Le poème
Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.
René Char
Coups de cœur
Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.
René Char
Parfois,
sa mort me semble intime,
un prolongement,
une possession,
un trouble.
Celui qui s’en va
---me revient plus soumis,
plus vivant.
Je peux le prendre contre moi,
le façonner, le posséder.
Enfin! Il m’appartient!
Je le touche d’un souvenir
et la fête peut commencer..
Je danse couchée, à genoux,
en prière, en apesanteur.
L’espace efface mes peurs.
La jouissance est si intense
que je retombe entre mes draps,
dépossédée.
Qu’importe, la fête recommencera,
demain ou dans une heure,
le temps de gémir,
de revenir sur le sable
entourée du glissement des vagues.
Anne-Marie Derèse
Je choisis de t'aimer en silence,
car en silence
je ne trouve aucun rejet… Je choisis de t'aimer dans la solitude,
car dans la solitude
personne ne t'appartient, sauf moi. Je choisis de t'adorer de loin,
car la distance
me protège de la douleur… Je choisis de t'embrasser dans le vent,
car le vent est plus doux que mes lèvres…
Je choisis de te retenir dans mes rêves
car dans mes rêves,
tu n'as pas de fin..
Djalâl ad-Dîn Rümî
Nos joies les plus profondes ne tiennent pas à des bonheurs établis, mais à nos bonheurs retrouvés.
Gérard Bauër, Éloge du désordre
Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
Louis Aragon
Justine reçoit son ami
Dans un cabinet solitaire.
Sans doute il sera téméraire ?
Oui, mais seulement à demi :
On jouit alors qu'on diffère.
Il voit, il compte mille appas,
Et Justine était sans alarmes ;
Son ignorance ne sait pas
À quoi serviront tant de charmes.
Il soupire et lui tend les bras ;
Elle y vole avec confiance ;
Simple encore et sans prévoyance,
Elle est aussi sans embarras.
Modérant l'ardeur qui le presse,
Valsin dévoile avec lenteur
Un sein dont l'aimable jeunesse
Venait d'achever la rondeur ;
Sur des lis il y voit la rose ;
Il en suit le léger contour ;
Sa bouche avide s'y repose ;
Il l'échauffe de son amour ;
Et tout-à-coup sa main folâtre
Enveloppe un globe charmant,
Dont jamais les yeux d'un amant
N'avaient même entrevu l'albâtre.
C'est ainsi qu'à la volupté
Valsin préparait la beauté
Qui par lui se laissait conduire :
Il savait prendre un long détour.
Heureux qui s'instruit en amour,
Et plus heureux qui peut instruire !
Évariste de Parny.
Elle me tendit la main. Saisir une main, c’est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise électrique et aussitôt connaitre l’intensité qui circule sans bruit sous la peau de l’autre.
Christian Bobin, Louise Amour
Un lilas mauve brûle sans feu
tout au fond du verger.
Les pommiers ronds tournent à l'horizon
ce poisson ouïes serrées file droit vers l'éther
les astres nagent
sur le lait courbe et les cloques blondes.
L'univers est si plein qu'un insecte de plus
le ferait chavirer.
Les bras écrasés d'étoiles je reste
devant la groseille rouge semblable aux lunes d'hiver
cependant que Dieu comme un taon
zigzague autour du monde.
Claudine Chonez