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poetes d'hier

Nos deux corps sont en toi

15 Février 2025, 01:16am

Publié par vertuchou

Nos deux corps sont en toi,
Je le sais plus que d’ombre.
Nos amis sont à toi,
Je ne sais que de nombre.
Et puisque tu es tout
Et que je ne suis rien,
Je n’ai rien ne t’ayant
Ou j’ai tout, au contraire,
Avoir et tout et tien,
Comment se peut-il faire ?…
C’est que j’ai tous les maux
Et je n’ai point de biens.

Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.

Le soleil de mes yeux,
Si je n’ai ta lumière,
Une aveugle nuée
Ennuie ma paupière.
Comme une pluie de pleurs
Découle de mes yeux,
Les éclairs de l’amour,
Les éclats de la foudre
Entrefendent mes nuits
Et m’écrasent en poudre.
Quand j’entonne les cris,
Lors, j’étonne les cieux.

Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.

Nous n’aurons qu’une vie
Et n’aurons qu’un trépas.
Je ne veux pas ta mort,
Je désire la mienne.
Mais ma mort est ta mort
Et ma vie est la tienne.
Ainsi, je veux mourir
Et je ne le veux pas.

Marguerite de Valois

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À La Gloire de L'Amour

11 Février 2025, 01:15am

Publié par vertuchou

Malheureux sont ceux-là qui vivent sans amour.
Sans lui, peut-on jamais ou bien dire ou bien faire ?
Je vieillis. Mon esprit est lent, mon souffle court,
Mais que vienne vers moi celui que je préfère,
Et je revis. Un chant s'exhale de ma bouche !
N'oppose pas au beau désir un cœur farouche.
L'âme est d'or, et l'amour est sa pierre de touche.
 
Alphée de Mytilène 

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J’aime mon corps

7 Février 2025, 00:13am

Publié par vertuchou

J’aime mon corps quand il est avec ton
corps. C’est une si toute nouvelle chose.
Muscle améliore et nerf plus donne.
j’aime ton corps. j’aime ce qu’il fait,
j’aime ses comments. J’aime sentir l’échine
de ton corps et ses os, et la tremblante
-ferme-douce eur et que je veux
encore et encore et encore
embrasser, j’aime de toi embrasser ci et ça,
j’aime, lentement caressant le, choc du duvet
de ta fourrure électrique, et qu’est-ce qui arrive
à la chair s’écartant… Et des yeux les grosses miettes d’amour,
et possiblement j’aime le frisson
de sous moi toi si toute nouvelle.

Edward Estlin Cummings

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Ce que dit la bouche d’ombre (II)

3 Février 2025, 01:40am

Publié par vertuchou

Espérez ! espérez ! espérez, misérables !
Pas de deuil infini, pas de maux incurables,
Pas d’enfer éternel !
Les douleurs vont à Dieu, comme la flèche aux cibles ;
Les bonnes actions sont les gonds invisibles
De la porte du ciel.

Le deuil est la vertu, le remords est le pôle
Des monstres garrottés dont le gouffre est la geôle ;
Quand, devant Jéhovah,
Un vivant reste pur dans les ombres charnelles,
La mort, ange attendri, rapporte ses deux ailes
A l’homme qui s’en va.

Les enfers se refont édens ; c’est là leur tâche.
Tout globe est un oiseau que le mal tient et lâche.
Vivants, je vous le dis,
Les vertus, parmi vous, font ce labeur auguste
D’augmenter sur vos fronts le ciel ; quiconque est juste
Travaille au paradis.

L’heure approche. Espérez. Rallumez l’âme éteinte !
Aimezvous ! aimezvous ! car c’est la chaleur sainte,
C’est le feu du vrai jour.
Le sombre univers, froid, glacé, pesant, réclame
La sublimation de l’être par la flamme,
De l’homme par l’amour !

Déjà, dans l’océan d’ombre que Dieu domine,
L’archipel ténébreux des bagnes s’illumine ;
Dieu, c’est le grand aimant ;
Et les globes, ouvrant leur sinistre prunelle,
Vers les immensités de l’aurore éternelle
Se tournent lentement.

