Cache-cache
Coups de cœur
Que vos rêves s'envolent et viennent jusqu'à moi,
pour dévoiler ainsi vos désirs de l'instant
me plongeant de la sorte dans le vif désarroi
Ma place est-elle ici ou au cœur du néant ?
Me perdrais-je dans vos yeux aux profondeurs de l'âme
pour découvrir enfin l'étendue de vos cieux
cette voûte étoilée aux frontières du diaphragme
la cavité béante au firmament des dieux !
Au cœur de ce mortel palpite, cadencé,
l'instrument de la vie dans un rythme endiablé
courant après sa belle si longtemps évanouie
qu'elle demeure éternelle étendue dans son lit !
Danielle TOUPEY
Levée avant les heures
Je jette au vent ces mots
Poignée de graines dédiées
Au monde ailé du jour.
Anne Perrier
Por la blanda arena
Que lame el mar
Tu pequena huella
No vuelve mas
Un sendero solo
De pena y silencio llego
Hasta el agua profunda
Un sendero solo
De penas mudas llego
Hasta la espuma
Sur le sable doux que lèche la mer
Ses empreintes ne reviendront plus désormais
Et un seul chemin de peine et le silence est venu
Jusqu'aux eaux profondes
Et un seul chemin de peines
pures est venu
Jusqu'à l'écume.
Sabe Dios qué angustia
Te acompano
Qué dolores viejos
Callo tu voz
Para recostarte
Arrullada en el canto
De las caracolas marinas
La cancion que canta
En el fondo oscuro del mar
La caracola
Seul Dieu sait quelle angoisse t'as accompagnée
Quelles vieilles douleurs tu a gardées en
silence
Pour dormir et reposer en paix parmi les rochers
Des conques sous marines
La chanson
qu'elle chante dans les profondeurs obscures de la mer
La conque.
Te vas Alfonsina
Con tu soledad
Qué poemas nuevos
Fuiste a buscar ?
Una voz antigua
De viento y de sal
Te requiebra el alma
Y la esta llevando
Y te vas hacia alla
Como en suenos
Dormida, Alfonsina
Vestida de mar
Tu pars Alfonsina avec ta solitude
Quels poêmes nouveaux es-tu allé chercher ?
Et une voix antique de vent et de mer
Réclame ton ame
Et elle l'appelle
Et tu pars, la-bàs comme dans un rêve
Alfonsina endormie, s'est vêtue de mer.
Cinco sirenitas
Te llevaran
Por caminos de algas
Y de coral
Y fosforecentes
Caballos marinos haran
Una ronda a tu lado
Y los habitantes
Del agua van a jugar
Pronto a tu lado
Cinq petites sirènes t'emmèneront
Parmi les chemins d'algues et de corail
Et les hipocampes feront
Une ronde à tes côtés
Et les habitants de l'eau vont nager bientôt à tes
côtés.
Bajame la lampara
Un poco mas
Déjame que duerma
Nodriza, en paz
Y si llama él
No le digas que estoy
Dile que Alfonsina no vuelve
Y si llama él
No le digas nunca que estoy
Di que me que me he ido
Baisse la lumière un peu plus
Laisse-moi dormir, reposer en paix
Et si elle appelle ne lui dis pas que je suis ici
Dis lui que Alfonsina ne reviendra pas
Et si elle appelle ne lui
dis jamais que je suis ici
Dis que je suis parti.
Te vas Alfonsina
Con tu soledad
Qué poémas nuevos fuiste a buscar ?
Una voz antigua
De viento y de sal
Te requiebra el alma
Y la esta llevando
Y te vas hacia alla
Como en suenos
Dormida, Alfonsina
Vestida de mar.
Tu pars Alfonsina avec ta solitude
Quels poêmes nouveaux es-tu allé chercher ?
Et une voix antique de vent et de mer
Réclame ton ame
Et elle l'appelle
Et tu
pars, la-bàs comme dans un rêve
Alfonsina endormie, s'est vêtue de mer.
Felix Luna
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Elle a passé, la jeune fille,
C' est peut-être la seule au monde
Mais non, - ma jeunesse est finie... Gérard de Nerval |
Qui dira la fulguration de ta naissance taillée dans le diamant de ton
unique syllabe haute…Ville, planète de verre et de pierre, transparente comme la lumière et qui s’échappe à peine prononcée…Parole exquise ouverte dans la pensée, comme l’astre de pierres
précieuses suspendu dans le ciel.
Ville, cristal du sentiment et de la fièvre qui jaillit dans le regard et déjà se résorbe, échappée violente du geste de l’éclair,
dans ce corps qui s’élance avec l’inflexible douleur de la flamme et nous consume par sa douceur. Neige relevée, ailes du ciel qui battent sur la proie, cris d’oiseaux, langueur de la terre,
apaisement du cœur.
La ville nous ouvre ses rues de ses consonnes et se jette en avant. Le mode du verbe qui saisit sa vigueur ne peut l’enserrer, sa voyelle aigue troue les plafonds de la cage d’étoupe. Ville,
arène, course folle jusqu’aux parements des murs, offrande de toute l’étendue intarissable d’un espace amer.
