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Coups de cœur
Comment sont les autres
Comment sont les autres
Font les autres
Vivent les autres
Si c’est comme moi
Et qu’ils font cette tête souriante quand je les vois
Alors oui nous sommes tous damnés
Car mes jours et mes nuits
Je ne les souhaite à personne
Je ne suis pas malheureux
Restez calmes je vous en prie
Non ce n’est pas cela
Que je veux dire
Mais nous sommes vraiment seuls
À penser certaines choses
Qui nous empêchent
De croire en qui
En quoi que ce soit
Vraiment seuls
À se croire seuls à les penser
C’est que tout le monde les cache
Et comment allez-vous
Cher ami
Beau temps et pluie
C’est la saison
Ce n’est pas mépris
Même l’amour y a sa part
Si l’on n’aimait pas
On ne penserait pas ces choses
Non c’est tout simple
Et positivement horrible
Se suicider
En devient ridicule.
Georges Perros
Son torse, son corps
Son torse, son corps, ses yeux sombres et sa bouche m'obsèdent. J'aime ses défauts, son mauvais caractère, son visage anguleux et es mains si fines. Je les veux sur moi.
Éliette Abécassis, La répudiée.
L'espérance
Je n'ai plus ni bonheur ni liberté,
Une seule espérance m'est restée :
Revenir un jour dans ma belle Ukraine,
Revoir une fois ma terre lointaine,
Contempler encore le Dniepr si bleu
- Y vivre ou mourir importe bien peu -,
Revoir une fois les tertres, les plaines,
Et brûler au feu des pensées anciennes...
Je n'ai plus ni bonheur ni liberté,
Une seule espérance m'est restée.
Loutsk 1880
Lessia Oukraïnka
Celui qui veut
Le centre blanc
Sur le fil de lumière
je suspends la poésie
comme guirlandes
orbite de mes horizons
je gravis ses enceintes
glissant sur l’archipel
de rivières démenties
j’ai la poésie plantée au ventre et au cœur
éboulis qui m’invente des paysages
je m’ouvre comme une huître sous le couteau
de son arc-en-ciel
étang de mes étoiles qui foisonne
le vase de la solitude
bouée de ma réalité
algue de mes abandons
je m’ancre à ton corail
Nicole Brossard
Verre d'eau
Résurrection
Et la Mort est entrée. Elle a dit : « C’est assez !
Je le veux à mon tour. Toi, viens, et toi, demeure ! » —
Puis sur le corps raidi, sur les membres glacés,
Elle a parachevé son œuvre, heure par heure.
Avec méthode, elle a d’abord terni les yeux ;
Elle a scellé la bouche, effacé le sourire.
Aux cheveux elle a pris leurs beaux reflets soyeux ;
Elle a changé la face en un masque de cire.
Rongeant sans cesse, enfin, elle a détruit la chair,
Évidé la poitrine et dénudé les hanches…
Ne laissant subsister de ce qui me fut cher
Qu’un squelette qui rit de toutes ses dents blanches…
Elle m’a dit alors : « Regarde ton amant.
À le voir sans dégoût oserais-tu prétendre ?
Il est semblable à moi sous ce déguisement,
Et, tel que le voilà, voudrais-tu le reprendre ?… »
Comme le peintre fixe avec de la couleur
Sur la toile un visage où l’âme se rallume,
Avec mon cœur ardent et ma sainte douleur
– Mais sans art – je l’ai fait revivre sous ma plume.
Entre les plus doux mots j’ai fait encore un choix
Pour recomposer mieux la radieuse image :
Ils ont brillé, ses yeux, elle a sonné, sa voix…
Et, tout entier, il a surgi de chaque page.
Et j’ai dit à la Mort : « Il est ressuscité !
Aussi beau qu’autrefois il renaît de sa cendre.
Il vit par mon amour et par ma volonté
Et, tel que le voilà, tu ne peux plus le prendre ! »
Marie Nizet
les poètes seuls
Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure.
Friedrich Hölderlin
Azur
Azur ! nos bêtes sont bondées d'un cri !
Je m'éveille, songeant au fruit noir de l'Anibe dans sa cupule verruqueuse
et tronquée… Ah bien ! les crabes ont dévoré tout un arbre à fruits mous.
Un autre est plein de cicatrices, ses fleurs poussaient, succulentes, au
tronc. Et un autre, on ne peut le toucher de la main, comme on prend à
témoin, sans qu'il pleure aussitôt de ces mouches, couleurs !… Les
fourmis courent en deux sens. Des femmes rient toutes seules dans les
abutilons , ces fleurs jaunes tachées de noir pourpre à la base que l'on
emploie dans la diarrhée des bêtes à cornes… Et le sexe sent bon. La
sueur s'ouvre un chemin frais. Un homme seul mettrait son nez dans le pli
de son bras. Ces rives gonflent, s'écroulent sous des couches d'insectes
aux noces saugrenues. La rame a bourgeonné dans la main du rameur. Un
chien
vivant au bout d'un croc est le meilleur appât pour le requin…
- Je m'éveille songeant au fruit noir de l' Anibe ; à des fleurs en paquets
sous l'aisselle des feuilles.
Saint-John Perse
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