La vraie poésie
La vraie poésie, c’est de mener une belle vie. Vivre la poésie vaut mieux que l’écrire.
Matsuo Bashō
Coups de cœur
La vraie poésie, c’est de mener une belle vie. Vivre la poésie vaut mieux que l’écrire.
Matsuo Bashō
Vision complexe —
La Clarté — aidant la Clarté —
Le Fini — doté
De l’Infini —
Convexe — et Concave Témoigne —
En arrière — vers le Temps —
Et en avant —
Vers le Dieu en Lui —
Emily Dickinson
Ils sont morts à plusieurs
C’est à dire chacun seul
Sur une même potence qu’on nomme territoire
Leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne
En otage de vie.
Alors la nuit
La nuit jusqu’au matin
Puis de nouveau la mort
Et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot.
Quatre soleils montent la garde pour empêcher
Le temps d’inventer une histoire.
Ils sont morts à plusieurs
Sans se toucher
Sans fleur à l’oreille
Sans faire exprès
Une voix tombe : c’est le bruit du jour sur le pavé.
Crois-tu que la terre s’habitue à tourner ?
Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs
Par besoin de mourir
Comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
Ou que la mer vous rentre par la bouche.
Alors
Ils sont bien morts ensemble
C’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.
Nadia Tueni
Quand tu ris, sur ta bouche
L'amour s'épanouit,
Et le soupçon farouche
Soudain s'évanouit !
Ah ! le rire fidèle
Prouve un cœur sans détours...
Riez, ma belle,
Riez toujours !
Quand tu dors, calme et pure,
Dans l'ombre, sous mes yeux,
Ton haleine murmure
Des mots harmonieux.
Ton beau corps se révèle
Sans voile et sans atours...
Dormez, ma belle,
Dormez toujours !
Quand tu me dis : Je t'aime !
Ô ma beauté ! je crois,
Je crois que le ciel même
S'ouvre au-dessus de moi !
Ton regard étincelle
Du beau feu des amours...
Aimez, ma belle,
Aimez toujours !
Vois-tu ? toute la vie
Tient dans ces quatre mots,
Tous les biens qu'on envie,
Tous les biens sans les maux !
Tout ce qui peut séduire
Tout ce qui peut charmer...
Chanter et rire,
Dormir, aimer !
Victor Hugo
Au bout de ma douleur
se trouvait une porte.
Écoute-moi attentivement : ce que tu appelles la mort
je m'en souviens.
Au-dessus de moi, des sons, le bruissement des branches de pin.
Ensuite, plus rien. La lumière pâle
du soleil vacilla sur l'espace aride.
Il est terrible de survivre
en tant que conscience
ensevelie dans la terre obscure.
Et puis ce fut tout : ce que tu crains, être
une âme, et incapable
de parler prenant brutalement fin, la terre âpre
se courbant quelque peu. Et ce que je crus être
des oiseaux se lançant dans de petits arbustes.
Toi qui ne te souviens pas
du passage depuis l'autre monde
je te le dis, je pouvais parler à nouveau : tout ce qui
revient de l'oubli revient
pour trouver une voix :
du centre de ma vie surgit
une grande fontaine, des ombres
d'un bleu foncé sur l'azur de la mer.
Louise Glück
Un poète c’est quelqu’un qui a un don égal pour l’âme et pour le verbe.
Marina Tsvetaïeva
Suis-je la fleur de lune
Ou bien l'eau qui dort?
Je suis née dans une brume
Là où le vent vient du nord
Suis-je l'herbe sauvage
Ou le ciel de pluie?
Viens te prendre à mon mirage
Te noyer dans mes yeux gris
Où que tu sois je t'appelle
Je sais que tu m'entends
Je sais qu'il faudra que tu viennes
Ma cage est grande ouverte
Et ma prison t’attend
Suis-je l'étoile ou l'algue?
Suis-je le faut semblant?
Viens t'enrouler dans mes vagues
Elles ont comme un goût de sang
Où que tu sois je t'appelle
Je sais que tu m'entends
Je sais qu'il faudra que tu viennes
Ma cage est grande ouverte
Et ma prison t'attend
Suis-je la fleur de lune
Ou bien l'eau qui dort?
Suis-je l'herbe sauvage
Ou le ciel de pluie?
Viens dans mon mirage
Au fond de mon nid
Françoise Hardy