Les poèmes
Les poèmes sont des bouts d'existence incorruptibles
que nous lançons à la gueule répugnante de la mort.
René Char
Coups de cœur
Les poèmes sont des bouts d'existence incorruptibles
que nous lançons à la gueule répugnante de la mort.
René Char
Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fievre
Partir ou personne ne part.
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, meme mal
Tenter, sans force et sans armure
D'atteindre l'inaccessible étoile.
Telle est ma quête
Suivre l'étoile
Peu m'importent mes chances
Peu m'importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l'or d'un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon coeur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux.......
Brûle encore,bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler....
Pour atteindre l'inaccessible étoile.....
Jacques Brel
Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l'envers.
Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l'avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d'hivers;
Une ivresse belle m'engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut
Solitude, récif, étoile
À n'importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.
Stéphane Mallarmé
portrait dit "du Fayoum"
d'un jeune homme
romain momifié
détrempe sur linceul
150-250 après J.C..
Coucher avec elle
Pour le sommeil, côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
Coucher avec elle
Pour l'ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude
Coucher avec elle
Pour l'aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes
Coucher, coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice et pour le vice
Pour les baisers de toute espèce
Coucher, coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer l'un à l'autre
Pour se confondre
Coucher avec elle
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme
Et le corps des amants
Le mensonge d'une tâche originelle.
Robert Desnos
Interprétation par Brad Mehldau de la chanson "Cry me a river" écrite par Arthur Hamilton en 1953
Je te rencontre. Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l'amour. Tu étais fait à la taille de mon corps même. Qui es-tu ? Tu me tues.
J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges et de mourir. Depuis toujours. Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus. Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir. Nous allons rester seuls, mon amour. La nuit ne va pas finir. Le jour ne se lèvera plus sur personne. Jamais. Jamais plus.
Marguerite Duras Hiroshima mon amour
Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné
Un feu pour être son ami
Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hivers
Un feu pour vivre mieux
Je lui donnai ce que le jour m'avait donné :
Les forêts, les buisson, les champs de blé, les vignes,
Les nids et les oiseaux, les maisons et leurs clés,
Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.
Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,
Au seul parfum de leurs chaleur ;
J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,
comme un mort je n'avais qu'un unique élément.
Paul Eluard
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,
Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard ;
La nuit tombait ; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse.
Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;
Les astres rayonnaient, moins que votre regard.
Moi, je parlais tout bas. C'est l'heure solennelle
Où l'âme aime à chanter son hymne le plus doux.
Voyant la nuit si pure et vous voyant si belle,
J'ai dit aux astres d'or : Versez le ciel sur elle !
Et j'ai dit à vos yeux : Versez l'amour sur nous !
Victor Hugo