18-3-83

Zao Wou Ki
18-3-83
huile sur toile
80.5 x 99.5 cm
1983
Coups de cœur

Zao Wou Ki
18-3-83
huile sur toile
80.5 x 99.5 cm
1983
Nuit et jour je médite et pense et veille,
Plains et soupire et puis m'apaise;
Quand mieux m'advient j'en retire peine,
Mais une bonne attente m'éveille
Dont mes chagrins s'apaisent,
Fol, pourquoi me dire que j'en retire du mal :
Car si noble amour me l'envoie
Que l'envoi seul m'est un gain.
Que ma Dame ne s'émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m'accole et me baise,
Dieu puisse-t'on se récrier déjà
(Ah,tel vous voie et tel vous ai vu !)
Pour le bonheur que l'on voit en moi !
Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n'est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m'en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah ! Dame, par pitié vous prie
Qu'ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !
Bernart demande grâce a sa dame
Qui si doucement lui fait grâce
Et si je ne la vois d'ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.
Bernart de Ventadour
Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent
Reflétant deux corps nus saison contre saison
J'ai tant de raisons de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belles raisons que j'ignorais hier
Et que je n'oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne
Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse
Etoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon coeur et dans mon coeur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous
Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.
Paul Eluard
Je l'aime bien, parce qu'elle a les yeux
Et les sourcils de couleur toute noire,
Le teint de rose et l'estomac d'ivoire,
L'haleine douce et le rire gracieux.
Je l'aime bien, pour son front spacieux
Où l'amour tient le siège de sa gloire,
Pour sa faconde et sa riche mémoire
Et son esprit plus qu'autre industrieux.
Je l'aime bien parce qu'elle est humaine,
Parce qu'elle est de savoir toute pleine
Et que dans son cœur d'avarice n'est point.
Mais qui me fait l'aimer d'une amour telle,
C'est parce qu'elle me tient bien point
Et que je dors quand je veux avec elle.
Olivier de Magny
Django Reinhardt : All The Things You Are
Il y a,
Des brassées d'étoiles dans nos bras,
Des poignées de rêves dans nos poings,
Des passages déroutés dans nos pas,
De la poussière d'ange à tes paupières,
Du rouge d'amante à tes joues,
De la sueur de femme à tes hanches,
Du ressac de bacchante entre tes cuisses,
De l'imprévu toujours,
De l'inconnu n'importe où,
Des rendez vous partout,
Et puis encore le souffle au large,
Et puis encore la fièvre au front,
Et puis encore l'amour sans fin.
André Velter
"Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
Peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
L’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
La lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
Le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
Et les veilles auprès du mourant. Et le retour
Vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
Abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
Mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
Sombres, recouvraient les jardins à mon approche
La femme aimée tournait de loin sa face aveugle
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
La charrue dans le champ comme un soleil levant,
Félicité, rivière glacée, qui au printemps
S’éveille et les voix chantent dans le marbre
En haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
Si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.
Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
Rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
Car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Il faudra jeter bas le masque de la douleur,
Et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
Et les contrées du rire et la quiétude
Joyeux nous marcherons vers la dernière épreuve
Le front dans la clarté, libation de l’espoir,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
Ilarie Voronca
La poésie irrigue plus le réel et les rêves que toute autre forme de discours –
seule la musique la supplante sur le terrain de l’émotion, pas sur celui du sens.
La poésie agit bien au-delà de son audience repérable ; qu’elle soit publique ou
clandestine, elle préserve l’espace de résistance des êtres aux asservissements
économiques, médiatiques, voire culturels…
André Velter