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Vertuchou.over-blog.com

Il est trop dur de vivre sans aimer

3 Juin 2023, 01:30am

Publié par vertuchou

Tout cela me fait rêver du pays. Les eaux vertes bouillonnantes de la rivière, les grottes obscures à flanc de montagne. Ours qui grogne, dragon qui gronde. Au sud volent les oies sauvages.

Je pense à vous lointains exilés. La tristesse m’emporte comme un gros nuage noir dans la tempête. Ici ni là, à travers la vaste plaine, il ne reste plus rien, si ce n’est des barbelés, des bottes de sept lieux en caoutchouc et quelques SOS résignés. On n’entend plus que le bruit sourd des pas dans la glaise. Des couvertures sombres enveloppent les corps oubliés sur le bord du chemin. Qui claque des dents pour inviter les dieux ? La tête courbée sans dire maux. La mer se voudrait profonde pour y engloutir tant de chagrins, de corps funestes.

La main qui se tend
Ne peut venir que du fond du cœur.
Il est trop dur de vivre sans aimer.

Je regarde mon village
Mais ma route est sans retour.


Richard Taillefer

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Nu incliné avec torse levé

2 Juin 2023, 01:24am

Publié par vertuchou

Lithographie d'Egon Schiele, Nu incliné avec torse levé, 1918

Lithographie d'Egon Schiele, Nu incliné avec torse levé, 1918

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Vision

1 Juin 2023, 01:20am

Publié par vertuchou

Je vis d’abord sur moi des fantômes étranges
Traîner de longs habits ;
Je ne sais si c’étaient des femmes ou des anges !
Leurs manteaux m’inondaient avec leurs belles franges
De nacre et de rubis.

Comme on brise une armure au tranchant d’une lame,
Comme un hardi marin
Brise le golfe bleu qui se fend sous sa rame,
Ainsi leurs robes d’or, en grands sillons de flamme,
Brisaient la nuit d’airain !

Ils volaient ! – Mon rideau, vieux spectre en sentinelle,
Les regardait passer.
Dans leurs yeux de velours éclatait leur prunelle ;
J’entendais chuchoter les plumes de leur aile,
Qui venaient me froisser.

Ils volaient ! – Mais la troupe, aux lambris suspendue,
Esprits capricieux,
Bondissait tout à coup, puis, tout à coup perdue,
S’enfuyait dans la nuit, comme une flèche ardue
Qui s’enfuit dans les cieux !

Ils volaient ! – Je voyais leur noire chevelure,
Où l’ébène en ruisseaux
Pleurait, me caresser de sa longue frôlure ;
Pendant que d’un baiser je sentais la brûlure
Jusqu’au fond de mes os.

Dieu tout-puissant ! j’ai vu les sylphides craintives
Qui meurent au soleil !
J’ai vu les beaux pieds nus des nymphes fugitives !
J’ai vu les seins ardents des dryades rétives,
Aux cuisses de vermeil !

Rien, non, rien ne valait ce baiser d’ambroisie,
Plus frais que le matin !
Plus pur que le regard d’un oeil d’Andalousie !
Plus doux que le parler d’une femme d’Asie,
Aux lèvres de satin !

Oh ! qui que vous soyez, sur ma tête abaissées,
Ombres aux corps flottants !
Laissez, oh ! laissez-moi vous tenir enlacées,
Boire dans vos baisers des amours insensées,
Goutte à goutte et longtemps !

Oh ! venez ! nous mettrons dans l’alcôve soyeuse
Une lampe d’argent.
Venez ! la nuit est triste et la lampe joyeuse !
Blonde ou noire, venez ; nonchalante ou rieuse,
Coeur naïf ou changeant !

Venez ! nous verserons des roses dans ma couche ;
Car les parfums sont doux !
Et la sultane, au soir, se parfume la bouche ;
Lorsqu’elle va quitter sa robe et sa babouche
Pour son lit de bambous !

Hélas ! de belles nuits le ciel nous est avare
Autant que de beaux jours !
Entendez-vous gémir la harpe de Ferrare,
Et sous des doigts divins palpiter la guitare ?
Venez, ô mes amours !

Mais rien ne reste plus que l’ombre froide et nue,
Où craquent les cloisons.
J’entends des chants hurler, comme un enfant qu’on tue ;
Et la lune en croissant découpe, dans la rue,
Les angles des maisons.

Alfred de Musset

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Salut

31 Mai 2023, 01:40am

Publié par vertuchou

Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l’envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l’avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d’hivers;

Une ivresse belle m’engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
À n’importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

Stéphane Mallarmé

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L’état poétique

30 Mai 2023, 01:58am

Publié par vertuchou

L’état poétique est le seul promontoire connu d’où

par n’importe quel temps du jour ou de la nuit l’on découvre

à l’œil nu la côte nord de la tendresse.


René Depestre

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Toi aussi tu es l’amour

29 Mai 2023, 01:45am

Publié par vertuchou

Toi aussi tu es l’amour.
Tu es de sang et de terre
comme les autres. Tu marches
tel celui qui ne peut s’arracher
au seuil de sa maison.
Tu regardes tel celui qui attend :
sans rien voir. Tu es terre
qui souffre et se tait.
Tu as des sursauts, des peines,
des paroles — tu marches
en attente. L’amour
est ton sang — et c’est tout.

Cesare Pavese

 

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Qawalebese tape

28 Mai 2023, 01:58am

Publié par vertuchou

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Tu vois, je veux beaucoup

27 Mai 2023, 01:38am

Publié par vertuchou

Tu vois, je veux beaucoup.
Je veux peut-être tout :
l’obscurité dans l’infini de chaque chute,
le jeu tremblant de lumière de chaque ascension.

Il y en a tant qui vivent et ne veulent rien
et que les plats sentiments de leur facile tribunal
font rois.

Mais toi, tu te réjouis de tout visage
qui sert et qui a soif.

Tu te réjouis de tous ceux qui ont besoin de toi
comme d’un ustensile.

Tu n’es pas encore froid, il n’est pas trop tard
pour plonger dans tes infinies profondeurs
où la vie paisible se révèle.

Rainer Maria Rilke

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Nous éclatons de rire

26 Mai 2023, 01:48am

Publié par vertuchou

Nous éclatons de rire. Nous nous allongeons ensemble et faisons l’amour, doucement, tendrement, nous nageons en plein amour, et pour la première fois, l’orgasme m’envahit par surprise, sans que j’y pense, presque paisiblement, comme une aube qui se lève lentement, un lent épanouissement né de l’abandon, de la décontraction, né du non-être. Aucun effort pour l’atteindre. Tombant comme la pluie, noyant l’esprit et le faisant fleurir.

Anaïs Nin, Journal 1932-1934.

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Corail

25 Mai 2023, 01:45am

Publié par vertuchou

Il s'alarme à l'idée que, le regard appris,
Il ne reste des yeux que l'herbe du mensonge.
Il est si méfiant que son auvent se gâte À n'attendre que lui seul.


Nul n'empêche jamais la lumière exilée
De trouver son élu dans l'inconnu surpris.
Elle franchit d'un bond l'espace et le jaloux.
Et c'est un astre entier de plus.

René Char

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