Pour moi, la poésie
Pour moi, la poésie est un voyage vers les autres.
C’est là mon métier. Et le jour où je perdrai mon passeport et mes valises de mots, je deviendrai arbre immobile, mourrai.
Nizar Kabbani
Coups de cœur
Pour moi, la poésie est un voyage vers les autres.
C’est là mon métier. Et le jour où je perdrai mon passeport et mes valises de mots, je deviendrai arbre immobile, mourrai.
Nizar Kabbani
Mon fils, la douceur de ton visage
dessine déjà l'audace de l'aigle,
à la racine de ta vie.
Laisse-moi encore t'embrasser,
de ton amour si doux.
Reste encore Ya'akov que mes mains aveugles
abandonnent à Esaü le berger des champs.
Yehuda Amichaï
Le soleil peut se brouiller pour toujours ;
La mer peut s'assécher en un instant;
L'axe de la Terre peut être brisé
Comme un cristal faible.
Tout va arriver! Mai mort
Couvre-moi de sa crêpe funèbre;
Mais ça ne peut jamais être éteint en moi
La flamme de ton amour.
Je la regardais, je la regardais avec des yeux avides et patients, aliénés et attentifs, j’étudiais chaque ligne de son visage, le relief de ses os, la couleur exacte de sa peau, la marque que les bretelles avaient imprimée des deux côtés du décolleté, la ligne ombrée qui délimitait le profil de sa poitrine, le lobe de ses oreilles, la perfection verticale et tendre de son long cou, j’observais tout cela avec l’intérêt implacable d’un entomologiste qui va clouer un insecte sur une planche. J’essayais d’anticiper sa texture, sa saveur, chaque émotion concrète qu’éprouveraient ma propre peau, mes mains, mes doigts, mes lèvres, en compensant le désespoir tiède de mes yeux tenaces et épuisés. Je la désirais tant que je ne me souvins même pas que je m’étais défendu à moi-même de penser à mon père.
Almudena Grandes, Le coeur glacé.
Malheurs du mois de janvier où les indifférents
midi pose son équation dans le ciel,
un or dur comme le vin d'une tasse pleine
remplissez la terre jusqu'à ses limites bleues.
Malheurs de cette époque semblables aux raisins
les petits qui groupaient le vert amer,
larmes confuses et cachées des jours
jusqu'à ce que la météo publie ses grappes.
Ouais, les germes, les douleurs, tout ce qui palpite
terrifié, dans la lumière crépitante de janvier,
il mûrira, il brûlera comme les fruits brûlés.
Les chagrins seront divisés: l'âme
donnera une rafale de vent, et l'habitation
il sera propre avec du pain frais sur la table.
Pablo Neruda
Tous couchés côte à côte
On ne saurait les séparer.
Regardez : un soldat.
Où le notre, ou le leur ?
Il était blanc - il est rouge :
Le sang l’a empourpré.
Il était rouge - il est blanc :
La mort l’a blanchi
Marina Tsvétaïeva
La poésie est un contre-pouvoir. Ce n’est pas anodin qu’elle soit un secret si bien gardé. Emparons-nous de ce feu.
Arthur Teboul, Le déversoir.
Ce n’est qu’en rêve,
ce n’est que dans l’autre monde du rêve que je te rejoins, à certaines heures,
quand je ferme les portes
derrière moi.
Moi qui ai tant méprisé ceux qui rêvent,
me voici à mon tour ensorcelé,
pris au filet.
Avec quelles délices morbides je te fais entrer
dans la maison abandonnée pour t’aimer mille fois
d’une même façon différente !
Ces endroits que nous connaissons tous deux
chaque nuit nous attendent comme un vieux lit
et dans l’obscurité il y a des choses qui nous sourient.
J’aime te le répéter,
mes mains adorent tes cheveux,
et je te presse doucement contre moi jusqu’à mon sang.
Frêle et douce, tu étreins mon étreinte.
Mes lèvres sur tes lèvres, je te cherche encore et encore.
Parfois, c’est un souvenir. Et parfois,
c’est la fatigue de mon corps qui m’en parle.
Quand vient l’aube cruelle, tu disparais
et je n’ai plus entre mes bras que ton ombre.
Jaime Sabines