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Coups de cœur
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde
"Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
Peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
L’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
La lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
Le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
Et les veilles auprès du mourant. Et le retour
Vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
Abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
Mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
Sombres, recouvraient les jardins à mon approche
La femme aimée tournait de loin sa face aveugle
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
La charrue dans le champ comme un soleil levant,
Félicité, rivière glacée, qui au printemps
S’éveille et les voix chantent dans le marbre
En haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
Si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.
Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
Rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
Car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Il faudra jeter bas le masque de la douleur,
Et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
Et les contrées du rire et la quiétude
Joyeux nous marcherons vers la dernière épreuve
Le front dans la clarté, libation de l’espoir,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Ilarie Voronca
La poésie irrigue
La poésie irrigue plus le réel et les rêves que toute autre forme de discours –
seule la musique la supplante sur le terrain de l’émotion, pas sur celui du sens.
La poésie agit bien au-delà de son audience repérable ; qu’elle soit publique ou
clandestine, elle préserve l’espace de résistance des êtres aux asservissements
économiques, médiatiques, voire culturels…
André Velter
Tornami a vagheggiar
Georges Frideric Haendel - Alcina (1735)
Aria for Morgana - Tornami a vagheggiar interprété par Emma Kirkby
Reviens souvent
Reviens souvent et prends-moi,
sensation bien-aimée,
reviens et prends-moi
quand la mémoire du corps se réveille,
quand un ancien désir passe à travers le sang,
quand les lèvres et la peau se souviennent,
et que les mains croient toucher de nouveau...
Reviens souvent et prends-moi la nuit,
à l'heure où les lèvres et la peau se souviennent.
Constantin Cavafy
Nuages rouges
Emil Nolde
1867-1956
Nuages rouges
sans date
Aquarelle sur papier.
34,5 x 44,7 cm
Aimons, Foutons
Aimons, Foutons, ce sont plaisirs
Qu’il ne faut pas que l’on sépare ;
La jouissance et les désirs
Sont ce que l’âme a de plus rare.
D’un Vit, d’un Con, et de deux cœurs,
Nait un accord plein de douceurs,
Que les dévots blâment sans cause.
Amarillis pensez-y bien :
Aimer sans foutre est peu de chose,
Foutre sans aimer ce n’est rien.”
Jean de la Fontaine
