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Stances sur une courtisane

21 Janvier 2019, 01:50am

Publié par vertuchou

Connaissant votre humeur je veux bien ma Sylvie,

Que passant votre temps

Avec tous les amants dont vous êtes servie,

Vous les rendiez contents.

 

La mode de la Cour m’étant si bien connue

Pourrais-je avoir douté

Qu’on peut vivre en ce temps plus chaste et retenue

Avec tant de beauté ?

 

J’approuve vos plaisirs et qu’il vous soit loisible

D’en jouir bien à point,

Car donnant tant d’amour il serait impossible

Que vous n’en eussiez point.

 

Mais puisque ce péché point de blâme n’apporte

Quand on le cache bien,

Je voudrais seulement que vous fissiez en sorte

Que je n’en susse rien.

 

Celle qui fait du mal se peut dire innocente

En le tenant caché,

Mais quand on fait du mal et qu’après on s’en vante,

On fait double péché.

 

jean de Lingendes

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Quand la difficulté de vivre

20 Janvier 2019, 02:10am

Publié par vertuchou

Quand la difficulté de vivre s’intensifie, l’envie vous prend d’aller ailleurs.

Une fois que vous avez compris que la peine est partout la même,

alors la poésie peut naître, alors la peinture peut naître, la musique,

la sculpture...

Natsume Sōseki
 

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Pierre de soleil

19 Janvier 2019, 02:30am

Publié par vertuchou

...

je vais entre des galeries de sons,
je flue entre les présences résonnantes,
je vais à travers les transparences comme un aveugle,
un reflet m'efface, je nais dans un autre,
ô forêt de piliers enchantés,
sous les arcs de la lumière je pénètre
les couloirs d'un automne diaphane,

je vais à travers ton corps comme par le monde,
ton ventre est une place ensoleillée,
tes seins sont deux églises où l'on célèbre
le sang et ses mystères parallèles,
mes regards te couvrent comme du lierre,
tu es une ville que la mer assiège,
une muraille que la lumière divise
en deux moitiés de couleur pêche,
un lieu de sel, de roches et d'oiseaux
sous la loi du midi ébahi,

vêtue par la couleur de mes désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais à travers tes yeux comme par l'eau,
les tigres boivent le rêve de ces yeux,
le colibri se brûle dans ces flammes,
je vais à travers ton front comme par la lune,
comme le nuage à travers ta pensée,
je vais à travers ton ventre comme par tes rêves,

ta jupe de maïs ondule et chante,
ta jupe de cristal, ta jupe d'eau,
tes lèvres, tes cheveux, tes yeux,
toute la nuit tu es pluie, tout le jour
tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d'eau,
tu fermes mes yeux avec ta bouche d'eau,
sur mes os tu es pluie, dans ma poitrine
un arbre liquide creuse des racines d'eau,

je vais à travers tes formes comme par un fleuve,
je vais à travers ton corps comme par une forêt,
comme par un sentier dans la montagne
qui se termine en un abîme abrupt


je vais à travers tes pensées effilées
et à la sortie de ton front blanc
mon ombre précipitée se brise,
je recueille mes fragments un à un
et je poursuis sans corps, je cherche à tâtons,

...


tigre couleur de lumière, cerf brun
dans les environs de la nuit,
j'ai entrevu une jeune fille penchée
sur les balcons verts de la pluie,
adolescent visage innombrable,
j'ai oublié ton nom, Mélusine,
Laure, Isabelle, Perséphone, Marie,
tu as tous les visages et aucun,
tu es toutes les heures et aucune,
tu ressembles à l'arbre et au nuage,
tu es tous les oiseaux et un astre,
tu ressembles au tranchant de l'épée
et à la coupe de sang du bourreau,
lierre qui avance, enveloppe et déracine
l'âme et la divise d'elle-même

Octavio Paz

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Portrait de Jacqueline au chapeau de paille

