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Coups de cœur
Au fond du visage
Ce n’est pas en une fois
Que je saurai ton visage
Ce n’est pas en sept fois
Ni en cent ni en mille
Ce ne sont pas tes erreurs
Ce ne sont pas tes triomphes
Ce ne sont pas tes années
Tes entailles ou ta joie
Ni en ce corps à corps
Que je saurai ton corps
Ce ne sont pas nos rencontres
Même pas nos désaveux
Qui élucident ton être
Plus vaste que ses miroirs
C’est tout cela ensemble
C’est tout cela mêlé
C’est tout ce qui m’échappe
C’est tout ce qui te fuit
Tout ce qui te délivre
Du poids des origines
Des mailles de toute naissance
Et des cloisons du temps
C’est encore cette lueur :
Ta liberté enfouie
Brûlant ses limites
Pour s’évaser devant.
Andrée Chedid
La force de la courbe
Hymne à Déméter
Déchirante, la douleur s'empara de son cœur;
de ses mains elle arracha ses deux bandeaux
sur sa chevelure divine, jeta sur ses épaules
un voile sombre et s'élança comme un oiseau,
par les terres et les mers à sa recherche.
Homère
Il faut aimer
Il faut aimer le soir, l'aurore au talon rose,
Le manteau du mystère et le front du hasard,
Le sentier escarpé que monte un pied d'isard,
L'inaccessible fleur où la neige se pose.
Il faut aimer aussi le mur et le lézard,
Le banc familier et la plus simple chose;
Il faut aimer la brise, il faut aimer la rose,
Il faut aimer la rose et les vers de Ronsard.
Il faut aimer encor l'eau transparente et belle
Qui sur la berge vient aussitôt qu'on l'appelle,
Et l'arbre qui s'efface à la pointe des monts;
Il faut aimer le jour, le lendemain, la veille,
Le nid du rossignol, la ruche de l'abeille...
Il faut aimer surtout ceux-là que nous aimons!
Rosemonde Gérard
Est-ce que tu m'aimes après tout
Est-ce que tu m'aimes après tout
Car, moi, j'ai tout oublié.
Ton passé, je ne compte pas le réveiller
Il me suffit que tu sois là maintenant.
Tu souris et tu tiens ma main
Et mon doute en toi devient croyance,
D'hier, ne parle jamais
Et laisse faire les yeux et les cheveux.
Tes petits péchés, j'en passe
Et je transforme les épines en encens.
Sans l'amour dans ses ailes
L'homme ne serait pas l'homme de maintenant.
Nizar Kabbani
Cara Sposa
Celui qui cy maintenant dort
Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie
Passant, ne fais ici de bruit
Garde bien que tu ne l'éveilles
Car voici la première nuit
Que le pauvre Scarron sommeille.
Scarron
J'ai dans mes jambes des envies
J'ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits,
épaules nues au vent.
Des envies de culbutes aux membres emmêlés.
Des baisers dont la saveur serait celle de la pulpe des mangues et m'empliraient la bouche de leur sirop de miel.
D'une langue qui aurait la fraîcheur de l'eau d'une fontaine.
J'ai des envies de sexes dur comme du verre.
Des envies de peau chaude et d'aisselles dont je lècherais le sel, et plus bas encore dans l'odeur de fougère.
Je rêve à la brûlure si douce du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir comme celui de l'oiseau soudain désencagé.
J'ai dans mes mains des envies de caresses, dans mes oreilles le doux gémir qui suit une nuque frôlée.
Michèle Voltaire Marcelin, Amours et bagatelles
Sous la lumière bleue
Sous la lumière bleue de l’enfance,
Là où le parquet ciré
Sent le miel et le bleuet
Où l’œillet blanc garde son goût
De vanille et de poivre,
Tu avais la voix
Qui lançait les trains, les navires,
Faisait glisser la barque,
Les péniches au ventre noir
Comme l’exil,
Filer les canards gris
Quand les roseaux étaient des couteaux de nacre
Entre les mains du gel.
Quand venait la nuit
Ta voix allumait les feux des bateaux
Qui vont vers les îles
Et tu partais,
Me laissais les yeux vides de l’absence.
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