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Coups de cœur
Si vous n’avez pas peur d’aimer
Si vous n’avez pas peur d’aimer
Laissez-vous baiser sur la bouche
Laissez mes lèvres se fermer
Sur votre chair franche et farouche.
Si vous comprenez mes desseins
Laissez-vous baiser, ô timide !
Sur vos épaules, sur vos seins
Laissez errer ma bouche humide.
Et si vous êtes chaste, enfant,
Laissez-moi plonger par secousse
Mon doux visage triomphant
Dans l’or tissé de votre mousse
Où fleurit comme un pistil chaud
Le clitoris dont il me chaut.
Pierre Louÿs
Le baiser
L’humain baiser,
Orage en flamme,
Flagelle l’âme
Sans la briser.
Éclair ou lave,
Foudre ou torrent,
Le baiser rend
Le cœur esclave.
Son feu puissant
Brûle le sang
D’étranges fièvres,
D’ardents frissons,
Quand nous pressons
Les quatre lèvres.
Henri Cantel
Elle le désirait.
Elle le désirait. Elle mit du temps à le comprendre, à saisir le sens de tous ces symptômes, mais quand leurs yeux se croisèrent… À la fin du concert, il vint vers elle. La grande silhouette, telle une ombre irréelle, lui demanda timidement si elle voulait un autre verre. Cette chaleur dans ses joues, ce tambour dans sa poitrine, cette sensation dans le bas-ventre, c’était inconnu et terrible.
Justine Bonnot, Une terrible beauté est née.
Afin qu'il n'y soit rien changé
Tiens mes mains intendantes, gravis l'échelle noire, ô dévouée ; la volupté des graines fume, les villes sont fer et causerie lointaine.
Notre désir retirait à la mer sa robe chaude avant de nager sur son cœur.
Dans la luzerne de ta voix tournois d'oiseaux chassent soucis de sécheresse.
Quand deviendront guides les sables balafrés issus des lents charrois de la terre, le calme approchera de notre espace clos.
La quantité de fragments me déchire.
Et debout se tient la torture.
Le ciel n'est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu.
L'étoile furtive de la pluie s'annonce.
Frère, silex fidèle, ton joug s'est fendu.
L'entente a jailli de tes épaules.
Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid.
Ta lampe est rose, le vent brille.
Le seuil du soir se creuse.
J'ai, captif, épousé le ralenti du lierre à l'assaut de la pierre de l'éternité.
«Je t'aime », répète le vent à tout ce qu'il fait vivre.
Je t'aime et tu vis en moi.
René Char
Alors je suis sortie de la mer et je me suis assise au bord d'une île au clair de lune...
Ode à l'amant
Tu es la vigueur du soleil
Et ta sève embaume.
Elle est un ruisseau de mai sous l’aubépine,
Plus douce que la fleur du sureau.
Tu te dresses et tu es la force de la forêt!
Tes reins blessent mes mains nouées,
Tu es rude comme un chêne.
Je t’ai baisé comme un rouge-gorge dans ma main,
J’aime la tiédeur de ton corps dans ma main.
Je me rassasie de ton odeur sauvage;
Tu sens les bois et les marécages
Tu es beau comme un loup,
Tu jaillis comme un hêtre
Dont l’énergie gonfle l’écorce.
... Le nœud de tes épaules est dur sous les mains;
L'axe du monde est dans ta chair.
... Mais je louerai ton cri sauvage,
Mais je louerai ton corps qui embaume,
C’est un bois sauvage aux rudes fleurs.
Je louerai ta brutalité,
Le sanglot rauque de ta chair;
Je louerai ta sève immense
Où l'univers est en puissance.
Je louerai tes poings et comment ils se dénouent
Tout à coup quand tu retombes
Au creux d'une épaule,
Plus doux qu’un petit enfant
Et plus innocent qu’un ange.
Marie Dauguet
La poésie n’est pas trompeuse
La poésie n’est pas trompeuse, elle dit la vérité qui trouble les consciences,
qui touche les plaies ouvertes, privées et publiques.
Edith Bruck
Chaque jour je m'enfonce dans ton corps
Chaque jour je m'enfonce dans ton corps
et le soleil vient bruire dans mes veines
mes bras enlacent ta nudité sans rivages
où je déferle pareil à l'espace sans bords
sur les pentes d'un combat devenu total
au milieu de la plus quotidienne obscurité
je pense à toi tel qu'au jour de ma mort
chaque jour tu es ma seule voie céleste
malgré l'érosion des peines tourmenteuses
je parviens à hisser mon courage faillible
je parviens au pays lumineux de mon être
que je t'offre avec le goût d'un cours nouveau
amour, sauvage amour de mon sang dans l'ombre
mouvant visage du vent dans les broussailles
femme, il me faut t'aimer femme de mon âge
comme le temps précieux et blond du sablier
Gaston Miron
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