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Coups de cœur
Tu n’en reviendras pas
Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j’ai vu battre le coeur à nu
Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille
Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux
Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur
Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous faite de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées
Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu’un crie Au jus là-dedans
Vous baillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt
Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri.
Louis Aragon
Les mots
Les mots il suffit qu'on les aime pour écrire un poème.
Raymond Queneau
Ce matin-là
Ce matin-là
d’un ordre donné à la campagne
toutes les toiles d’araignées
ont surgi dans les broussailles
mises en lumière
par les poussières de sagesse des rois.
Stratégie de la bave
filet de bouche qui coud
l’herbe avec l’herbe, le seuil avec le seuil
du taciturne.
Sa puissance menue.
Mariangela Gualtieri
Ode à la joie
L’albatros
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Charles Baudelaire
Elle approcha ses lèvres
Elle approcha ses lèvres pour le caresser mais, la repoussant doucement, il s'agenouilla auprès d'elle.
"À présent, à quelle sorte de jeu entendez-vous vous livrer avec moi, madame ? demanda-t-il en écartant lentement ses jambes. À celui-ci ?"
Elle murmura, alors qu'il se baissait pour l'embrasser.
"Ou cela ?"
Les lèvres de l'homme errèrent jusqu'à descendre vers la part la plus intime de sa féminité. Oriane retenait son souffle, pendant que la langue jouait sur sa peau, mordant, léchant, titillant.
Kate Mosse, Labyrinthe.
Je suis la tête décapitée que vous ne reconnaissez pas
Mes cheveux sont plus blonds que le sable
sur lequel ils roulent.
Mes lèvres pleines de mots
aussi tranchants que le couteau
qui a tranché ma gorge.
Si mes yeux vous hypnotisent, mettez un jeton
dans la roue de la fortune
qui tourne sous les sourcils.
Ne demandez pas mon nom, imaginez mes mains
rattachées à un corps qui était si beau
sous mon cou.
Jeté maintenant sur la honte de la terre
comme une simple peau de banane.
Le soleil brillait, écrit
le poète,
Tout ce que je suis c’est un modèle d’obscurité.
Pas plus.
Ronny Someck
La poésie est la quintessence
La poésie est la quintessence d'une vision,
incarnée par la quintessence du verbe.
François Cheng
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