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Coups de cœur
La ronde des vents
Il y avait du vent qui accrochait la lune
Il y avait le temps qui comptait doucement
Il y avait le chant des oiseaux et la brume
Il y avait un cœur qui battait tendrement
Et la terre a tourné en refaisant le monde
Le soleil s’est enfui voleur de sentiments
Les étoiles ont brillé de larmes toutes rondes
Le ciel s’est embrasé brûlant tous les serments
Et dans la voie lactée la douceur s’est enfuie
Cependant qu’elle et lui dans un dernier adieu
Reprenaient le chemin de leur ancienne vie
Sans jeter un regard vers la voûte des cieux
Sylvaine Trantoul Diet
Les poèmes doivent toujours être relus
Les poèmes doivent toujours être relus,
lus, relus, lus, mis en charge ;
chaque lecture procède à la recharge,
ce sont des appareils qui chargent du sens ;
en eux le sens s’accumule, bourdonnement
de particules en attente,
soupirs en suspens tic-tac,
à l’intérieur du cheval de Troie.
Valério Magrelli
Elle sait les douleurs traversières
Elle sait les douleurs traversières et les indéfinissables fêlures, ces peuples mystères des passés tus.
Elle sait l’aube possible, la rosée des joues, les rendez-vous qui décollent les affres des peurs.
Elle sait que Lui d’Elle, il ne veut séparer aucune écorce de peau.
Elle est lyre de ses matins et muse de ses nuits.
Elle sait tant et silence tout. A quoi bon les mots aux contours des regards…
Seule gestera leur tendresse, lovée à la paume de leurs mains : promesse et don. Essence et source, ils sont éclats du printemps.
Sandra Dulier
Normandie 1911
Si l’étoile devint l’étoile
Si l’étoile devint l’étoile
dans le fracas dans l’ombre
du commencement
Dis-moi le sel son acidité
son érosion et l’implosion es rocs
là où se trame la vie
là où se trame la mort
sur la durée ses labours
son écorce
Dis-moi le redoublement des racines
la femme qui s’avance sans amarres
et sans peur debout dans la distance
celle qui écrit au revers des courants
celle qui pense sous la cognée
à l’arbre qui perdure
aux forteresses aux clôtures
pour mieux les cisailler
d’un poème tranchant
comme l’or au soir des certitudes
quand l’âme se délivre
de sa robe charnelle
et que liens se délient
comme fleurs sous l’orage
Jeanine Baude
Rêves
J'ai rêvé parfois que vos yeux
Me regardaient avec tristesse,
Que vos grands yeux bleus sérieux
Me regardaient avec tendresse ;
J'ai rêvé que vous écoutiez
Ces mots sur qui la voix hésite,
Et qui s'arrêtent effrayés
De l'aveu qui sous eux palpite ;
Que, dans mes mains, vos fines mains
Tombaient comme deux fleurs fauchées,
Et que nos pas, dans les chemins,
Laissaient leurs traces rapprochées.
Mais je n'ai pas osé rêver,
Dans les ivresses ni les fièvres,
Que ce bonheur pût m'arriver
Que ma bouche effleurât vos lèvres.
J'ai rêvé parfois que vos yeux
Me regardaient avec tendresse,
Que vos grands yeux bleus sérieux
Me regardaient avec tristesse.
Auguste Angellier
Pars
Pars, fais ce que tu dois faire sans moi
Quoi qu'il arrive je serai toujours avec toi
Alors pars et surtout ne te retourne pas
Mais l'enfant
L'enfant mais il est là, il est avec moi
C'est drôle quand il joue
Il est comme toi, impatient
Il a du cœur, il aime la vie et la mort ne lui fait pas peur
Surtout ne te retourne pas
Oh pars
Mais qu'est ce que t'as
Les deux guitares
Les Yeux Noirs : Les Deux Guitares
Dimanche
Entre les rangées d'arbres de l'avenue des Gobelins
Une statue de marbre me conduit par la main
Aujourd'hui c'est dimanche les cinémas sont pleins
Les oiseaux dans les branches regardent les humains
Et la statue m'embrasse mais personne ne nous voit
Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.
Jacques Prévert

