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Vertuchou.over-blog.com

Le flacon

21 Janvier 2015, 04:06am

Publié par vertuchou


Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre.
En ouvrant un coffret venu de l’Orient
Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l’âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D’où jaillit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres,
Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres,
Qui dégagent leur aile et prennent leur essor,
Teintés d’azur, glacés de rose, lamés d’or.

Voilà le souvenir enivrant qui voltige
Dans l’air troublé ; les yeux se ferment ; le Vertige
Saisit l’âme vaincue et la pousse à deux mains
Vers un gouffre obscurci de miasmes humains ;

Il la terrasse au bord d’un gouffre séculaire,
Où, Lazare odorant déchirant son suaire,
Se meut dans son réveil le cadavre spectral
D’un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence !
Le témoin de ta force et de ta virulence,
Cher poison préparé par les anges ! Liqueur
Qui me ronge, ô la vie et la mort de mon cœur !

Charles Baudelaire

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Je te rencontre...

20 Janvier 2015, 04:01am

Publié par vertuchou

Cette ville était faite à la taille de l’amour. Tu étais fait à la taille de mon corps même.

Qui es-tu ? Tu me tues.

J’avais faim. Faim d’infidélités, d’adultères, de mensonges et de mourir.

Depuis toujours. Je me doutais bien qu’un jour tu me tomberais dessus.

Je t’attendais dans une impatience sans borne, calme.

Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre,

après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon amour. La nuit ne va pas finir.

Le jour ne se lèvera plus sur personne. Jamais. Jamais plus.

Enfin. Tu me tues. Tu me fais du bien.


Marguerite Duras, Hiroshima mon amour

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Attends-moi

19 Janvier 2015, 04:15am

Publié par vertuchou

Si tu m'attends, je reviendrai,
Mais attends-moi très fort.
Attends, quand la pluie jaune
Apporte la tristesse,
Attends quand la neige tournoie,
Attends quand triomphe l'été
Attends quand le passé s'oublie
Et qu'on n' attend plus les autres.
Attends quand des pays lointains
Il ne viendra plus de courrier,
Attends, lorsque seront lassés
Ceux qui avec toi attendaient.
Si tu m'attends, je reviendrai.
Ne leur pardonne pas, à ceux
Qui vont trouver les mots pour dire
Qu'est venu le temps de l'oubli.
Et s'ils croient, mon fils et ma mère,
S'ils croient, que je ne suis plus,
Si les amis las de m'attendre
Viennent s'asseoir auprès du feu,
Et s'ils portent un toast funèbre
A la mémoire de mon âme...
Attends. Attends et avec eux
refuse de lever ton verre.
Si tu m'attends, je reviendrai
En dépit de toutes les morts.
Et qui ne m'a pas attendu
Peut bien dire : "C'est de la veine".
Ceux qui ne m'ont pas attendu
D'où le comprendraient-ils, comment
En plein milieu du feu,
Ton attente
M'a sauvé.
Comment j'ai survécu, seuls toi et moi
Nous le saurons,
C'est bien simple, tu auras su m'attendre, comme personne

Constantin Simonov

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Figures dans le château

18 Janvier 2015, 04:02am

Publié par vertuchou

Manuel Alvarez Bravo, Figures dans le château, 1920

Manuel Alvarez Bravo, Figures dans le château, 1920

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Dans la maison où notre amour a voulu naître

17 Janvier 2015, 04:58am

Publié par vertuchou

Dans la maison où notre amour a voulu naître,
Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins,
Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins
Les roses qui nous regardent par les fenêtres.

Il est des jours choisis, d'un si doux réconfort,
Et des heures d'été, si belles de silence,
Que j'arrête parfois le temps qui se balance,
Dans l'horloge de chêne, avec son disque d'or.

Alors l'heure, le jour, la nuit est si bien nôtre
Que le bonheur qui nous frôle n'entend plus rien,
Sinon les battements de ton cœur et du mien
Qu'une étreinte soudaine approche l'un de l'autre.

Émile Verhaeren

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La sensibilité n’est pas femme

16 Janvier 2015, 04:57am

Publié par vertuchou

La sensibilité n’est pas femme, elle est humaine.

Quand on la trouve chez un homme elle devient poésie.

Alda Merini

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C’était le début de l’hiver / It was beginning winter,

15 Janvier 2015, 05:29am

Publié par vertuchou

C’était le début de l’hiver,
Une période d’entre-deux,
Un paysage encore à moitié marron :
Les os des grandes herbes oscillaient dans le vent
Au-dessus de la neige bleue.

C’était le début de l’hiver.
La lumière bougeait lentement sur les champs gelés,
Sur les couronnes de graines sèches,
Les beaux os rescapés
Qui oscillaient dans le vent.

La lumière voyageait à travers champs ;
Demeura.
Les grandes herbes arrêtèrent d’osciller.
L’esprit bougea, pas tout seul,
À travers l’air clair, dans le silence.

Était-ce la lumière ?
Était-ce la lumière à l’intérieur ?

Theodore Roethke

It was beginning winter,
An in-between time,
The landscape still partly brown:
The bones of weeds kept swinging in the wind,
Above the blue snow.


It was beginning winter,
The light moved slowly over the frozen field,
Over the dry seed-crowns,
The beautiful surviving bones
Swinging in the wind.


Light traveled over the wide field;
Stayed.
The weeds stopped swinging.
The mind moved, not alone,
Through the clear air, in the silence.


Was it light?
Was it light within?

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Sonate n° 6 en sol mineur du 2ème livre à violon seul avec la basse continue

14 Janvier 2015, 04:48am

Publié par vertuchou

François Francoeur (1698-1787), Sonate n° 6 en sol mineur du 2ème livre à violon seul avec la basse continue, Alan Choo violon, Niccolo Seligmann viole de gambe, Patrick Merrill Clavichord

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la lune et la nuit

13 Janvier 2015, 04:19am

Publié par vertuchou

Cette nuit-là je regardais la lune
Oui j'étais à ma fenêtre
et je la regardais
et puis j'ai quitté ma fenêtre
je me suis déshabillée
et je me suis couchée
et puis alors la chambre est devenue très claire
la lune était entrée
Oui j'avais laissé la fenêtre ouverte
et la lune était entrée
Elle était là cette nuit-là dans ma chambre
et elle brillait
J'aurais pu lui parler
J'aurai pu la toucher
Mais je n'ai rien fait
Je l'ai seulement regardée
elle paraissait calme et heureuse
j'avais envie de la caresser
mais je ne savais comment m'y prendre
Et je restais là ... sans bouger
Elle me regardait
elle brillait
elle souriait ...
Alors je me suis endormie
et quand je me suis réveillée
c'était déjà le lendemain matin
et ... il y avait seulement le soleil
au-dessus des maisons.

Jacques Prévert

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Voici mon mal : rêver

12 Janvier 2015, 04:16am

Publié par vertuchou

Voici mon mal : rêver. La poésie est la chemise de fer

aux mille pointes cruelles que je porte sur mon âme.

Les épines sanglantes laissent tomber les gouttes

de ma mélancolie.


~ Ruben Dario, Chants de vie et d’espérance

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