La logique de la poésie
La logique de la poésie n’a rien à souffrir du langage
Elle a tout à en espérer
Elle est le chant de la pensée
Et la musique est à ses pieds.
Paul Éluard
Coups de cœur
La logique de la poésie n’a rien à souffrir du langage
Elle a tout à en espérer
Elle est le chant de la pensée
Et la musique est à ses pieds.
Paul Éluard
A qui confies-tu
La suite de ce poème
Sur la fleur de lotus
Poète des premiers vers ?
Akiko Yosano
Un petit roseau m’a suffi
Pour faire frémir l’herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m’a suffi
A faire chanter la forêt.
Ceux qui passent l’ont entendu
Au fond du soir, en leurs pensées,
Dans le silence et dans le vent,
Clair ou perdu,
Proche ou lointain…
Ceux qui passent en leurs pensées
En écoutant, au fond d’eux-mêmes,
L’entendront encore et l’entendent
Toujours qui chante.
Il m’a suffi
De ce petit roseau cueilli
A la fontaine où vint l’Amour
Mirer, un jour,
Sa face grave,
Et qui pleurait,
Pour faire pleurer ceux qui passent
Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;
Et j’ai, du souffle d’un roseau,
Fait chanter toute la forêt.
Henry de Regnier
Unies tendrement seins contre seins, nous avons fondu dans un bien-être pareil à un engourdissement. A peine sortie du sommeil, j'avais de nouveau l'esprit embrumé. Puis la suite de nos gestes, du premier baiser la veille au soir jusqu'au moment de sombrer dans le sommeil, me revint d'un seul coup en mémoire. Je pressai contre la joue froide d'Hanayo ma joue maintenant brûlante. Elle serra plus étroitement contre moi ses bras qui m'enlaçaient. J'en eus presque les larmes aux yeux.
Pour la première fois de ma vie, la nuit dernière, j'avais connu ce qu'était la fusion de deux peau moites et douces. Quand nous avions enlevés nos vêtements jusqu'au dernier et que nous nous étions allongées l'une sur l'autre, j'avais été comme foudroyée par une intense émotion qui dépassait de loin tous mes rêves, et l'idée que je pourrais mourir en un pareil moment avait soudain jaillit dans mon cœur. J'avais compris pourquoi tout le monde faisait l'amour. Je ne parvenais absolument pas à l'exprimer par des mots tels que "je suis heureuse" ou "je suis contente". Mais mon émotion était toujours là ce matin, inaltérable.
Rieko Matsuura, Natural Woman.
Je choisis parfois un but pour mes promenades. Je vais vers une rue dont le nom m’a séduit. Je vais vers une rue qu’on m’a indiquée, pour ma collection de rues particulières, mon portefeuille de rues. Une rue sans joie ; une rue calme ; une rue abstraite ; une rue chargée de signes. Une rue caressée d’arbres, aux oiseaux rétractiles ; une rue qui n’a que des coins de rue ; une rue sans numéros ; une rue gorgée d’automobiles arrêtées ; une rue à escaliers, une rue plate, une rue basse. Une rue invraisemblable, une rue sereine, une rue crapule. Trois rues noires, deux rues blanches. J’examine le dessin des trottoirs, leurs fractures ; je compte des pots de fleurs, des laveries, des fenêtres.
Je suis l’autobus 47, l’autobus 29, le 91. Je traverse. J’attends sous une porte cochère, sur un banc, face à une fleur, un croissant au beurre, une boucherie hippophagique, un ‘Ed-l’épicier’. Je sors du neuvième arrondissement. Je passe la Seine.
Je vais d’une rue à une autre pour des raisons arithmologiques, méthodologiques, sentimentalologiques. Je vais de plus en plus loin, je vais sans savoir où ; je me retourne : le ciel est là, le soleil ; une vitre s’enflamme ; la lumière ricoche dans une flaque. Je vais dans les jardins publics, les gares, dans les passages. Je vais même dans les avenues. C’est tout dire !
Jacques Roubaud, Poésie, 2000.
Mon bras pressait ta taille frêle
Et souple comme le roseau ;
Ton sein palpitait comme l'aile
D'un jeune oiseau.
Longtemps muets, nous contemplâmes
Le ciel où s'éteignait le jour.
Que se passait-il dans nos âmes ?
Amour ! Amour !
Comme un ange qui se dévoile,
Tu me regardais, dans ma nuit,
Avec ton beau regard d'étoile,
Qui m'éblouit.
Victor Hugo
Et qu’est-ce qu’un beau poème sinon une folie retouchée ?
Gaston Bachelard , La poétique de la rêverie.
Le poids du monde
c’est l’amour.
Sous le fardeau
de la solitude,
sous le fardeau
de l’insatisfaction.
le poids,
le poids que nous portons
c’est l’amour.
Qui peut le nier ?
Dans les rêves
il touche
le corps,
dans la pensée
construit
un miracle,
dans l’imagination
nous tourmente
jusqu’à
ce
qu’il soit né
dans l’humain—
il regarde par le cœur
brûlant de pureté—
car le fardeau de la vie
c’est l’amour,
mais nous portons le poids
avec lassitude,
alors nous devons rester
dans les bras de l’amour,
rester enfin dans les bras
de l’amour.
Pas de repos
sans l’amour,
pas de sommeil
sans rêves
d’amour—
sois fou ou décontracté
obsédé d’anges
ou de machines,
le souhait final
est l’amour
—ne peut être amère,
ne peut nier,
ne peut se refréner
si dénié :
le fardeau est trop lourd
—doit donner
pour aucun retour
comme la pensée
est donnée
en solitude
dans toute sa splendeur
de son excès.
Les corps chauds
brillent ensemble
dans l’obscurité,
la main bouge
au centre
de la chair,
la peau tremble
en bonheur
et l’âme vient
à l’œil avec joie—
oui, oui,
c’est ce que
je voulais,
j’ai toujours voulu,
j’ai toujours voulu,
revenir
au corps
où je suis né.
Allen Ginsberg.
Traduction par Caspar Schjelbred