Oh ! comme vont chanter toutes les harmonies,
Comme rayonneront dans les sphères bénies
Les faces de clarté,
Comme les firmaments se fondront en délires,
Comme tressailleront toutes les grandes lyres
De la sérénité,

Quand, du monstre matière ouvrant toutes les serres,
Faisant évanouir en splendeurs les misères,
Changeant l’absinthe en miel,
Inondant de beauté la nuit diminuée,
Ainsi que le soleil tire à lui la nuée
Et l’emplit d’arcsenciel,

Dieu, de son regard fixe attirant les ténèbres,
Voyant vers lui, du fond des cloaques funèbres
Où le mal le pria,
Monter l’énormité bégayant des louanges,
Fera rentrer, parmi les univers archanges,
L’univers paria !

On verra palpiter les fanges éclairées,
Et briller les laideurs les plus désespérées
Au faîte le plus haut,
L’araignée éclatante au seuil des bleus pilastres
Luire, et se redresser, portant des épis d’astres,
La paille du cachot !

La clarté montera dans tout comme une sève ;
On verra rayonner au front du boeuf qui rêve
Le céleste croissant ;
Le charnier chantera dans l’horreur qui l’encombre,
Et sur tous les fumiers apparaîtra dans l’ombre
Un Job resplendissant !

O disparition de l’antique anathème !
La profondeur disant à la hauteur : Je t’aime !
O retour du banni !
Quel éblouissement au fond des cieux sublimes !
Quel surcroît de clarté que l’ombre des abîmes
S’écriant : Sois béni !

On verra le troupeau des hydres formidables
Sortir, monter du fond des brumes insondables
Et se transfîgurer ;
Des étoiles éclore aux trous noirs de leurs crânes,
Dieu juste ! et par degrés devenant diaphanes,
Les monstres s’azurer !

Ils viendront, sans pouvoir ni parler ni répondre,
Éperdus ! on verra des auréoles fondre
Les cornes de leur front ;
Ils tiendront dans leur griffe, au milieu des cieux calmes,
Des rayons frissonnants semblables à des palmes ;
Les gueules baiseront !

Ils viendront ! ils viendront, tremblants, brisés d’extase,
Chacun d’eux débordant de sanglots comme un vase,
Mais pourtant sans effroi ;
On leur tendra les bras de la haute demeure,
Et Jésus, se penchant sur Bélial qui pleure,
Lui dira : C’est donc toi !

Et vers Dieu par la main il conduira ce frère !
Et, quand ils seront près des degrés de lumière
Par nous seuls aperçus,
Tous deux seront si beaux, que Dieu dont l’oeil flamboie
Ne pourra distinguer, père ébloui de joie,
Bélial de Jésus !

Tout sera dit. Le mal expirera ; les larmes
Tariront ; plus de fers, plus de deuils, plus d’alarmes ;
L’affreux gouffre inclément
Cessera d’être sourd, et bégaiera : Qu’entendsje ?
Les douleurs finiront dans toute l’ombre ; un ange
Criera : Commencement !

Victor Hugo

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Psyché

31 Janvier 2025, 01:24am

Publié par vertuchou

Psyché, ma soeur, écoute immobile, et frissonne...
Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux.
Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor... Personne
N'est plus heureux, ce soir, n'est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l'ombre
Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor
Du baiser qui s'apaise et du soupir qui sombre ?
La vie a retourné notre sablier d'or.

C'est notre heure éternelle, éternellement grande,
L'heure qui va survivre à l'éphémère amour,
Comme un voile embaumé de rose et de lavande
Conserve après cent ans la jeunesse d'un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères
Auront passé sur vous qui ne m'attendrez plus,
Quand d'autres, s'il se peut, amie aux mains légères,
Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu'un soir nous vécûmes ensemble
L'heure unique où les dieux accordent, un instant,
À la tête qui penche, à l'épaule qui tremble,
L'esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu'un soir, couchés sur notre couche
En caressant nos doigts frémissants de s'unir,
Nous avons échangé de la bouche à la bouche
La perle impérissable où dort le Souvenir.

Pierre Louys

 

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Dans l’ombre de ce vallon

26 Janvier 2025, 01:19am

Publié par vertuchou

Dans l’ombre de ce vallon
Pointent les formes légères
Du Rêve. Entre les bourgeons
Et du milieu des fougères
Émergent des fronts songeurs
Dans leurs molles chevelures,
Et des mamelles plus pures
Que le calice des fleurs.