Ville ! Qui dira la fulguration de ton désir taillé dans le diamant de ton unique syllabe brève…
Jean-Claude WALTER
À la très-chère, à la très-belle
Qui remplit mon cœur de clarté,
À l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité !
Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l’éternel.
Sachet toujours frais qui parfume
L’atmosphère d’un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,
Comment, amour incorruptible,
T’exprimer avec vérité ?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !
À la très-bonne, à la très-belle,
Qui fait ma joie et ma santé,
À l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité !
Charles Baudelaire
J'appelle poète un homme dont la parole respire
au rythme de la création et dans la bouche duquel
les mots de chaque jour - fanés comme des fleurs -
retrouvent leurs couleurs et leurs parfums
parce que de nouveau circule en eux
une sève qui est notre sang.
Edmond Jeanneret
Que me font tous ces noms que je ne connais pas
ces rois, ces maréchaux, ces généraux d’antan
quand j’arpente ma ville, mon amour, où que j’aille
c’est à toi que je rêve sur ce champ de bataille
que me font tous ces noms que je ne connais pas
ces savants oubliés, ces sportifs, ces tyrans
ces régions, ces héros, ces dates historiques
je ne connais que toi partout où je me risque
que me font tous ces noms que je ne connais pas
sculpteurs, danseurs, artistes peintres et musiciens
écrivains négligés, physiciens, médecins
mon pas est incertain s’il ne te connaît pas
alors j’ai gribouillé le plan
rebaptisé les rues
pour aller désormais
du pas sûr de l’amant
chaque nuit je remplace une plaque
des rues
de ma ville
chaque nuit je rebaptise
les rues
de ma ville
et le jour je te cherche
rue du café où au petit matin on a pris notre premier petit déjeuner
rue où tu t’es foulé une cheville en voulant jouer à saute mouton
rue où en sortant du théâtre tu n’as pas parlé pendant une heure
rue du cinéma que tu aimais tant et qui a été détruit
rue du restaurant où tu as trouvé un cafard dans ta salade
rue de l’hôtel où tu as oublié une culotte mise à sécher
rue de la librairie où l’on trouve de vieux 10/18 introuvables
rue de l’immeuble où n’en pouvant plus tu as fait pipi dans l’entrée
rue où tu t’es fait photographier dans les bras de Barbara
rue de l’épicerie où les légumes sont les plus frais du monde
rue du fromager qui te fait rire parce qu’il ressemble à ses fromages
rue du boulanger parce que tu trouves la boulangère très belle
rue de l’armurier où tu n’as plus jamais voulu passer
rue du torréfacteur où tu rêvais de voyages orientaux
rue de l’amour où je n’ai pas changé la plaque
rue où tu m’as pris pour la première fois par le cou
rue où tu m’as pris la main pour la première fois
rue où pour la première fois tu as refusé de m’embrasser
rue du restaurant tzigane qui descend vers le fleuve
rue où le gros monsieur barbu t’a demandée en mariage sur un air d’opéra
rue où habitaient tes parents autrefois
rue où tu disais toujours qu’on se croirait à Prague
rue de la pâtisserie où l’on trouve les meilleurs gâteaux des rois
rue où ce sauvage a arraché ton sac et volé si peu d’argent
rue où tu as pleuré pour ce chien écrasé
rue des synonymes
rue de l'étourderie
rue des enfants
rue du soleil
rue de l'éclipse
rue de la poésie
j’arpente chaque jour ma nouvelle cité
où les gens sont perdus, toi et moi retrouvés
je tiens ta douce main, je sais donc où je vais
dans tes pas, souriant, je vais te retrouver
ma ville n’est enfin plus ce champ de bataille
cette encyclopédie, ce dictionnaire en braille
c’est l’album souvenir, la carte des amants
mappemonde du temps, du temps où tu étais là
Francis Ricard
L’éclair vibre sa flèche torse
À l’horizon mouvant des flots.
Sur ta natte de fine écorce
Tu rêves, les yeux demi-clos.
À l’horizon mouvant des flots
La foudre luit sur les écumes.
Tu rêves, les yeux demi-clos,
Dans la case que tu parfumes.
La foudre luit sur les écumes,
L’ombre est en proie au vent hurleur.
Dans la case que tu parfumes
Tu rêves et souris, ma fleur !
L’ombre est en proie au vent hurleur,
Il s’engouffre au fond des ravines.
Tu rêves et souris, ma fleur !
Le cœur plein de chansons divines.
Il s’engouffre au fond des ravines,
Parmi le fracas des torrents.
Le cœur plein de chansons divines,
Monte, nage aux cieux transparents !
Parmi le fracas des torrents
L’arbre éperdu s’agite et plonge.
Monte, nage aux cieux transparents,
Sur l’aile d’un amoureux songe !
L’arbre éperdu s’agite et plonge,
Le roc bondit déraciné.
Sur l’aile d’un amoureux songe
Berce ton cœur illuminé !
Le roc bondit déraciné
Vers la mer ivre de sa force.
Berce ton cœur illuminé !
L’éclair vibre sa flèche torse.
(extrait)
Leconte de Lisle