En poésie, il faut chercher
En poésie, il faut chercher la lumière... même si l'on doit descendre très profond
Ile Eniger
Coups de cœur
En poésie, il faut chercher la lumière... même si l'on doit descendre très profond
Ile Eniger
Nos deux corps sont en toi,
Je le sais plus que d'ombre.
Nos amis sont à toi,
je le sais que de nombre.
Et puisque tu es tout
Et que je ne suis rien,
Je n'ai rien ne t'ayant
Ou j'ai tout, au contraire.
Avoir et tout et rien,
Comment se peut-il faire ?
C'est que j'ai tous maux
Et je n'ai point de biens.
Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.
Je vis par et pour toi
Ainsi que pour moi-même.
Tu vis par et pour moi
Ainsi que pour toi-même.
Nous n'aurons qu'une vie
Et n'aurons qu'un trépas.
Je ne veux pas ta mort
Et ma vie est la tienne.
Ainsi, je veux mourir
Et je ne le veux pas.
Le soleil de mes yeux,
Si je n'ai ta lumière,
Une aveugle nuée
Ennuie ma paupière.
Comme une pluie de pleurs
Découle de mes yeux,
Les éclairs de l'amour,
Les éclats de la foudre
Entrefendent mes nuits
Et m'écrasent en poudre.
Quand j'entonne les cris,
Lors, j'étonne les cieux.
Marguerite de Valois
Sainte Colombe : Les pleurs et Tombeau les regrets ; Photographies de Michael Kenna : Silent World
Tous deux crachons tous deux
Sur ce que nous avons aimé
Sur ce que nous avons aimé tous deux
Si tu veux car ceci tous deux
Est bien un air de valse et j'imagine
Ce qui passe entre nous de sombre et d'inégalable
Comme un dialogue de miroirs abandonnés
A la consigne quelque part Foligno peut-être
Ou l'Auvergne la Bourboule
Certains noms sont chargés d'un tonnerre lointain
Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
Où se promènent de petites automobiles de louage
Veux-tu car il faut que quelque chose encore
Quelque chose
Nous réunisse veux-tu crachons
Tous deux c'est une valse
Une espèce de sanglot commode
Crachons crachons de petites automobiles
Crachons c'est la consigne
Une valse de miroirs
Un dialogue nulle part
Ecoute ces pays immenses où le vent
Pleure sur ce que nous avons aimé
L'un d'eux est un cheval qui s'accoude à la terre
L'autre un mort agitant un linge l'autre
La trace de tes pas
Je me souviens d'un village désert
A l'épaule d'une montagne brûlée
Je me souviens de ton épaule
Je me souviens de ton coude
Je me souviens de ton linge
Je me souviens de tes pas
Je me souviens d'une ville où il n'y a pas de cheval
Je me souviens de ton regard qui a brûlé
Mon coeur [...]
Je me souviens de tant de choses
De tant de soirs
De tant de chambres
De tant de marches
De tant de colères
[...]
Je parle donc au passé
Que l'on rie
Si le coeur vous en dit du son de mes paroles
Aima Fut Vint
[...]
Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent de l'amour comme d'une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L'amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce qui les fait rire
Un air une ombre d'ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu'on sait au fond
Que tout brûle
Et qu'on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L'amour salauds l'amour pour vous
[...]
Qu'est-ce donc qui m'émeut à un pareil point
Dans ces derniers mots
Le mot dernier peut-être mot en qui
Tout est atrocement irréparable.
Le dernier mot d'amour imaginez-vous ça
Et le dernier baiser et la dernière Nonchalance
Et le dernier sommeil
Tiens c'est drôle
Je pensais simplement à la dernière nuit
Ah tout prend ce sens abominable
Je voulais dire les derniers instants
Les derniers adieux
le dernier soupir
Le dernier regard
Pendant des années l'horreur
Crachons veux-tu bien
Sur ce que nous avons aimé ensemble
Crachons sur l'amour
Sur nos lits défaits
Sur notre silence et sur les mots balbutiés
Sur les étoiles fussent-elles
Tes yeux
[...]
Crachons veux-tu bien.
Louis Aragon
{Refrain:} Main dans la main on se promène, Les gens se moquent car ça les gêne, C´est évident que toi tu m´aimes, Tous ces gens, moi je m´en fous. Viens dans un coin, oublions tout, Tous ces regards qui te rendent fou Me laissent de glace, embrassons-nous
T´es mon amoureux, Les gens rigolent, se croient odieux, Nous on laisse faire, on est heureux
{au Refrain}
Moi, quand je t´embrasse, De rouge à lèvres il n´y a pas de trace, Ma marque au cœur, rien ne l´efface, Ils disent que c´est de la provoc, Ils nous regardent et ils se moquent. On vit vraiment une drôle d´époque, Tous ces gens, moi je m´en fous, Viens dans un coin, oublions tout, Tous ces regards qui te rendent fou Me laissent de glace, embrassons-nous
{x2:} Et moi je m´en fous, Viens dans un coin, oublions tout, Tous ces regards qui te rendent fou Me laissent de glace, embrassons-nous
Elli & Jacno

Zao Wou Ki
18-3-83
huile sur toile
80.5 x 99.5 cm
1983
Nuit et jour je médite et pense et veille,
Plains et soupire et puis m'apaise;
Quand mieux m'advient j'en retire peine,
Mais une bonne attente m'éveille
Dont mes chagrins s'apaisent,
Fol, pourquoi me dire que j'en retire du mal :
Car si noble amour me l'envoie
Que l'envoi seul m'est un gain.
Que ma Dame ne s'émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m'accole et me baise,
Dieu puisse-t'on se récrier déjà
(Ah,tel vous voie et tel vous ai vu !)
Pour le bonheur que l'on voit en moi !
Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n'est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m'en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah ! Dame, par pitié vous prie
Qu'ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !
Bernart demande grâce a sa dame
Qui si doucement lui fait grâce
Et si je ne la vois d'ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.
Bernart de Ventadour
Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s'embuent où des miroirs s'éclairent
Reflétant deux corps nus saison contre saison
J'ai tant de raisons de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belles raisons que j'ignorais hier
Et que je n'oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d'elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne
Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse
Etoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon coeur et dans mon coeur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous
Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.
Paul Eluard
Je l'aime bien, parce qu'elle a les yeux
Et les sourcils de couleur toute noire,
Le teint de rose et l'estomac d'ivoire,
L'haleine douce et le rire gracieux.
Je l'aime bien, pour son front spacieux
Où l'amour tient le siège de sa gloire,
Pour sa faconde et sa riche mémoire
Et son esprit plus qu'autre industrieux.
Je l'aime bien parce qu'elle est humaine,
Parce qu'elle est de savoir toute pleine
Et que dans son cœur d'avarice n'est point.
Mais qui me fait l'aimer d'une amour telle,
C'est parce qu'elle me tient bien point
Et que je dors quand je veux avec elle.
Olivier de Magny