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Intimes V

13 Août 2013, 05:24am

Publié par vertuchou

Je n’ai envie que de t’aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t’ai faite à la taille de ma solitude.

Le monde entier pour se cacher
Des jours des nuits pour se comprendre
Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d’un monde à ton image
Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

  Paul Eluard

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Alceste ou le Triomphe d'Alcide

11 Août 2013, 05:10am

Publié par vertuchou

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) Alceste, ou le Triomphe d'Alcide, LWV 50, livret Philippe Quinault (1635-1688) , 1674

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Toujours je me réveille / Desperto sempre

9 Août 2013, 05:04am

Publié par vertuchou

Toujours je me réveille avant le point du jour,
et j'écris lourd de ce sommeil que j'ai perdu.
Puis dans cette torpeur où le froid gagne l'âme,
je guette l'aurore, tant de fois déjà vue.

Je la fixe sans attention, gris-vert
qui se bleuit du chant des coqs.
Quel mal à ne pas dormir ? Nous perdons
ce que la mort nous donne en avant-goût.

Ô printemps apaisé, aurore,
enseigne à ma torpeur où le froid gagne l'âme,
ce qui en mon âme livide la colore
de ce qui va se passer dans le jour.

Fernando Pessoa.

***
Desperto sempre antes que raie o dia
E escrevo com o sono que perdi.
Depois, neste torpor em que a alma é fria,
Aguardo a aurora, que já tantas vi.

Fito-a sem atenção, cinzento verde
Que se azula de galos a cantar.
Que mal é não dormir? A gente perde
O que a morte nos dá para começar.

Oh Primavera quietada, aurora,
Ensina ao meu torpor, em que a alma é fria,
O que é que na alma lívida a colora
Com o que vai acontecer no dia.

Fernando Pessoa

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Mon corps existe

7 Août 2013, 06:12am

Publié par vertuchou

« mon corps existe, depuis toi. C’est difficile à expliquer, encore que cela ne me gêne pas à dire ; et je m’étonne ; car tout de même, avant que je ne te rencontre, des hommes vivaient autour de moi ; mais je ne les désirais pas ; à peine si depuis l’été dernier je savais le goût ? de fruit vert, parfaitement ! ? de cette flammèche furtive allumée au noir du ventre. Et maintenant… Maintenant ! Ah si les gens savaient pourquoi je ris parfois dans la rue ! Je ris du bonheur de te sentir t’établir dans mon corps ; je ris d’une grande faim qui me vient… Si ma mère lisait ces lignes, recevrais-je une fessée ? »

Mireille Sorgue, Lettres à l'amant I et II, Albin Michel, 1985, coll. « Le Livre de poche ».

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Duo

5 Août 2013, 05:55am

Publié par vertuchou

Igor-Samsonov-Duet-116-x-110_huile-sur-toile.jpg

 

Igor Samsonov

Duo

 

huile sur toile

116 x 110

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Chant d'amour (V)

3 Août 2013, 08:42am

Publié par vertuchou

Viens, cherchons cette ombre propice
Jusqu'à l'heure où de ce séjour
Les fleurs fermeront leur calice
Aux regards languissants du jour.
Voilà ton ciel, ô mon étoile !
Soulève, oh ! soulève ce voile,
Éclaire la nuit de ces lieux ;
Parle, chante, rêve, soupire,
Pourvu que mon regard attire
Un regard errant de tes yeux.

Laisse-moi parsemer de roses
La tendre mousse où tu t'assieds,
Et près du lit où tu reposes
Laisse-moi m'asseoir à tes pieds.
Heureux le gazon que tu foules,
Et le bouton dont tu déroules
Sous tes doigts les fraîches couleurs !
Heureuses ces coupes vermeilles
Que pressent tes lèvres, pareilles
Aux frelons qui tètent les fleurs !

