Sonnet
Au bord tristement doux des eaux, je me retire,
Et voy couler ensemble, et les eaux, et mes jours,
Je m'y voy sec, et pasle, et si j'ayme tousjours,
Leur resveuse mollesse où ma peine se mire.
Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j'ayme les bois, et les bois les plus sours,
Quand j'ai jetté mes cris, me les viennent redire.
Dame dont les beautez me possedent si fort,
Qu'estant absent de vous je n'aime que la mort :
Les eaux en vostre absence, et les bois me consolent.
Je voy dedans les eaux, j'entends dedans les bois,
L'image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent, et qui volent.
Jacques Davy du Perron