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Vision

4 Septembre 2013, 05:52am

Publié par vertuchou

Je vis d'abord sur moi des fantômes étranges
Traîner de longs habits ;
Je ne sais si c'étaient des femmes ou des anges !
Leurs manteaux m'inondaient avec leurs belles franges
De nacre et de rubis.

Comme on brise une armure au tranchant d'une lame,
Comme un hardi marin
Brise le golfe bleu qui se fend sous sa rame,
Ainsi leurs robes d'or, en grands sillons de flamme,
Brisaient la nuit d'airain !

Ils volaient ! - Mon rideau, vieux spectre en sentinelle,
Les regardait passer.
Dans leurs yeux de velours éclatait leur prunelle ;
J'entendais chuchoter les plumes de leur aile,
Qui venaient me froisser.

Ils volaient ! - Mais la troupe, aux lambris suspendue,
Esprits capricieux,
Bondissait tout à coup, puis, tout à coup perdue,
S'enfuyait dans la nuit, comme une flèche ardue
Qui s'enfuit dans les cieux !

Ils volaient ! - Je voyais leur noire chevelure,
Où l'ébène en ruisseaux
Pleurait, me caresser de sa longue frôlure ;
Pendant que d'un baiser je sentais la brûlure
Jusqu'au fond de mes os.

Dieu tout-puissant ! j'ai vu les sylphides craintives
Qui meurent au soleil !
J'ai vu les beaux pieds nus des nymphes fugitives !
J'ai vu les seins ardents des dryades rétives,
Aux cuisses de vermeil !

Rien, non, rien ne valait ce baiser d'ambroisie,
Plus frais que le matin !
Plus pur que le regard d'un oeil d'Andalousie !
Plus doux que le parler d'une femme d'Asie,
Aux lèvres de satin !

Oh ! qui que vous soyez, sur ma tête abaissées,
Ombres aux corps flottants !
Laissez, oh ! laissez-moi vous tenir enlacées,
Boire dans vos baisers des amours insensées,
Goutte à goutte et longtemps !

Oh ! venez ! nous mettrons dans l'alcôve soyeuse
Une lampe d'argent.
Venez ! la nuit est triste et la lampe joyeuse !
Blonde ou noire, venez ; nonchalante ou rieuse,
Coeur naïf ou changeant !

Venez ! nous verserons des roses dans ma couche ;
Car les parfums sont doux !
Et la sultane, au soir, se parfume la bouche ;
Lorsqu'elle va quitter sa robe et sa babouche
Pour son lit de bambous !

Hélas ! de belles nuits le ciel nous est avare
Autant que de beaux jours !
Entendez-vous gémir la harpe de Ferrare,
Et sous des doigts divins palpiter la guitare ?
Venez, ô mes amours !

Mais rien ne reste plus que l'ombre froide et nue,
Où craquent les cloisons.
J'entends des chants hurler, comme un enfant qu'on tue ;
Et la lune en croissant découpe, dans la rue,
Les angles des maisons.

Alfred de Musset

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Toi l'homme

3 Septembre 2013, 05:47am

Publié par vertuchou

Je cherche un homme, Un homme qui ressemble à un homme, Un homme, en somme. C'est beau et puis c'est chaud, les hommes Et plus c'est rare et plus c'est beau. J'aimerais que ce soit moins rare. Tant pis si tu es moins beau.

Je cherche un homme, Un homme qui ressemble à un homme, Un homme, en somme. C'est beau et puis c'est chaud, les hommes Et plus c'est rare, plus ça tient chaud. J'aimerais que ce soit moins rare Et tant pis si j'avais moins chaud.

J'en ai connu plusieurs Que le soir nous apporte Et qu'au petit matin, Tristes, l'on reconduit Jusqu'au seuil de sa porte. J'en ai connu plusieurs Mais le vent les emporte. Ils font de ma maison Plus triste qu'un automne Un jardin d'amour mortes.

