Les couplets de Folies
Marin Marais (1656 - 1728)
Les couplets de Folies
(Livre de Pièces de Viole)
Soliste : Philippe Foulon
Orchestre: & Lacrimæ Consort
Coups de cœur
Marin Marais (1656 - 1728)
Les couplets de Folies
(Livre de Pièces de Viole)
Soliste : Philippe Foulon
Orchestre: & Lacrimæ Consort
Si vous me demandez où j'étais
je dois dire : « Il arrive que ».
Je dois parler du sol que les pierres obscurcissent,
du fleuve qui en se prolongeant se détruit :
je ne connais que les choses perdues par les oiseaux,
la mer laissée en arrière, ou ma soeur qui pleure.
Pourquoi tant de régions. pourquoi un jour
se joint-il à un jour ? Pourquoi une nuit noire
s'accumule-t-elle dans la bouche ? Pourquoi des morts ?
Si vous me demandez d'où je viens, je dois parler
avec les choses brisées,
avec des ustensiles trop amers,
avec de grandes bêtes souvent pourries
et avec mon coeur tourmenté.
Ce ne sont pas les souvenirs qui se sont croisés
ni la colombe jaunâtre qui dort dans l'oubli,
mais des visages avec des larmes,
des doigts dans la gorge,
et ce qui s'effondre des feuilles :
l'obscurité d'un jour écoulé,
d'un jour nourri de notre triste sang.
Voici des violettes, des hirondelles,
tout ce que nous aimons et qui figure
sur de douces cartes à longue traîne
où se promènent le temps et la douceur.
Mais ne pénétrons pas au-delà de ces dents,
ne mordons pas aux écorces que le silence accumule,
car je ne sais que répondre :
il y a tant de morts,
et tant de jetées que le soleil rouge transperçait,
et tant de têtes qui frappent les bateaux
et tant de mains qui ont enfermé des baisers,
et tant de choses que je veux oublier
Pablo Neruda
Alan Mac Donald
Messenger
huile sur lin
60 cm x 80cm
Le poème, seul, est en chemin, dans le secret de la rencontre.
Paul CELAN
L’existence paraît une soirée d’été,
Chaude, douce et remplie de paix ;
Nos sentiments, libres de toute entrave, donnent
À l’âme sa pleine liberté. […]
Mais le temps, bien qu’il fuit invisible
Et lent, ne s’arrête pas ;
Du même pas, que les cieux soient clairs ou couverts,
Il fraye son chemin silencieux.
Du même pas la coupe amère du chagrin,
Du même pas la gorgée de bonheur extrême,
Sa progression ne laisse aux lèvres frustrées
Qu’un bref moment pour un baiser.
Et l'âme, alors, a-t-elle gagné,
De ce court moment de bien être,
Ne fût-ce qu'un répit, quand elle est surmené,
Qu'un rapide aperçu de la paix ?
Charlotte Brontë
Jean-Sébastien Bach
1685 - 1750
Cantate BWV 140 "Le veilleur"
1731
Choeur : Wachet auf, ruft uns die Stimme.
Réveillez-vous, appelle la voix des veilleurs.
sous la direction de Karl Richter.
Interpretation - Munich Bach Choir, Munich Bach Orchestra.
Parmi beaucoup de poèmes
Il y en avait un
Dont je ne parvenais pas à me souvenir
Sinon que je l’avais composé
Autrefois
En descendant cette rue
Du côté des numéros pairs de cette rue
Baignée d’une matinée limpide
Une rue de petites boutiques persistantes
Entre la Seine sinistrée et l’hôpital
Un poème écrit avec mes pieds
Comme je compose toujours les poèmes
En silence et dans ma tête et en marchant
Mais je ne me souviens de rien
Que de la rue de la lumière et du hasard
Qui avait fait entrer dans ce poème
Le mot “respect”
Que je n’ai pas l’habitude de faire vibrer
Dans les pages mentales de la poésie
Au-delà de lui il n’y a rien
Et ce mot ce mot qui ne bouge pas
Atteste la cessation de la rue
Comme un arbre oublié de l’espace
Jacques Roubaud
La poésie n’explique pas la vie.
Elle donne la vie à sentir et à voir.
Le poème, avec les mots de la langue,
tente de donner une équivalence
à une situation donnée, vécue ou rêvée
et la finalité de toute poésie est de permettre
une capture d’un instant du réel
dans ce qu’il est et dans ses prolongements
imaginaires et/ou spirituels.
Salah Stétié
Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dis tout
Ô, toi,
Que nous dansions ensemble
Toi qui me parlais d'elle
D'elle qui te chantait
Toi qui me parlais d'elle
De son nom oublié
De son corps, de mon corps
De cet amour là
De cet amour mort
Chanson,
De ma terre lointaine
Toi qui parleras d'elle
Maintenant disparue
Toi qui me parles d'elle
De son corps effacé
De ses nuits, de nos nuits
De ce désir là
De ce désir mort
Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dit tout
Et toi qui me dit tout
paroles de Marguerite Duras
musique de Carlos d'Alessio
Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré
Jacques Prévert