Un poète
Un poète
C’est un être unique
À des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques.
Boris Vian
Coups de cœur
Un poète
C’est un être unique
À des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques.
Boris Vian
Tes boucles ténébreuses et lourdent coulent
sur tes blanches courbes comme un fleuve
et dans leur flot crépu et sombre je répands
les roses enflammées de mes baisers
Tandis que j'entrouvre les épais
anneaux, je sens le léger et froid
effleurement de ta main et un long frisson
me parcourir et me pénètre jusqu'aux os.
Tes pupilles chaotiques et farouches
étincellent au soupir
qui s'exhale et me déchire les entrailles,
et pendant que j'agonise, toi, assoiffée,
tu sembles un vampire sombre et obstiné
qui de mon sang ardent se repaît.
Efren Rebolledo
Au début, je ne pensai qu’à Raquel, à son corps, à sa peau, à ses gestes, à sa façon de sourire, de devenir sérieuse, de regarder, de me regarder, et à la dépouille sèche et dépourvue de sens en laquelle l’absence de tout cela transformait mon corps, condamnant mes yeux à une impuissance pire que la cécité parce qu’elle ne les empêchait pas de continuer à contempler la trivialité, cet ensemble de formes et de couleurs pâles, ternes, et idiotes de façon irritante, qui s’obstinaient à perdurer autour de moi.
Le temps s’appelait Raquel, les jours, les heures, les minutes, les secondes se définissaient par elle et en fonction d’elle. Il n’y avait que deux moments dans ma vie : ceux que je gagnais auprès d’elle et ceux que je perdais dans un monde qui la proclamait dans tout ce qu’il contenait – les personnes et les objets, les paysages et les bâtiments, l’ombre et la lumière – parce que je la voyais partout et que partout je souffrais de ne pouvoir la regarder.
Almudena Grandes, Le coeur glacé.
Dans un jardin caché
Entre terre et mer
Est née la poésie
Une maison en ruine
Fragment d'un monde abandonné par les aïeux
Un oranger, une source, des orties
Ce petit morceau de terre
Entre ciel et mer
M'apprit l'existence de l'oranger doux-amer
Je voyais dans son regard
Qu'il a connu ce fruit dans son enfance lointaine
Le ressac des vagues domine
Je ressens les bruines sur mon visage
La mer est proche dans mes souvenirs
J'ai marché en ce lieu, tant et tant de fois
Pour en débusquer ses mystères
Pour attendre et entendre la voix des anciens
J'ai imaginé tant de fois cet homme, enfant
Les pieds sur le sable gris
Le regard enfoui dans les profondeurs marines
Il les connait si bien
J'ai imaginé la terre dans le creux de sa main
J'en ai humé l'odeur
Je le vois s'éloigner du vieil arbre
Pour me tendre une orange sucrée
Il venait de la cueillir dans son paradis perdu.
Habiba Djahnine
Quelconque une solitude
Sans le cygne ni le quai
Mire sa désuétude
Au regard que j’abdiquai
Ici de la gloriole
Haute à ne la pas toucher
Dont maint ciel se bariole
Avec les ors de coucher
Mais langoureusement longe
Comme de blanc linge ôté
Tel fugace oiseau si plonge
Exultatrice à côté
Dans l’onde toi devenue
Ta jubilation nue
II
Indomptablement a dû
Comme mon espoir s’y lance
Eclater là-haut perdu
Avec furie et silence,
Voix étrangère au bosquet
Ou par nul écho suivie,
L’oiseau qu’on n’ouït jamais
Une autre fois en la vie.
Le hagard musicien,
Cela dans le doute expire
Si de mon sein pas du sien
A jailli le sanglot pire
Déchiré va-t-il entier
Rester sur quelque sentier !
Stéphane Mallarmé
La poésie est le chemin qui nous aide à formuler ce qui est sans nom, le rendant ainsi envisageable. Les horizons les plus lointains de nos espoirs et de nos peurs sont pavés de nos poèmes, taillés dans le roc des expériences de nos vies quotidiennes.
Audre Lorde
Christ, notre Seigneur est venu au Jourdain, BWV 7 : VII. Hommes, croyez pourtant en cette grâce