Si tu es l'homme, cet homme Qui ressemble à mon homme, Mon homme, en somme, Si tu es l'homme que j'espère, Si tu es l'homme que j'attends, Oh, tu devrais venir plus vite, Tu devrais venir, maintenant. Si tu es l'homme après qui Aucun autre homme dans ma vie Ne sera plus jamais un homme, Ni dans mon cœur, ni sur ma peau, Oh, tu devrais venir plus vite, Oh, tu devrais venir plus tôt Et tant pis, tant pis Si tu n'es pas beau.

Toi l'homme L'homme qui ressemble à un homme, Mon homme, en somme, Mon homme, mon homme, mon homme...

Barbara

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Someday my prince will come

2 Septembre 2013, 05:06am

Publié par vertuchou

Bill Evans Trio

Someday my prince will come

(1960)

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la poésie montre

1 Septembre 2013, 05:15am

Publié par vertuchou

[La poésie] montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur,

les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens

enregistraient machinalement

Jean Cocteau

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Ta bouche aux lèvres d'or

31 Août 2013, 05:22am

Publié par vertuchou

Ta bouche aux lèvres d'or n'est pas en moi pour rire
Et tes mots d'auréole ont un sens si parfait
Que dans mes nuits d'années, de jeunesse et de mort
J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde

Dans cette aube de soie où végète le froid
La luxure en péril regrette le sommeil,
Dans les mains du soleil tous les corps qui s'éveillent
Grelottent à l'idée de retrouver leur cœur

Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce
J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi,
Toute ma vie t'écoute et je ne peux détruire
Les terribles loisirs que ton amour me crée.

Paul Eluard

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Le souvenir

29 Août 2013, 05:30am

Publié par vertuchou

Ô délire d'une heure auprès de lui passée,
Reste dans ma pensée !
Par toi tout le bonheur que m'offre l'avenir
Est dans mon souvenir.

Je ne m'expose plus à le voir, à l'entendre,
Je n'ose plus l'attendre,
Et si je puis encor supporter l'avenir,
C'est par le souvenir.

Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance,
Je n'ai plus d'espérance ;
Mais je ne voudrais pas, pour tout mon avenir,
Perdre le souvenir !

Marceline Desbordes-Valmore

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Reality is a cliché

27 Août 2013, 05:08am

Publié par vertuchou

Reality is a cliché
From which we escape by metaphor
It is only au pays de la métaphore
Qu’on est poète.


Wallace Stevens

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Nuit de Sine

25 Août 2013, 05:05am

Publié par vertuchou

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.

Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne

A peine. Pas même la chanson de nourrice.

Qu'il nous berce, le silence rythmé.

Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons

Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus.

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale

Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes

Dodelinent de la tête comme l'enfant sur le dos de sa mère

Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent, que s'alour­dit la langue des chœurs alternés.

C'est l'heure des étoiles et de la Nuit qui songe

S'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.

Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?

Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs âcres et douces.

Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.

Écoutons la voix des Anciens d'Elissa. Comme nous exilés

Ils n'ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.

Que j'écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d'âmes propices

Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant

Que je respire l'odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j'apprenne à

Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.

Léopold Sédar Senghor

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Ocean Park #54

23 Août 2013, 05:33am

Publié par vertuchou

Richard Dienbenkorn (1922-1993)

Ocean Park #54, 1972

huile et charbon de bois sur toile
254 x 205,7 cm

 Ocean Park #54

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La Nuit opère

21 Août 2013, 05:56am

Publié par vertuchou

Dans les outres de draps gonflés
où la nuit entière respire,
le poète sent ses cheveux
grandir et se multiplier.

Sur tous les comptoirs de la terre
montent des verres déracinés,
le poète sent sa pensée
et son sexe l’abandonner.

Car ici la vie est en cause
et le ventre de la pensée;
les bouteilles heurtent les crânes
de l’aérienne assemblée.

Le Verbe pousse du sommeil
comme une fleur ou comme un verre
plein de formes et de fumées.

Le verre et le ventre se heurtent,
la vie est claire
dans les crânes vitrifiés.

L’aréopage ardent des poètes
s’assemble autour du tapis vert
le vide tourne.

La vie traverse la pensée
du poète aux cheveux épais.

Dans la rue rien qu’une fenêtre,
les cartes battent;
dans la fenêtre la femme au sexe
met son ventre en délibéré.

Antonin Artaud

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