Coups de cœur
Sonnet XVII / soneto XVII
Je ne t'aime pas comme rose de sel, ni topaze
Ni comme flèche d’oeillets propageant le feu :
Je t’aime comme l’on aime certaines choses obscures,
De façon secrète, entre l’ombre et l’âme.
Je t’aime comme la plante qui ne fleurit pas
Et porte en soi, cachée, la lumière de ces fleurs,
Et grâce à ton amour dans mon corps vit l’arôme
Obscur et concentré montant de la terre.
Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,
Je t’aime directement sans problèmes ni orgueil :
Je t’aime ainsi car je ne sais aimer autrement,
Si ce n’est de cette façon sans être ni toi ni moi,
Aussi près que ta main sur ma poitrine est la mienne,
Aussi près que tes yeux se ferment sur mon rêve.
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No te amo como si fueras rosa de sal,topacio
o flecha de claveles que propagan el fuego:
te amo como se aman ciertas cosas oscuras,
secretamente, entre la sombra y el alma.
Te amo como la planta que no florece y lleva
dentro de sí, escondida, la luz de aquellas flores,
y gracias a tu amor vive oscuro en mi cuerpo
el apretado aroma que ascendió de la tierra.
Te amo sin saber cómo, ni cuándo, ni de dónde,
te amo directamente sin problemas ni orgullo:
así te amo porque no sé amar de otra manera, .
sino así de este modo en que no soy ni eres,
tan cerca que tu mano sobre mi pecho es mía,
tan cerca que se cierran tus ojos con mi sueño.
Pablo Neruda
La poésie vous pose
La poésie vous pose toujours d’une façon ou d’une autre, la question de la mort
et de l’amour. Même des poésies très formalistes : je pense à des poésies,
à des expériences du XX° siècle, le futurisme ou les poètes de l’oulipo
qui sont encore actifs aujourd’hui, etc.. Au fond quand on regarde leurs textes,
c’est toujours ça : du doute de l’existence, de l’inquiétude de l’existence.
Jean-Pierre Siméon
Enivrez-Vous
Enivrez-Vous
Il faut être toujours ivre.
Tout est là :
c'est l'unique question.
Pour ne pas sentir
l'horrible fardeau du Temps
qui brise vos épaules
et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi?
De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise.
Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois,
sur les marches d'un palais,
sur l'herbe verte d'un fossé,
dans la solitude morne de votre chambre,
vous vous réveillez,
l'ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent,
à la vague,
à l'étoile,
à l'oiseau,
à l'horloge,
à tout ce qui fuit,
à tout ce qui gémit,
à tout ce qui roule,
à tout ce qui chante,
à tout ce qui parle,
demandez quelle heure il est;
et le vent,
la vague,
l'étoile,
l'oiseau,
l'horloge,
vous répondront:
"Il est l'heure de s'enivrer !
Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous;
enivrez-vous sans cesse !
De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.
Charles Baudelaire
Esbjörn Svensson Trio
Esbjörn Svensson Trio
Leverkusener Jazztage 2002
Serenade For The Renegade
Behind The Yashmak
Car Crash
Leverkusener Jazztage 2005
When God Created The Coffeebreak
Believe, Beleft, Below
Spunky Sprawl
Esbjörn Svensson, piano
Dan Berglund, contrebasse
Magnus Öström, percussions
L’Homme du large
René Magritte
(1898-1967)
L’Homme du large
1927
Huile sur toile
139 x 105 cm.
Ombres
Et figent les instants
Quand en moi se répètent
D’autres lieux d’autres temps
Quand d’un mot d’une phrase
S’estompe le décor
Et quand un ange passe
D’ennui ou de remords…
Je cours après mon ombre
Et nul ne sait
Quand la folle nature
Me fait de grands cadeaux
Quand d’une fleur d’un murmure
Me vient comme un écho
Quand soudain souvenances
Vont s’accrochant aux heures
Et quand réminiscences
M’emplissent de langueur
Je cours après mon ombre
Et nul ne sait
Quand mes pensées s’arrêtent
Et figent mes pensées
Quand en moi se projettent
Appréhensions rentrées
Quand le temps et ses traces
Me gavent de frayeurs
Et quand je les ressasse
Ricanant de mes peurs…
Je cours après mon ombre
Et nul ne sait
Quand les jours en dérive
Se taisent infiniment
Quand l’image s’esquive
Et se couvre d’un blanc
Quand les anges s’éloignent
Et n’en ai chaud ni froid
Et quand regrets me gagnent
D’en être sans émoi…
Je cours après mon ombre
Et nul ne sait
Esther Granek
Un habit / a coat
J'ai fait pour mon chant un habit
Couvert de broderies
Prises aux vieilles mythologies
Des pieds jusqu'aux épaules;
Mais les sots me l'ont pris
Et s'en sont vêtus aux yeux du monde
Comme s'il était leur propre habit.
Laisse-le leur ô, mon chant,
Car il y a plus de courage
À marcher dévêtu.
William Butler Yeats.
I made my song a coat
Covered with embroideries
Out of old mythologies
From heel to throat;
But the fools caught it,
Wore it in the world's eyes
As though they'd wrought it.
Song, let them take it.
For there's more enterprise
In walking naked.
Le chat-livre
Un beau chat-livre est couché
en rond sur mon canapé,
l’œil mi-clos, l’allure sage,
le museau entre les pages.
Ce grand ami du sommeil
quand le soir, il se réveille,
mange une assiettée de mots ,
boit de l’encre, fait le beau
et toute la nuit se promène
dans mes rêves à pas de loup.
Si je lui gratte le cou,
il me ronronne un poème.
Jean Joubert
Song for my father
Song for my father
composé par Horace Silver
Horace Silver — piano
Carmell Jones — trompette
Joe Henderson — saxophone alto
Teddy Smith — basse
Roger Humphries — batterie
Album:
Song for my Father (1964)