La poésie n'est pas incompréhensible
La poésie n'est pas incompréhensible, elle est inexplicable.
Octavio Paz
Coups de cœur
La poésie n'est pas incompréhensible, elle est inexplicable.
Octavio Paz
Se taire est peut-être une musique,
une mélodie différente,
qui se brode en fils d'absence
sur l'envers d'un étrange tissu.
L'imagination est l'histoire vraie du monde,
la lumière fait pression vers le bas.
La vie se répand soudain par un fil épars.
Se taire peut être une musique
ou le vide aussi,
puisque parler c'est le couvrir.
Ou se taire est peut-être
la musique du vide.
Roberto Juarroz,
La poésie, c'est le plus joli surnom que l'on donne à la vie.
Jacques Prévert
La caravane humaine au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans qui n'a pas de retour,
S'en va traînant le pied, brûlée aux feux du jour,
Et buvant sur ses bras la sueur qui l'inonde.
Le grand lion rugit et la tempête gronde;
À l'horizon fuyard, ni minaret, ni tour;
La seule ombre qu'on ait, c'est l'ombre du vautour,
Qui traverse le ciel cherchant sa proie immonde.
L'on avance toujours, et voici que l'on voit
Quelque chose de vert que l'on se montre au doigt :
C'est un bois de cyprès semé de blanches pierres.
Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps,
Comme des oasis, a mis les cimetières :
Couchez-vous et dormez voyageurs haletants.
Théophile Gauthier
J'ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j'ai oublié d'écrire mon nom.
Le temps ne s'arrête pas sur l'écriture
Mais il signe avec les doigts de l'eau
Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel.
Se fatigue le vent
Et le ciel déroule une natte pour s'y étendre.
La mémoire est ton ultime demeure
Mais tu ne peux l'y habiter
Qu'avec un corps devenu lui-même mémoire.
Dans le désert de la langue
L'écriture est une ombre
Où l'on s'y abrite.
Le plus beau tombeau pour un poète
C'est le vide de ses mots.
Peut-être que la lumière
T'induira en erreur
Si cela arrive
Ne craint rien, la faute est au soleil
Adonis
Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d'ici en Italie.
D'honnêteté elle est saisie,
Et crois, selon ma fantaisie,
Qu'il n'en est guère de plus belle
Dedans Paris.
Je ne vous la nommerai mie,
Sinon que c'est ma grand amie;
Car l'alliance se fit telle
Par un doux baiser que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.
Clément Marot
C'était un devenir. Un futur implacable leur était échu.
Qu'ils résistent, qu'ils lâchent prise, ils allaient s'y engouffrer. Ils tremblaient au seuil de l'intimité. Ils tremblaient parce qu'ils le savaient. Ils étaient ensemble la proie d'un destin amoureux, et peut-être le plus étrange n'était-il pas ce destin lui-même, mais cette connaissance qu'ils en avaient, et la façon dont, pour ce destin là, la prescience ne leur servait à rien.
Un enchantement les tenait enfermés dans le secret de leur rencontre, dans ce côtoiement inéluctable, et dans leur liberté. Une turbulence les précipitait l'un vers l'autre.
Alice Ferney, La conversation amoureuse
Si tu me regardes, je deviens belle
comme l'herbe sous la rosée
et les grands roseaux ne reconnaîtront pas
mon visage ébloui quand je descendrai à la rivière.
J'ai honte de ma bouche triste,
de ma voix brisée, de mes genoux rudes.
Après que tu es venu et m'as regardée,
je me suis trouvée pauvre et dénudée.
Il n'est pas une pierre sur le chemin
que tu n'aies vue plus dépourvue de lumière à l'aube
que cette femme vers laquelle,
pour avoir entendu son chant, tu as levé ton regard
Je me tairai, afin que ceux qui passent par la plaine
ne reconnaissent pas mon bonheur
à l'éclat de mon front rugueux,
au tremblement de ma main.
Il est nuit, la rosée descend sur l'herbe;
regarde-moi longtemps, parle-moi avec tendresse;
demain, en descendant à la rivière,
celle que tu as marqué de ton baiser sera belle.
Gabriela Mistral