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Coups de cœur
Chanson de Fortunio
Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
Vous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde,
Si vous voulez,
Que je l'adore et qu'elle est blonde
Comme les blés.
Je fais ce que sa fantaisie
Veut m'ordonner,
Et je puis, s'il lui faut ma vie,
La lui donner.
Du mal qu'une amour ignorée
Nous fait souffrir,
J'en porte l'âme déchirée
Jusqu'à mourir.
Mais j'aime trop pour que je die
Qui j'ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer.
Alfred de Musset
Enfin ! J’ai besoin, j’ai soif
Enfin ! J’ai besoin, j’ai soif de vous voir. Je crois que je donnerais le reste de ma vie pour vous parler un quart d’heure des choses les plus indifférentes.
Adieu, je vous quitte pour être plus avec vous, pour oser vous parler avec tout l’abandon, avec toute l’énergie de la passion qui me dévore.
Lettre de Stendhal à Métilde Dembovski, Varèse, le 16 novembre 1818
Sur Terre
Jamais,
Je n’ai souhaité
Devenir une étoile
Dans le mirage du ciel
Ni devenir comme une âme élue
La compagne silencieuse des anges.
Jamais, je n’ai été loin de la terre.
Jamais, je n’ai été intime avec les étoiles.
Je reste debout sur terre avec mon corps
Qui aspire comme une plante
Le vent, le soleil et l’eau
Pour vivre.
Forough Farrokhzad
Communion (The soil I’m from)
Bottom
La réalité étant trop épineuse pour mon grand caractère, – je me trouvai néanmoins chez ma dame, en gros oiseau gris-bleu s’essorant vers les moulures du plafond et traînant l’aile dans les ombres de la soirée.
Je fus au pied du baldaquin supportant ses bijoux adorés et ses chefs-d’œuvre physiques, un gros ours aux gencives violettes et au poil chenu de chagrin, les yeux aux cristaux et aux argents des consoles.
Tout se fit ombre et aquarium ardent.
Au matin, – aube de juin batailleuse, – je courus aux champs, âne, claironnant et brandissant mon grief, jusqu’à ce que les Sabines de la banlieue vinrent se jeter à mon poitrail.
Arthur Rimbaud
Un bon poète
Un bon poète n'est pas plus utile à l’État qu'un bon joueur de quilles.
François de Malherbe
En sorte qu’il n’y a pas poésie
En sorte qu’il n’y a pas poésie s’il n’y a pas absolue création, et que,
tout autour de cette création comme un nimbe permanent, le mystère
doit demeurer. Création et mystère forment le trésor de la Poésie.
Pierre Jean Jouve, En Miroir. Journal sans date.
Corona
L’automne me mange sa feuille dans la main : nous
sommes amis.
Nous délivrons le temps de l’écale des noix et lui apprenons à marcher :
le temps retourne dans l’écale.
Dans le miroir c’est dimanche,
dans le rêve on est endormi,
la bouche parle sans mentir
Mon œil descend vers le sexe de l’aimée :
nous nous regardons,
nous nous disons de l’obscur,
nous nous aimons comme pavot et mémoire,
nous dormons comme un vin dans les coquillages,
comme la mer dans le rai de sang jailli de la lune.
Nous sommes là enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent
depuis la rue :
il est temps que l’on sache !
Il est temps que la pierre se résolve enfin à fleurir,
qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.
Il est temps que le temps advienne.
Il est temps
Paul Celan
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