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Tu crois au marc de café

9 Octobre 2015, 04:35am

Publié par vertuchou

Tu crois au marc de café,
Aux présages, aux grands jeux :
Moi je ne crois qu’en tes grands yeux.

Tu crois aux contes de fées,
Aux jours néfastes, aux songes.
Moi je ne crois qu’en tes mensonges.

Tu crois en un vague Dieu,
En quelque saint spécial,
En tel Ave contre tel mal.

Je ne crois qu’aux heures bleues
Et roses que tu m’épanches
Dans la volupté des nuits blanches !

Et si profonde est ma foi
Envers tout ce que je crois
Que je ne vis plus que pour toi.


Paul Verlaine

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Créer

8 Octobre 2015, 04:11am

Publié par vertuchou

Créer ce que jamais nous ne verrons, c'est cela la Poésie.
Gérardo Diego

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La Dame de Carreau

7 Octobre 2015, 04:14am

Publié par vertuchou

TOUT jeune, j’ai ouvert mes bras à la pureté. Ce ne fut qu’un battement d’ailes au ciel de mon éternité, qu’un battement de cœur amoureux qui bat dans les poitrines conquises. Je ne pouvais plus tomber.

Aimant l’amour. En vérité, la lumière m’éblouit.

J’en garde assez en moi pour regarder la nuit, toute la nuit, toutes les nuits.

Toutes les vierges sont différentes. Je rêve toujours d’une vierge.

A l’école, elle est au banc devant moi, en tablier noir. Quand elle se retourne pour me demander la solution d’un problème, l’innocence de ses yeux me confond à un tel point que, prenant mon trouble en pitié, elle passe ses bras autour de mon cou.

Ailleurs, elle me quitte. Elle monte sur un bateau. Nous sommes presque étrangers l’un à l’autre, mais sa jeunesse est si grande que son baiser ne me surprend point.

Ou bien, quand elle est malade, c’est sa main que je garde dans les miennes, jusqu’à en mourir, jusqu’à m’éveiller.

Je cours d’autant plus vite à ses rendez-vous que j’ai peur de n’avoir pas le temps d’arriver avant que d’autres pensées me dérobent à moi-même.

Une fois, le monde allait finir et nous ignorions tout de notre amour. Elle a cherché mes lèvres avec des mouvements de tête lents et caressants. J’ai bien cru, cette nuit-là, que je la ramènerais au jour.

Et c’est toujours le même aveu, la même jeunesse, les mêmes yeux purs, le même geste ingénu de ses bras autour de mon cou, la même caresse, la même révélation.

Mais ce n’est jamais la même femme.

Les cartes ont dit que je la rencontrerai dans la vie, mais sans la reconnaître.

Aimant l’amour.

Paul Eluard - Le dessus d'une ville (1926)

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Te Deum

6 Octobre 2015, 04:15am

Publié par vertuchou

Michel Richard de Lalande, Te Deum, 1684, Les Arts Florissants sous la direction de William Christie

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Là-bas il n’y aura…

5 Octobre 2015, 04:58am

Publié par vertuchou

Là-bas il n’y aura que l’herbe et toi
pense au silence d’un paysage heureux
où glissent les troupeaux de laine
je vivrai dans tes yeux pour oublier la ville
avec un toit de brume
à l’heure profonde des enfants
pense aux midis blancs
aux fraîcheurs nocturnes
au rayonnement du pain sur la table
aux soleils frais de septembre
quand nous tendrons les bras vers les feuilles d’eau

Maïa Touzelet

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Je fais tout ce que je peux

4 Octobre 2015, 04:09am

Publié par vertuchou

"Je fais tout ce que je peux pour que mon amour ne te dérange pas.
Je te regarde à la dérobée.
Je te souris quand tu ne me vois pas.
Je mets mon regard et mon âme partout
où je voudrais mettre mes baisers :
dans tes cheveux, sur ton front, sur tes yeux, sur tes lèvres,
partout où les caresses ont un libre accès…”

Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo

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La mer

3 Octobre 2015, 04:43am

Publié par vertuchou

Loin des grands rochers noirs que baise la marée,
La mer calme, la mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,
Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.

La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
Au profond de son lit de nacre inviolé
Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,
Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

La mer aime le ciel : c'est pour mieux lui redire,
À l'écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d'ambre et de diamant.

Et la brise n'apporte à la terre jalouse,
Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux :
L'âme des océans frémit comme une épouse
Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

Nérée Beauchemin

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Aurélien

2 Octobre 2015, 04:00am

Publié par vertuchou

Illustration pour le roman d’Aragon « Aurélien » par Man Ray

Illustration pour le roman d’Aragon « Aurélien » par Man Ray

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À Madeleine

1 Octobre 2015, 04:55am

Publié par vertuchou

Je serre votre souvenir comme un corps véritable
Et ce que mes mains pourraient prendre de votre beauté
Ce que mes mains pourraient en prendre un jour
Aura-t-il plus de réalité ?
Car qui peut prendre la magie du printemps ?
Et ce qu’on en peut avoir n’est-il pas moins réel encore
Et plus fugace que le souvenir ?
Et l’âme cependant prend l’âme même de loin
Plus profondément plus complètement encore
Qu’un corps ne peut étreindre au corps.
Mon souvenir vous présente à moi comme un tableau de la création
Se présentait à Dieu le septième jour
Madeleine mon cher ouvrage
Que j’ai fait naître brusquement
Votre deuxième naissance
Nice les Arcs Toulon Marseille Prunay Wez Thuizy Courmelois Beaumont-sur-Vesle
Mourmelon-le-Grand Cuperly Laval St-Jean-sur-Tourbe Le Mesnil Hurlus
Perthes-lès-Hurlus Oran Alger
Et j’admire mon ouvrage
Nous sommes l’un à l’autre comme des étoiles très lointaines
Qui s’envoient leur lumière…
Vous en souvenez-vous ?
Mon cœur
Allait de porte en porte comme un mendiant
Et vous m’avez fait l’aumône qui m’enrichit à jamais
Quand noircirai-je mes houseaux
Pour la grande cavalcade
Qui me ramènera près de vous ?
Vous m’attendez ayant aux doigts
Des pauvres bagues en aluminium pâle comme l’absence
Et tendre comme le souvenir
Métal de notre amour métal semblable à l’aube
Ô Lettres chères lettres
Vous attendez les miennes
Et c’est ma plus chère joie
D’épier dans la grande plaine où s’ouvrent comme le désir les tranchées
Blanches les tranchées pâles
D’épier l’arrivée du vaguemestre
Les tourbillons de mouches s’élèvent sur son passage
Celles des ennemis qui voudraient l’empêcher d’arriver
Et vous lisant aussitôt
Je m’embarque avec vous pour un pèlerinage infini
Nous sommes seuls
Et je chante pour vous librement joyeusement
Tandis que seule votre voix pure me répond
Qu’il serait temps que s’élevât cette harmonie
Sur l’océan sanglant de ces pauvres années
Où le jour est atroce où le soleil est la blessure
Par où s’écoule en vain la vie de l’univers
Qu’il serait temps, ma Madeleine, de lever l’ancre !

Guillaume Apollinaire

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Le poète entre dans le temps par effraction

30 Septembre 2015, 04:38am

Publié par vertuchou

Le poète entre dans le temps par effraction; il l'abolit.

- René de Obaldia

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