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Coups de cœur
Le Diable "Ça va"
Un jour le diable vint sur Terre
Pour surveiller ses intérêts, il a tout vu le diable, il a tout entendu
Et après avoir tout vu, et après avoir tout entendu
Il est retourné chez lui, là-bas.
Et là-bas, on avait fait un grand banquet
A la fin du banquet, il s'est levé le diable, il a prononcé un discours
Ça va, les hommes s'amusent comme des fous
Au dangereux jeu de la guerre
Ça va, les trains déraillent avec fracas
Parce que des gars pleins d'idéal mettent des bombes sur les voies
Ça fait des morts originales, ça fait des morts sans confession
Des confessions sans rémission, ça va
Ça va, les États se muent en cachette en anonymes sociétés
Ça va, les grands s'arrachent les dollars venus du pays des enfants
L'Europe répète l'Avare dans un décor de mil neuf cent
Ça fait des morts d'inanition et l'inanition des nations, ça va
Ça va, et l'on ne chante même plus dans toutes les rues de Paris
Ça va, on traite les braves de fous et les poètes de nigauds
Mais dans les journaux de partout, tous les salauds ont leur photo
Ça fait mal aux honnêtes gens et rire les malhonnêtes gens
Ça va, ça va, ça va, ça va !
Jacques Brel
La poésie mène au même point
La poésie mène au même point que chaque forme de l’érotisme, à l’indistinction, à la confusion des objets distincts. Elle nous mène à l’éternité, elle nous mène à la mort, à la continuité : la poésie est l’éternité. C’est la mer allée avec le soleil.
Georges Bataille
Cicatrice
Un pétale, une fleur, une tige
est coupée
Une goutte d’un bout
à l’autre se brise
Comme l’appel d’un feu
qui ne s’éteint jamais
Comme le son d’un regard
aux lignes élastiques
Une géométrie variable
un océan de paix
qui cicatrise
qui traverse la vague au détour des récifs
et tout explose et ils me disent :
“Reviens !”
Winston Perez,
Soul Eyes
Stan Getz, Soul Eyes
Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine
Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine,
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli,
Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli,
Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux,
Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;
Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours,
Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours,
Je puis maintenant dire aux rapides années :
Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !
Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon cœur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !
Victor Hugo
Invitez-moi à passer la nuit
Invitez-moi à passer la nuit dans votre bouche
Racontez-moi la jeunesse des rivières
Pressez ma langue contre votre œil de verre
Donnez-moi votre jambe comme nourrice
Et puis dormons frère de mon frère
Car nos baisers meurent plus vite que la nuit.
Joyce Mansour
À peine défigurée
Adieu tristesse
Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j'aime
Tu n'es pas tout à fait la misère
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire
Bonjour tristesse
Amour des corps aimables
Puissance de l'amour dont l'amabilité surgit
Comme un monstre sans corps
Tête désappointée
Tristesse beau visage.
Paul Eluard
Big Sur Evening
Tu n’es pas du tout vertueuse
Tu n’es pas du tout vertueuse,
Je ne suis pas du tout jaloux :
C’est de se la couler heureuse
Encor le moyen le plus doux.
Vive l’amour et vivent nous !
Tu possèdes et tu pratiques
Les tours les plus intelligents
Et les trucs les plus authentiques
À l’usage des braves gens
Et tu m’as quels soins indulgents !
D’aucuns clabaudent sur ton âge
Qui n’est plus seize ans ni vingt ans,
Mais ô ton opulent corsage,
Tes yeux riants, comme chantants,
Et ô tes baisers épatants !
Sois-moi fidèle si possible
Et surtout si cela te plaît,
Mais reste souvent accessible
À mon désir, humble valet
Content d’un " viens ! " ou d’un soufflet.
" Hein ? passé le temps des prouesses !
Me disent les sots d’alentour.
Ca, non, car grâce à tes caresses
C’est encor, c’est toujours mon tour.
Vivent nous et vive l’amour !
Paul Verlaine

