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Cet Amour

30 Avril 2010, 02:53am

Publié par vertuchou

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blémir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C'est le tien
C'est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelles
Et qui n'a pas changé
Aussi vraie qu'une plante
Aussi tremblante qu'un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l'été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi j'écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Là où tu es
Là où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t'en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t'avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n'avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n'importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d'un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.

Jacques Prévert

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Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle

29 Avril 2010, 08:50am

Publié par vertuchou

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.


El06


Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre et fantaume sans os :
Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.


Ronsard.

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Ma morte vivante

28 Avril 2010, 16:49pm

Publié par vertuchou


Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même

Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière
Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie

Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent
J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.

Paul Eluard

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Heidenröslein / Petite rose sur la lande

27 Avril 2010, 12:44pm

Publié par vertuchou

Sah ein Knab' ein Röslein stehn,
Röslein auf der Heiden,
War so jung und morgenschön,
Lief er schnell, es nah zu sehn,                                             
Sah's mit vielen Freuden.
Röslein, Röslein, Röslein rot,
Röslein auf der Heiden.
Knabe sprach: Ich breche dich,
Röslein auf der Heiden!
Röslein sprach: Ich steche dich,
Daß du ewig denkst an mich,
Und ich will's nicht leiden.
Röslein, Röslein, Röslein rot,
Röslein auf der Heiden.
Und der wilde Knabe brach
's Röslein auf der Heiden;
Röslein wehrte sich und stach,
Half ihm doch kein Weh und Ach,
Mußt es eben leiden.
Röslein, Röslein, Röslein rot,
Röslein auf der Heiden.

 

Un petit garçon vit une rose se dresser,
Petite Rose sur la lande,
Elle était si jeune et belle comme le matin,
Il courut pour la voir de plus près,
Et la vit avec beaucoup de bonheur.
Petite Rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose sur la lande.

Le garçon dit : je vais te briser,
Petite rose sur la lande !
La petite rose dit : je vais te piquer,
Pour que tu penses à moi éternellement,
Et je ne le souffrirai pas,
Petite Rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose sur la lande.

Et le sauvage garçon brisa
La petite rose sur la lande;
La petite rose se défendit et piqua;
Mais aucun cri, aucun gémissement ne l'aida,
Elle dût le subir.
Petite Rose, petite rose, petite rose rouge,
Petite rose sur la lande.

 

Goethe

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Minerai Noir

26 Avril 2010, 12:35pm

Publié par vertuchou

Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l'inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l'épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d'obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d'une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d'un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
A des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l'ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l'homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l'extraction
Des merveilles de cette race
O couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayé leur chemin
A travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l'enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n'osera plus couler des canons et des pièces d'or
Dans le noir métal de ta colère en crues.

René Depestre


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Le bateau-fantôme

25 Avril 2010, 10:23am

Publié par vertuchou

Toi qui as vu en pleine nuit
Se lever loin bien loin d'ici

Sur le chemin de l'horizon

Lorsque la mer est en repos

Que rien ne trouble le tempo

Qu'elle a donné à sa chanson

 


Tuner la-tempete-et-l-orage-en-mer

 

Toi qui as vu couleur de sang

Comme un charbon incandescent

Monter une lueur subite

Ayant la forme d'un bateau

Ou bien peut-être d'un tombeau

Comment savoir ça s'est passé si vite


Calixte Duguay

link

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Le passé

24 Avril 2010, 08:21am

Publié par vertuchou

Si je désire être entier face à moi-même et face aux autres,

il est des éléments du passé que je ne peux

me permettre de reléguer au silence.


Emmanuel Kazan

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Le Léthé

23 Avril 2010, 08:31am

Publié par vertuchou


Viens sur mon cœur, âme cruelle et sourde,
Tigre adoré, monstre aux airs indolents ;
Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
Dans l’épaisseur de ta crinière lourde ;

Dans tes jupons remplis de ton parfum
Ensevelir ma tête endolorie,
Et respirer, comme une fleur flétrie,
Le doux relent de mon amour défunt.

 

P03

 

Je veux dormir ! dormir plutôt que vivre !
Dans un sommeil aussi doux que la mort
J’étalerai mes baisers sans remord
Sur ton beau corps poli comme le cuivre.

Pour engloutir mes sanglots apaisés
Rien ne me vaut l’abîme de ta couche ;
L’oubli puissant habite sur ta bouche,
Et le Léthé coule dans tes baisers.

À mon destin, désormais mon délice,
J’obéirai comme un prédestiné ;
Martyr docile, innocent condamné,
Dont la ferveur attise le supplice,

Je sucerai, pour noyer ma rancœur,
Le népenthès et la bonne ciguë
Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
Qui n’a jamais emprisonné de cœur.


Baudelaire


A CELLE QUI EST TROP GAIE

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Quatre mots

22 Avril 2010, 05:57am

Publié par vertuchou

Attente,     silence

Message

      Delivrance

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Poeme grec

21 Avril 2010, 19:10pm

Publié par vertuchou


    Je pris ton échelle et je sortis du monde.
    De la neige noire brillait dans le ciel.
    Le soleil avait une forme terrestre,
    Il était large comme une feuille.

    Les contrées avaient leurs contours dissous par
        des lacs.
    L'eau était partout, c'est d'elle qu'a surgi l'homme.
    Toute, elle était bulleuse et l'air fusait.
    Cela trahissait les laves incandescentes.


Tungurahua00      

  Beaucoup de feux brûlaient sous le sol.
    La mer en était salée, c'est la sueur de la terre
    Et le sel cristallisait sous le choc des rayons.

    L'univers ondulait et une brume d'étain montait
        du vide.
    En ces confins du monde, j'eus un sentiment
        d'étrangeté.
    Car c'est là que tu sièges les yeux pers et
        les cheveux de feu
    Tandis que ces transformations s'inscrivent
        dans un temps défini.

   

Serge Lanoe

 

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