Vertuchou.over-blog.com
Coups de cœur
Ode à l'amant
Tu es la vigueur du soleil
Et ta sève embaume.
Elle est un ruisseau de mai sous l’aubépine,
Plus douce que la fleur du sureau.
Tu te dresses et tu es la force de la forêt!
Tes reins blessent mes mains nouées,
Tu es rude comme un chêne.
Je t’ai baisé comme un rouge-gorge dans ma main,
J’aime la tiédeur de ton corps dans ma main.
Je me rassasie de ton odeur sauvage;
Tu sens les bois et les marécages
Tu es beau comme un loup,
Tu jaillis comme un hêtre
Dont l’énergie gonfle l’écorce.
... Le nœud de tes épaules est dur sous les mains;
L'axe du monde est dans ta chair.
... Mais je louerai ton cri sauvage,
Mais je louerai ton corps qui embaume,
C’est un bois sauvage aux rudes fleurs.
Je louerai ta brutalité,
Le sanglot rauque de ta chair;
Je louerai ta sève immense
Où l'univers est en puissance.
Je louerai tes poings et comment ils se dénouent
Tout à coup quand tu retombes
Au creux d'une épaule,
Plus doux qu’un petit enfant
Et plus innocent qu’un ange.
Marie Dauguet
La poésie n’est pas trompeuse
La poésie n’est pas trompeuse, elle dit la vérité qui trouble les consciences,
qui touche les plaies ouvertes, privées et publiques.
Edith Bruck
Chaque jour je m'enfonce dans ton corps
Chaque jour je m'enfonce dans ton corps
et le soleil vient bruire dans mes veines
mes bras enlacent ta nudité sans rivages
où je déferle pareil à l'espace sans bords
sur les pentes d'un combat devenu total
au milieu de la plus quotidienne obscurité
je pense à toi tel qu'au jour de ma mort
chaque jour tu es ma seule voie céleste
malgré l'érosion des peines tourmenteuses
je parviens à hisser mon courage faillible
je parviens au pays lumineux de mon être
que je t'offre avec le goût d'un cours nouveau
amour, sauvage amour de mon sang dans l'ombre
mouvant visage du vent dans les broussailles
femme, il me faut t'aimer femme de mon âge
comme le temps précieux et blond du sablier
Gaston Miron
Ta Douleur
Qu'esperez vous mon Phenix !
Qu'esperez vous mon Phenix ! pour me faire
Ore un joyeux, ore un triste trait d'œil,
Si par cela ma douleur et mon deuil,
Et mon grand feu ne s'estaint ou modere ?
L'immortel feu qui dedans moy repaire
Sort de mon cueur, et vostre doux acueil,
Ou la froideur d'aucun mauvais recueil
N'ont le povoir de l'estaindre et deffaire.
Regardez donc si jamais homme ayma
Ainsi que moy, que l'archer transforma
Dès le moment que j'euz veu vostre face.
D'autant qu'en loz, en honneur, et beauté
Vous excellez, en ferme loyauté
Mon amytié toutes autres surpasse. »
Olivier de Magny
Elle est belle
Elle est belle. Elle l’a toujours été. Une beauté qui résiste, qui traverse les âges même si quelque chose s’est fissuré dans son regard au fil des ans. Une profondeur qui accroît son attraction.
Sa présence est trop nette pour être innocente, d’ailleurs il ne peut ignorer ce glissement récent dans son attitude qu’il n’a pas encouragé. Les dernières fois qu’il l’a vue, il a remarqué sa main qui traîne négligemment contre le dossier de sa chaise ou sur son épaule, ses yeux qui brillent lorsqu’elle l’écoute, son regard qui s’attarde une seconde de trop.
Valérie Fayolle, Le 4e péché.
Vers le désert
Je suis venu vous voir une nuit d'août sans pluie.
Tu m'as appris à vivre sans la pluie.
Tu es soif et la soif est tout ce que je sais.
Tu es sable, vent, soleil et ciel brûlant,
Le bleu le plus chaud. Vous soufflez une brise et marquez
Ton souffle dans ma bouche. Vous atteignez — alors pliez
Ta force, pour briser, souffler, brûler et me refaire .
Tu enveloppes ton nom autour de mes côtes
Et garde-moi au chaud. Je suis né pour toi.
En haut, en bas, par vous, par vous entouré.
Je me réveille à l'aube. Ne cassez jamais votre
Nouer. Atteindre, lever, souffler, sauve-moi, mon dieu,
Avalez-moi, ma terre. sauver, avaler , Brise-moi,
je suis du pain. Je serai l'eau de ta soif.
Benjamin Alire Sáenz
Les baisers perdus
N'oublie pas
N'oublie pas, mon trésor, qu'on s'est aimées un jour.
Libérée aujourd'hui, cependant, souviens-toi
Qu'il était nu, poisseux, humide, notre amour,
Et que toute ta peau frémissait sous mes doigts.
Le monde avance, et toi avec, tu te convaincs
Que rien de tout cela n'a existé vraiment.
Crois-moi : ton cœur se moquera de ton chagrin.
C'est un étrange traître, aux costumes changeants.
Remords, remémorer - ces syllabes sont sœurs,
Si elles sonnent pareil, qu'il en soit donc ainsi !
Va, passe de mon cœur à tout un autre cœur,
Mais remémore-toi notre amour à demi.
Vita Sackville West
/image%2F0674225%2F20260927%2Fob_ee35a5_alors-je-sortis-de-la-mer.jpg)