Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Chant d'automne

27 Juillet 2025, 01:50am

Publié par vertuchou

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.


Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.…
Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.


II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Charles Baudelaire 

 

Voir les commentaires

Vous ne saurez jamais

26 Juillet 2025, 01:38am

Publié par vertuchou

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j’emporte votre âme
Comme une lampe d’or qui m’éclaire en marchant ;
Qu’un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M’instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

Marguerite Yourcenar

Voir les commentaires

Origine

25 Juillet 2025, 01:59am

Publié par vertuchou

Il faut sauver le vent
les oiseaux brûlent le vent
dans les cheveux de la femme solitaire
qui revient de la nature
et tisse des tourments
Il faut sauver le vent

Alejandra Pizarnik

Voir les commentaires

Live au New Morning

24 Juillet 2025, 01:17am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Il était jaloux

23 Juillet 2025, 01:47am

Publié par vertuchou

Il était jaloux, inquiet et tendre,
Comme le soleil du bon Dieu il m'aimait,
Mais pour que son chant oublie le passé,
Il a tué mon oiseau blanc.
Il a dit, en entrant au crépuscule de ma chambre :
“Aime-moi, ris, écris des vers!”
Et j'ai enterré l'oiseau joyeux
Derrière le puits rond, sous le vieil aulne.
Je lui ai promis de ne pas pleurer,
Mais mon coeur maintenant est une pierre,
Il me semble que toujours et partout
J'entendrai chanter la voix si douce

Anna Akhmatova 

 

Voir les commentaires

La plupart des gens

22 Juillet 2025, 01:08am

Publié par vertuchou

La plupart des gens s'imaginent que la poésie est l'invention des poètes.

Mais le poète sait que la beauté est où elle est, et qu'il suffit d'aller la prendre.

Comme la vérité.

Armel Guerne

Voir les commentaires

Tordre la crinière

21 Juillet 2025, 01:40am

Publié par vertuchou

Tordre la crinière du poème en rut
déflagration d'espace
Abattre chapes d'horizons délétères
en un big-bang pour délivrer la voix
Le sang parle
la main s'ouvre
pour recueillir la rosée du temps
Traces fragiles sur la pente hiératique
de l'éternité

Abdellatif Laâbi

Voir les commentaires

Mélisande

20 Juillet 2025, 01:15am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Et je ne reverrai jamais

19 Juillet 2025, 01:28am

Publié par vertuchou

... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.
Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;
Et je la vis pleurer au moment des adieux.
Elle disait : « Je pars. Partir est chose dure. »
Je lui dis : « Sois heureuse, et va, car rien ne dure.
Mais souviens-toi toujours combien je t’ai aimée.
Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,
Nous allions à la source ou rôdions par les landes.
J’ai tressé pour ton cou d’entêtantes guirlandes ;
La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe
Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;
Les baumes précieux oignaient ton corps charmant
Et jeune. Prés de moi reposant tendrement,
Tu recevais des mains des expertes servantes
Les milles objets que l’art et la mollesse inventent
Pour parer la beauté des filles d’Ionie...
Ô plaisir disparu ! Joie à jamais finie !
L’éperdu rossignol charmait les bois épais,
Et la vie était douce et notre cœur en paix... »


Saphô 
Traduit du grec par Marguerite Yourcenar

Voir les commentaires

Elle s'est déshabillée dans le noir,

18 Juillet 2025, 00:03am

Publié par vertuchou

Elle s'est déshabillée dans le noir, puis elle a sauté sur moi, comme prise de panique, mais ce n'était pas de la panique, c'était une joie atrocement violente et sincère. [...]

Elle s'était fondue dans l'obscurité, comme la Voie lactée dans le ciel d'une nuit d'été, en dégageant une vague lumière laiteuse. Au milieu des sanglots, elle a pris mon visage plusieurs fois, comme dans un délire. Quand elle s'est assurée que j'étais bien là, elle m'a chuchoté d'une voix à peine audible : "Ryôsuke..."

À cause de la dope, je m'en moquais et je la caressais encore plus intensément. Elle a peut-être répété ce prénom masculin quatre ou cinq fois. Puis, comme pour vérifier ce nom, elle vérifiait ma peau.

 Yukio Mishima, Une matinée d'amour pur.

 

 

Voir les commentaires