Si l'onde des lis que tu cueilles
Roule les calices flétris,
Des tiges que ta bouche effeuille
Si le vent m'apporte un débris,
Si ta bouche qui se dénoue
Vient, en ondulant sur ma joue,
De ma lèvre effleurer le bord ;
Si ton souffle léger résonne,
Je sens sur mon front qui frissonne
Passer les ailes de la mort.

Souviens-toi de l'heure bénie
Où les dieux, d'une tendre main,
Te répandirent sur ma vie
Comme l'ombre sur le chemin.
Depuis cette heure fortunée,
Ma vie à ta vie enchaînée,
Qui s'écoule comme un seul jour,
Est une coupe toujours pleine,
Où mes lèvres à longue haleine
Puisent l'innocence et l'amour.

Ah ! lorsque mon front qui s'incline
Chargé d'une douce langueur,
S'endort bercé sur ta poitrine
Par le mouvement de ton coeur...

Alphonse de Lamartine

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Vacances

1 Août 2013, 05:51am

Publié par vertuchou

Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Blanc est le pain
Bleu est le ciel
Rouge est le vin
D’or est le miel

Odeurs de mer
Embruns, senteurs
Parfums de terre
D’algues, de fleurs

Gai est ton rire
Plaisant ton teint
Bons, les chemins
Pour nous conduire

Lumière sans voile
Jours à chanter
Millions d’étoiles
Nuits à danser

Légers, nos dires
Claires, nos voix
Lourd, le désir
Pesants, nos bras

Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment

Doux le moment…
Doux le moment…

Esther Granek

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Rentrer - Voltar

31 Juillet 2013, 05:17am

Publié par vertuchou

Rentrer, c'est renaître,
renaître aux arômes
anciens.

Rentrer, c'est voyager léger
vers les bras ouverts
de qui nous attend,
sans peur,
sans douleur.

Rentrer, c'est refaire le voyage
vers la solitude sans but.

*
Voltar é renascer,
renascer para os aromas
antigos.

Voltar é viajar levemente
para os braços abertos
de quem nos espera,
sem medo,
sem mágoa.

Voltar é viajar de novo
para a solidão sem rota.

Conceição T. Sousa

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Sonnet

30 Juillet 2013, 05:40am

Publié par vertuchou

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !


Charles Cros

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Ode

29 Juillet 2013, 05:48am

Publié par vertuchou

Pour une voile que la brume
Efface au tableau de l’azur,
Pour un nuage au firmament
Dont se décolore la mer,
Pour une côte où brille un phare,
Pourquoi la plainte nostalgique,
Puisqu’à l’horizon le silence
A plus de poids que l’espace ?
Si le reflux de la marée
Oublie des voiles dans un port,
Pourquoi le grand désir du large
Et pleurer l’impossible essor ?
Tes yeux garderont du départ
Une inconsolable vision,
Mais à la poupe s’agrandit
Le désespoir et la distance.

La nuit que ton âme revêt
S’achemine vers le couchant
Voir à l’horizon s’effondrer
Ce que peut le jour d’illusion,
Et c’est bien en vain, que tu greffes
Sur la marche irrémédiable
De la nuit vers le crépuscule,
Le renoncement de tes gestes.
La mer bruit au bout du jardin
Comme l’orée d’une forêt,
Et le vieux port allume, au loin,
L’alignement de ses lumières.
Qui vient de dire ce que vaut,
À l’horizon, le jour enfoui,
Comme un bivouac sans relève,
Et le rêve qu’édifie l’ombre.

Et si la lampe qu’on éteint
Fait retomber sur tes yeux clos
Une plus obscure paupière,
Si l’ombre fait surgir en toi,
Comme le feu d’un projecteur,
Une connaissance plus grande
Encore de la solitude,
Que peux-tu espérer de l’aube ?
Et les matins garderont-ils,
Dans l’espace où le phare a tourné,
Une trace de ses rayons
Inscrite à jamais dans l’azur ?
Pour tes longues veillées stériles
Voudrais-tu l’aube moins pénible :
Glorieuse issue dans la lumière
De ce que la nuit vient de clore.

Jean Aubert Loranger



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