il se sera terni
Mémoire, ma mémoire, garde-les en toi
Comme ils furent autrefois
mémoire
redonne-moi tout ce que tu peux de mon amour ?
Tout ce que tu peux redonne-moi le ce soir encore
Constantin Kavafis
Dans les yeux du chat
la couleur de la mer
un jour ensoleillé d’hiver
Yorie
L’eau claire
n’a ni envers
ni endroit
Keiko Chiyo-ni
Toute la nuit je fais la nuit.
Toute la nuit tu m’abandonnes lentement comme l’eau tombe lentement.
Toute la nuit j’écris pour chercher qui me cherche.
Mot à mot, j’écris la nuit.
Alejandra Pizarnik
Ma douce amour, ma plaisance chérie,
Mon ami cher, tout ce que puis aimer,
Votre douceur m'a de tous maux guérie.
En vérité, je vous peux proclamer
Fontaine dont tout bien me vient,
Qui en paix comme en joie me soutient
Et dont plaisirs m'arrivent à largesse,
Car vous tout seul me tenez en liesse.
L'âcre douleur qui en moi s'est nourrie
Si longuement d'avoir autant aimé,
Votre bonté l'a pleinement tarie.
Or je ne dois me plaindre ni blâmer
Cette Fortune qui devient
Favorable, si telle se maintient ;
Mise m'avez sur sa voie et adresse,
Car vous tout seul me tenez en liesse.
Ainsi l'Amour, par toute seigneurie,
A tel honneur m'a voulu réclamer,
Car dire puis, sans nulle flatterie,
Qu'il n'est meilleur même en deçà des mers
Que vous, m'amour, ainsi le tient
Pour vrai mon cœur qui tout à vous se tient
Et vers rien d'autre son penser ne dresse,
Car vous tout seul me tenez en liesse. »
Christine de Pisan
Si tu le veux bien, divine Ignorante,
Je ferai celui qui ne sait plus rien
Que te caresser d’une main errante,
En le geste expert du pire vaurien,
Si tu le veux bien, divine Ignorante.
Soyons scandaleux sans plus nous gêner
Qu’un cerf et sa biche ès bois authentiques.
La honte, envoyons-la se promener.
Même exagérons et, sinon cyniques,
Soyons scandaleux sans plus nous gêner.
Surtout ne parlons pas littérature.
Au diable lecteurs, auteurs, éditeurs
Surtout ! Livrons-nous à notre nature
Dans l’oubli charmant de toutes pudeurs,
Et, ô ! ne parlons pas littérature.
Jouir et dormir ce sera, veux-tu ?
Notre fonction première et dernière,
Notre seule et notre double vertu,
Conscience unique, unique lumière,
Jouir et dormir, m’amante, veux-tu ?
Paul Verlaine
[...]
Chante à présent la figue, Simiane,
Parce que ses amours sont cachées.
Je chante la figue, dit-elle.
Dont les belles amours sont cachées,
Sa floraison est repliée.
Chambre close où se célèbrent des noces ;
Aucun parfum ne les conte au-dehors.
Comme rien ne s'en évapore,
Tout le parfum devient succulence et saveur.
Fleur sans beauté ; fruit de délices ;
Fruit qui n'est que sa fleur mûrie.
J'ai chanté la figue, dit-elle,
Chante à présent toutes les fleurs.
André Gide
D’où me vient la tendresse ?
J’ai caressé d’autres boucles
Et j’ai connu des lèvres
Plus sombres que les tiennes.
Les étoiles s’allumaient et mouraient
(D’où me vient la tendresse ?)
Et les yeux s’allumaient et mouraient
Plongés dans mon regard.
J’ai entendu d’autres chants
Dans la nuit sombre et noire
(D’où me vient la tendresse ?) -
La tête sur le cœur du chanteur.
D’où me vient la tendresse ?
Et que puis-je en faire, adolescent
Malicieux, chanteur vagabond,
Aux cils plus longs que longs ?
18 février 1916
Marina Tsvétaïeva