18 Janvier 2019, 02:06am

Publié par vertuchou

Pablo Picasso (1881–1973   Portrait de Jacqueline au chapeau de paille (Bloch 1067), 1962

Pablo Picasso (1881–1973 Portrait de Jacqueline au chapeau de paille (Bloch 1067), 1962

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L’ombre assourdit le flux et le reflux des choses

17 Janvier 2019, 01:47am

Publié par vertuchou

L’ombre assourdit le flux et le reflux des choses.
Parmi l’accablement des parfums et des fleurs,
Tes lèvres ont pleuré leurs rythmiques douleurs
Dans un refrain mêlé de sanglots et de pauses.

Et la langueur des lits, la paix des portes closes,
Entourent nos désirs et nos âpres pâleurs…
Dédaignant la lumière et le fard des couleurs,
Nous mêlons aux baisers le soir trempé de roses.

Tes yeux aux bleus aigus d’acier et de cristal
S’entr’ouvrent froidement, ternis comme un métal ;
Le ciel s’est recouvert d’une brume blafarde.

Effleurant ton sommeil opprimé sous le faix
Des ivresses, la lune aux longs reflets s’attarde
Sur la ruine d’or de tes cheveux défaits.

Renée Vivien

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On ne peut jamais vraiment retourner dans les mêmes eaux

16 Janvier 2019, 01:41am

Publié par vertuchou

Vous ne pouvez jamais vraiment retourner dans les mêmes eaux. Non seulement vous n'êtes plus pareil, mais les eaux que vous avez quittées ne le sont plus non plus. Le courant a changé. Les éléments de la nature ont affecté le cours d'eau. Quand vous revenez, même si cela semble être la même chose, la rivière est vraiment différente et vous êtes une personne différente. Par conséquent, vous ne pouvez pas traverser deux fois le même fleuve.

Alice Walker

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Grand standigne

15 Janvier 2019, 02:12am

Publié par vertuchou

Un jour on démolira
ces beaux immeubles si modernes
on en cassera les carreaux
de plexiglas ou d'ultravitre
on démontera les fourneaux
construits à polytechnique
on sectionnera les antennes
collectives de télévision
on dévissera les ascenseurs
on anéantira les vide-ordures
on broiera les chauffoses
on pulvérisera les frigidons
quand ces immeubles vieilliront
du poids infini de la tristesse des choses

Raymond Queneau

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Filiae maestae Jerusalem

14 Janvier 2019, 01:56am

Publié par vertuchou

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Vous parler ? Non. Je ne peux pas

13 Janvier 2019, 01:24am

Publié par vertuchou

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.

Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille.
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient
De n'entendre ce soir nulle parole vaine.

J'attends - comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...

Sabine Sicaud

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Avec une patience dont je ne me serais crue capable

12 Janvier 2019, 01:57am

Publié par vertuchou

Avec une patience dont je ne me serais crue capable, j’attends. J’emploie chaque jour, chaque seconde qui s’écoule à m’approcher de toi. Tout instant fini me comble de joie par le fait qu’il ne se pose plus entre toi et moi. Tout instant à venir m’est doux car il se trouve dans mon chemin vers toi.

Ce n’est pas je t’assure fausse littérature. C’est en moi comme la faim et le soleil. Ce n’est pas non plus romantisme. Je ne suis pas le moins du monde altérée et toute ma vie de vacances s’écoule dans un calme de corps et d’esprit qui est nouveau pour moi.

C’est tout simplement que je t’aime et que tu sois près ou loin, tu es toujours là partout et que le seul fait que tu existes me rend pleinement heureuse. […]

Ah ! Mon chéri, ne me laisse plus jamais. Maintenant c’est très grave. Je veux me faire, je peux devenir quelque chose si tu es là. Seule je me sens incapable du moindre effort. Et ce sont là les dernières choses que je te dirai sur moi. Mon sort est désormais réglé. […]

Lettre de Maria Casarès à Albert Camus

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