Écrire des poèmes
Écrire des poèmes n'est pas un travail ; c'est une charge.
Michel Houelebecq
Coups de cœur
Écrire des poèmes n'est pas un travail ; c'est une charge.
Michel Houelebecq
Nous voyageons de ville en ville
Nous représentons des motos
Des bicyclettes et des bateaux
La route est notre domicile
Un jour ici, un jour ailleurs
Nous vivons libres et sans attache
Lutins farfelus et potaches
Courant de bonheur en bonheur
Préférant au pire le meilleur
La bonne humeur à la tristesse
Les jolies filles aux laideronesses
Et le plaisir à la douleur
Nous voyageons de fille en fille
Nous butinons de coeurs en coeurs
A tire d'ailes, dans chaque port
A corps perdus dans chaque ville
Notre vie c'est le vent du large
L'odeur du pain, le goût du vin
Le soleil pâle des matins
Le soleil noir des soirs d'orage
Le sourire d'une enfant sage
La sieste dans le foin coupé
L'amour fou au milieu des blés
Et le vent frais sur le visage
Nous voyageons de ville en ville
Nos lendemains sont incertains
Une blonde vous tend la main
C'est à nouveau la vie facile
Un jour ici, un jour ailleurs
Notre vie comme un romance
S'élance sur un air de chance
Courant de bonheur en bonheur
Préférant le joie au malheur
L'intelligence à la bêtise
A l'hypocrisie la franchise
Aux gendarmes les gens de coeur
Nous voyageons de fête en fête
On nous désigne de la main
On nous appelle les forains
En vérité on est poètes
Un jour sérieux, un jour rieurs
Notre vie joue en alternance
La tragédie de l'existence
Et la comédie du bonheur
Amis à la vie, à la mort
Princes sans peur et sans reproche
Chevaliers sans un sou en poche
Par contre notre coeur est d'or
Nous voyageons de ville en ville
Du Val-de-Loire au bord du Rhin
On nous appelle les forains
La route est notre domicile
Nous voyageons de ville en ville
Du Val-de-Loire au bord du Rhin
On nous appelle les forains
La route est notre domicile !
Michel Legrand
Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l'or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l'encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.
De ce blanc flamboiement l'immuable accalmie
T'a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux
" Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l'antique désert et les palmiers heureux ! "
Mais la chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l'âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.
Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s'il sait donner au coeur que tu frappas
L'insensibilité de l'azur et des pierres.
Stéphane Mallarmé
Mais qui n'aime pas prolonger ce moment délicieux qui précède le premier baiser,
quand deux êtres qui ressentent l'un pour l'autre quelque inclination amoureuse
ont déjà tacitement décidé de s'embrasser, que leurs yeux le savent,
leurs sourires le devinent, que leurs lèvres et leurs mains le pressentent
mais qu'ils diffèrent encore le moment d'effleurer tendrement leurs bouches
pour la première fois ?
Jean-Philippe Toussaint, Faire l'amour
Si elle s’endort entre mes bras
Je la retrouve dans mon sommeil
Et si mes rêves la réveillent
Elle m’accueille dans les siens
Ainsi que l’eau son corps est lisse
Et transparent et mes caresses
De la toucher sont plus légères
Que les nuages quand il neige
Elle escalade mes vertèbres
Et mes nerfs tend comme une harpe
Quand elle atteint ma nuque
Elle m’éparpille avec son rire
Fouad El-Etr
Si tu veux que je meure entre tes bras, m'amie,
Trousse l'escarlatin (*) de ton beau pelisson (*)
Puis me baise et me presse, et nous entrelaçons
Comme, autour des ormeaux, le lierre se plie.
Dégrafe ce colet, m'amour, que je manie
De ton sein blanchissant le petit mont besson :
Puis me baise et me presse, et me tiens de façon
Que le plaisir commun nous enivre, ma vie.
L'un va cherchant la mort aux flancs d'une muraille
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille
Pour acheter un nom qu'on surnomme l'honneur.
Mais moi, je veux mourir sur tes lèvres, maîtresse,
C'est ma gloire, mon heure, mon trésor, ma richesse,
Car j'ai logé ma vie en ta bouche, mon cœur.
Rémy Belleau
* Escarlatin : Étoffe.
* Pelisson : Vêtement de dessous.
La poésie,
c'est la fleur
qui parvient
à pousser
à travers
le béton…
— V. H. SCORP
Tue-moi, splendide et sombre amour,
si tu vois dans mon âme s’égarer l'espérance,
si le cri de douleur en moi se lasse,
comme dans mes mains succombe cette fleur.
Dans l’abîme de mon cœur
tu trouvas un espace digne de ton attente,
en vain de ton ciel tu m’éloignas
laissant en flammes ma désolation.
Contemple la misère, la richesse
de qui connaît toute la joie.
Contemple mon hypnotique tristesse.
Ô toi qui me fis don de l’harmonie!
Je crois sans espérance en ta promesse.
Amour contemple-moi, dans tes bras, prisonnière.
Silvina Ocampo