Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Je touche tes lèvres, je touche d'un doigt le bord de tes lèvres

6 Juillet 2018, 02:41am

Publié par vertuchou

Je touche tes lèvres, je touche d'un doigt le bord de tes lèvres. Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s'entrouvrait pour la première fois et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer. Je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu'elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement à ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.
Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s'enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvement vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort instantanée est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l'eau.

Voir les commentaires

Complainte

5 Juillet 2018, 02:29am

Publié par vertuchou

Tout a pris dans ma bouche
une saveur persistante de larmes;
le repas quotidien, le chant
et jusqu’à la prière.

Je n’ai pas d’autre métier
après celui-ci silencieux de t’aimer,
que cet office de larmes,
que tu m’ as laissé.

Mes yeux serrés
sur de brûlantes larmes!
bouche convulsive et tourmentée
où tout me devient prière !

J’ai une de ces hontes
de vivre de cette façon lâche!
Je ne vais pas à ta recherche
et je ne parviens pas non plus à t’oublier!

Un remords me saigne
de regarder un ciel
que ne voient pas tes yeux,
de toucher des roses
nourries de la chaux de tes os!

Chair de misère,
branche honteuse, morte de fatigue,
qui ne descend pas dormir à ton côté,
et qui se presse, tremblante,
conte le téton impur de la Vie !

Gabriela Mistral

Voir les commentaires

Le bocal aux poissons rouges

4 Juillet 2018, 02:11am

Publié par vertuchou

Jean Metzinger, le bocal aux poissons rouges, 1926, huile sur toile, 73 × 100 cm

Jean Metzinger, le bocal aux poissons rouges, 1926, huile sur toile, 73 × 100 cm

Voir les commentaires

l'Amour et la folie

3 Juillet 2018, 02:40am

Publié par vertuchou

Tout est mystère dans l'Amour,
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance:
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour
Que d'épuiser cette science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici:
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l'aveugle que voici
(C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière;
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien
J'en fais juge un amant, et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble:
Celui-ci n'était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le conseil des Dieux;
L'autre n'eut pas la patience;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu'il en perd la clarté des cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris:
Les Dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les Juges d'Enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l'énormité du cas;
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas:
Nulle peine n'était pour ce crime assez grande:
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L'intérêt du public, celui de la partie,
Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.

Jean de la Fontaine

Voir les commentaires

Et si l’inutilité

2 Juillet 2018, 02:40am

Publié par vertuchou

Et si l’inutilité, la gratuité, le don, l’insouciance,
le plaisir, la recherche désintéressée, la poésie,
la création hasardeuse engendraient de la valeur ?
Et si les marchands dépendaient – ô combien ! – des poètes ?
Et si la fourmi n’était rien sans la cigale ?
Voici venu le temps d’affirmer, contre les économistes,
que l’inutile crée de l’utilité, que la gratuité crée de la richesse,
que l’intérêt ne peut exister sans le désintéressement. »

Bernard Maris

Voir les commentaires

Transformation

1 Juillet 2018, 02:25am

Publié par vertuchou

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

 

Claude Chambard

Voir les commentaires

Soul Eyes

30 Juin 2018, 02:24am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Les deux vertiges

29 Juin 2018, 02:40am

Publié par vertuchou

À travers le rideau d’une rose vapeur,
Mesure avec la sonde immense de la peur
Sous ses genoux tremblants la fuite de l’abîme

De ce besoin de voir téméraire victime,
Du haut de la raison je sonde avec stupeur
Le dessous infini de ce monde trompeur,
Et je traîne avec moi partout mon gouffre intime.

L’abîme est différent, mais pareil notre émoi :
Le grand vide, attirant le voyageur, l’étonne ;
Sollicité par Dieu, j’ai des éclairs d’effroi !

Mais lui, par son vertige il ne surprend personne :
On trouve naturel qu’il pâlisse et frissonne ;
Et moi, j’ai l’air d’un fou ; je ne sais pas pourquoi.

Sully Prudhomme

Voir les commentaires

Son silence est le mien

28 Juin 2018, 02:22am

Publié par vertuchou

Son silence est le mien. Ses yeux, les miens. C'est comme si elle me connaissait

depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, veillait sur moi,

me devinant du plus près, bien que je la voie pour la première fois.

Je sentis que c'était elle ma femme.

Son teint pâle, ses yeux. Comme ils sont grands, ronds et noirs !

Ce sont mes yeux, mon âme.

 

Marc Chagall, Rencontre avec Bela

Voir les commentaires

Le baiser

27 Juin 2018, 03:18am

Publié par vertuchou

Le vent qui court, lissant les lames déferlées,
Sur tes lèvres sécha leur haleine salée,
Et ton baiser, ce soir, a le goût de la mer ;
Il me plaît d'en garder l'âpre saveur intacte,
Car l'amour, dont il inscrivit l'image exacte,
Serait moins pénétrant s'il n'était point amer.

Ta bouche, en le scellant d'une empreinte brûlante,
Semble asservir plus fort celle qui le reçut,
Celle-là dont le coeur ne t'aura point déçu,
Qui garde, obstinément tenace et patiente,
L'ardent et douloureux bonheur qu'elle a choisi
Et librement t'a dit : "Je t'aime et me voici."

Jane Perdriel-Vaissière

Voir les commentaires