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poetes d'hier

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J'ai tant fixé la beauté

14 Octobre 2026, 00:26am

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Publié par vertuchou

J’ai tant fixé la beauté
Que mes yeux en sont pleinement emplis.
Lignes du corps,
lèvres rouges,
membres voluptueux.
Chevelures semblant tomber des statues grecques,
toujours belles même quand échevelées
elles retombent un peu sur un front blanc.
Visages de l’amour comme le désirait mon poème…
Visages à peine entrevus, dans mes nuits,
dans les nuits de ma jeunesse…

Constantin  Cavafis

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Si vous n’avez pas peur d’aimer

10 Octobre 2026, 00:35am

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Publié par vertuchou

Si vous n’avez pas peur d’aimer 
Laissez-vous baiser sur la bouche 
Laissez mes lèvres se fermer 
Sur votre chair franche et farouche. 
Si vous comprenez mes desseins 
Laissez-vous baiser, ô timide ! 
Sur vos épaules, sur vos seins 
Laissez errer ma bouche humide. 
Et si vous êtes chaste, enfant, 
Laissez-moi plonger par secousse 
Mon doux visage triomphant 
Dans l’or tissé de votre mousse 
Où fleurit comme un pistil chaud 
Le clitoris dont il me chaut. 

Pierre Louÿs
 

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Le baiser

10 Octobre 2026, 00:02am

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Publié par vertuchou

L’humain baiser,
Orage en flamme,
Flagelle l’âme
Sans la briser.

Éclair ou lave,
Foudre ou torrent,
Le baiser rend
Le cœur esclave.

Son feu puissant
Brûle le sang
D’étranges fièvres,

D’ardents frissons,
Quand nous pressons
Les quatre lèvres.

Henri Cantel

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Ode à l'amant

6 Octobre 2026, 00:43am

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Publié par vertuchou

Tu es la vigueur du soleil
Et ta sève embaume.
Elle est un ruisseau de mai sous l’aubépine,
Plus douce que la fleur du sureau.
Tu te dresses et tu es la force de la forêt!

Tes reins blessent mes mains nouées,
Tu es rude comme un chêne.
Je t’ai baisé comme un rouge-gorge dans ma main,
J’aime la tiédeur de ton corps dans ma main.

Je me rassasie de ton odeur sauvage;
Tu sens les bois et les marécages
Tu es beau comme un loup,
Tu jaillis comme un hêtre
Dont l’énergie gonfle l’écorce.
... Le nœud de tes épaules est dur sous les mains;
L'axe du monde est dans ta chair.
... Mais je louerai ton cri sauvage,
Mais je louerai ton corps qui embaume,
C’est un bois sauvage aux rudes fleurs.
Je louerai ta brutalité,
Le sanglot rauque de ta chair;

Je louerai ta sève immense
Où l'univers est en puissance.
Je louerai tes poings et comment ils se dénouent
Tout à coup quand tu retombes
Au creux d'une épaule,
Plus doux qu’un petit enfant
Et plus innocent qu’un ange.

Marie Dauguet

 

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Qu'esperez vous mon Phenix !

2 Octobre 2026, 00:34am

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Publié par vertuchou

Qu'esperez vous mon Phenix ! pour me faire
Ore un joyeux, ore un triste trait d'œil,
Si par cela ma douleur et mon deuil,
Et mon grand feu ne s'estaint ou modere ?

L'immortel feu qui dedans moy repaire
Sort de mon cueur, et vostre doux acueil,
Ou la froideur d'aucun mauvais recueil
N'ont le povoir de l'estaindre et deffaire.

Regardez donc si jamais homme ayma
Ainsi que moy, que l'archer transforma
Dès le moment que j'euz veu vostre face.

D'autant qu'en loz, en honneur, et beauté
Vous excellez, en ferme loyauté
Mon amytié toutes autres surpasse. »

Olivier de Magny

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N'oublie pas

28 Septembre 2026, 00:52am

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Publié par vertuchou

N'oublie pas, mon trésor, qu'on s'est aimées un jour.

Libérée aujourd'hui, cependant, souviens-toi

Qu'il était nu, poisseux, humide, notre amour,

Et que toute ta peau frémissait sous mes doigts.

Le monde avance, et toi avec, tu te convaincs

Que rien de tout cela n'a existé vraiment.

Crois-moi : ton cœur se moquera de ton chagrin.

C'est un étrange traître, aux costumes changeants.

Remords, remémorer - ces syllabes sont sœurs,

Si elles sonnent pareil, qu'il en soit donc ainsi !

Va, passe de mon cœur à tout un autre cœur,

Mais remémore-toi notre amour à demi.

Vita Sackville West

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La bouche

24 Septembre 2026, 00:50am

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Publié par vertuchou

Ni sa pensée, en vol vers moi par tant de lieues,

Ni le rayon qui court sur son front de lumière,

Ni sa beauté de jeune dieu qui la première

Me tenta, ni ses yeux - ces deux caresses bleues;

Ni son cou ni ses bras, ne rien de ce qu'on touche,

Ni rien de ce qu'on voit de lui ne vaut sa bouche

Où l'on meurt de plaisir et qui s'acharne à mordre,

Sa bouche de fraîcheur, de délices, de flamme,

Fleur de volupté, de luxure et de désordre,

Qui vous vide le cœur et vous boit jusqu'à l'âme...

Marie Nizet

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Qu'ai-je besoin...

20 Septembre 2026, 00:49am

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Publié par vertuchou

Qu'ai-je besoin de lire un livre

Sous cette lampe aux reflets verts ?

Immobile, je me sens vivre.

Je suis seule avec l'univers.

Puisqu'on dit de Dieu qu'il existe,

Pourquoi, moi, ne suis-je pas lui,

Et lui pas moi ? Comme c'est triste

D'être humain au fond de la nuit !

Oh ! vas-tu donc toujours te taire,

Sphinx que j'interroge ? (Et j'ai tort.)

Si les chiens hurlent à la mort,

Moi, sans fin, je hurle au mystère.

Lucie Delarue-Mardrus

 

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Soit, Je Suis Votre Fée

16 Septembre 2026, 00:51am

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Publié par vertuchou

Soit, je suis votre fée et votre Béatrice,
Votre Ariel dansant pareil au pur-esprit,
La muse blanche auprès de l'anxieux proscrit
Lui posant son baiser au front pour qu'il guérisse.

Soit, je suis Cléopâtre aux yeux d'impératrice,
Celle pour qui l'on meurt et pour qui l'on écrit,
Et je suis la bacchante échappée et qui rit
Ou l'amante sans voix damnée et tentatrice.

Soit, mon ami d'amour, je suis, entre tes bras,
Convoitée, adorée, et haïe et chérie,
Le motif de ton rêve et ton idolâtrie,
Tout ce que l'on possède et tout ce qu'on n'a pas;

- Mais ces choses, vois-tu, c'est bien moins qu'une femme,
Avec son cœur, avec sa chair, avec son âme.

Jane Catulle Mendès.

 

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Tristesse d’une étoile

14 Septembre 2026, 00:46am

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Publié par vertuchou

Une belle Minerve est l’enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t’armais


C’est pourquoi de mes maux ce n’était pas le pire
Ce trou presque mortel qui s’est étoilé
Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
Est bien plus grand qu’aucune âme ait jamais celé


Et je porte avec moi cette ardente souffrance
Comme le ver luisant tient son corps enflammé
Comme au cœur du soldat il palpite la France
Et comme au cœur du lys le pollen parfumé

Guillaume Apollinaire

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