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Coups de cœur
Odes Profanes
Tout déjà était en toi
même l’âpre saveur des paroles des morts
Avec sur ta bouche close
leur goût d’indicible sel.
Mais empare-toi de l’absence et ose
Va avance aveugle et seul
Toute flèche aime sa cible.
L’enfance le sait qui, libre
(habiter Nulle Part est le plus sûr)
déchire sans innocence
son invisible futur.
Claude Michel Cluny
Robes
J'aime
J'aime tes yeux, j'aime ton front,
Ô ma rebelle, ô ma farouche,
J'aime tes yeux, j'aime ta bouche
Où mes baisers s'épuiseront.
J'aime ta voix, j'aime l'étrange
Grâce de tout ce que tu dis,
Ô ma rebelle, ô mon cher ange,
Mon enfer et mon paradis !
J'aime tes yeux, j'aime ton front,
Ô ma rebelle, ô ma farouche,
J'aime tes yeux, j'aime ta bouche
Où mes baisers s'épuiseront.
J'aime tout ce qui te fait belle,
De tes pieds jusqu'à tes cheveux,
Ô toi vers qui montent mes vœux,
Ô ma farouche, ô ma rebelle !
Armand Silvestre
Avant tout, laisse-moi me serrer contre toi
Avant tout, laisse-moi me serrer contre toi et t'embrasser, t'embrasser, fort, fort, à en perdre haleine. Ce matin, j'ai reçu ta lettre de jeudi ! Oh ! Mon cher amour, comme tu sais me rendre heureuse ! Comme tu sais effacer, même de loin, toutes les inquiétudes que l'absence, la solitude, et notre situation difficile peuvent éveiller en moi. Quand j'ai fini de te lire, je me sentais l'âme claire comme un jour d'été. Je t'aime... »
Lettre de Maria Casarès à Albert Camus.
L'amour
Quelle est cette indéfinissable légèreté qui m’envahit ?
J’entends cette mélodie, la vois-tu me parcourir ?
Cette démarche, cette quiétude, je les reconnaîtrais entre mille.
L’océan de ma solitude ne saurait effacer ce doux souvenir.
Mes pas me portent au-delà de l’imagination.
Plus rien n’existe, sentir, voir, toucher, goûter, entendre, tout me parle.
Je ferme les yeux, mon émotion n’a d’égal que tous les plaisirs que me renvoie cette éphémère évocation.
Je n’aurai de cesse de chercher cette plénitude et ce calme qui transportent mes sentiments au-delà de leurs frontières.
Je n’ose prononcer les mots qui me hantent tant ils sont désuets au regard de ce que je ressens.
Je m’évade pour une rencontre avec l’inconnu et je sais qu’au moment de le croiser les mots seront dérisoires.
Parcourir l’âme,
Lire le regard,
Ecouter le souffle des pensées,
Sentir le frisson des particules de l’émotion,
Se laisser porter par la légèreté des papillons.
Dany Sabourin
Model with lightbulb
Pourquoi
Pourquoi, Bien-Aimée, n'es-tu pas
l'une des étoiles ?
Je pourrais croire que tu montes à l'horizon
après le passage hésitant du soir
sûrement,
reconnaissable, pour moi
qui regarde à l'infini,
à sa distance et sa lumière.
Rainer Maria Rilke
Paris, mai 1913
La poésie est une force
La poésie est une force qui chérit la vie.
Car les poèmes ne sont pas des mots, après tout, mais des feux pour le froid, des cordes descendues
aux perdus, quelque chose d'aussi nécessaire que du pain dans les poches des affamés.
Mary Oliver
La peau
La peau
une plage offerte
à l'écriture du désir
au surgissement provisoire.
Visage renversé,
entendre par les mains
voir par le ventre
par les cuisses, par le dos
dans le mouvement, boire.
Et ne plus rien savoir
que de l'intime, le tournoiement
Faire silence
Pour que se nouent, là, sur la peau,
entre mon être et l'air...
...noces inespérées
tourbillons sensitifs
mille signes affolés.
Nudité.
Carole Menahem-Lilin
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