Cécile Sauvage

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L'espérance

22 Janvier 2025, 01:18am

Publié par vertuchou

Je n'ai plus ni bonheur ni liberté,
Une seule espérance m'est restée :
Revenir un jour dans ma belle Ukraine,
Revoir une fois ma terre lointaine,
Contempler encore le Dniepr si bleu
- Y vivre ou mourir importe bien peu -,
Revoir une fois les tertres, les plaines,
Et brûler au feu des pensées anciennes...
Je n'ai plus ni bonheur ni liberté,
Une seule espérance m'est restée.

Loutsk 1880
Lessia Oukraïnka

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Résurrection

18 Janvier 2025, 01:22am

Publié par vertuchou

Et la Mort est entrée. Elle a dit : « C’est assez !
Je le veux à mon tour. Toi, viens, et toi, demeure ! » —
Puis sur le corps raidi, sur les membres glacés,
Elle a parachevé son œuvre, heure par heure.

Avec méthode, elle a d’abord terni les yeux ;
Elle a scellé la bouche, effacé le sourire.
Aux cheveux elle a pris leurs beaux reflets soyeux ;
Elle a changé la face en un masque de cire.

Rongeant sans cesse, enfin, elle a détruit la chair,
Évidé la poitrine et dénudé les hanches…
Ne laissant subsister de ce qui me fut cher
Qu’un squelette qui rit de toutes ses dents blanches…

Elle m’a dit alors : « Regarde ton amant.
À le voir sans dégoût oserais-tu prétendre ?
Il est semblable à moi sous ce déguisement,
Et, tel que le voilà, voudrais-tu le reprendre ?… »

Comme le peintre fixe avec de la couleur
Sur la toile un visage où l’âme se rallume,
Avec mon cœur ardent et ma sainte douleur
– Mais sans art – je l’ai fait revivre sous ma plume.

Entre les plus doux mots j’ai fait encore un choix
Pour recomposer mieux la radieuse image :
Ils ont brillé, ses yeux, elle a sonné, sa voix…
Et, tout entier, il a surgi de chaque page.

Et j’ai dit à la Mort : « Il est ressuscité !
Aussi beau qu’autrefois il renaît de sa cendre.
Il vit par mon amour et par ma volonté
Et, tel que le voilà, tu ne peux plus le prendre ! »

 Marie Nizet

 

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Vous pensiez que j'étais de ce genre

14 Janvier 2025, 01:17am

Publié par vertuchou

Vous pensiez que j'étais de ce genre :
Que vous pouviez m'oublier,
Et que je supplierai et pleurerai
Et que je me jetterai sous les sabots d'une jument baie,
Ou que je demanderais aux sorciers
Une potion magique à base de racines et vous enverrai un terrible cadeau :
Mon précieux mouchoir parfumé.
Maudit soit-vous ! Je ne donnerai pas à votre âme maudite
Des larmes par procuration ni un seul regard.
Et je vous le jure par le jardin des anges,
Je le jure par l'icône miraculeuse,
Et par le feu et la fumée de nos nuits :
Je ne reviendrai jamais vers vous.

Anna Akhmatova

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Paroles dans l'ombre

10 Janvier 2025, 01:13am

Publié par vertuchou

Elle disait : C’est vrai, j’ai tort de vouloir mieux ;
Les heures sont ainsi très doucement passées ;
Vous êtes là ; mes yeux ne quittent pas vos yeux,
Où je regarde aller et venir vos pensées.
Vous voir est un bonheur ; je ne l’ai pas complet.
Sans doute, c’est encor bien charmant de la sorte !
Je veille, car je sais tout ce qui vous déplaît,
À ce que nul fâcheux ne vienne ouvrir la porte ;
Je me fais bien petite, en mon coin, près de vous ;
Vous êtes mon lion, je suis votre colombe ;
J’entends de vos papiers le bruit paisible et doux ;
Je ramasse parfois votre plume qui tombe ;
Sans doute, je vous ai ; sans doute, je vous voi.
La pensée est un vin dont les rêveurs sont ivres,
Je le sais ; mais, pourtant, je veux qu’on songe à moi.
Quand vous êtes ainsi tout un soir dans vos livres,
Sans relever la tête et sans me dire un mot,
Une ombre reste au fond de mon cœur qui vous aime ;
Et, pour que je vous voie entièrement, il faut
Me regarder un peu, de temps en temps, vous-même.

                                                                Paris, octobre 18.

Victor Hugo
 

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