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Coups de cœur
Elsa
Tandis que je parlais le langage des vers
Elle s’est doucement tendrement endormie
Comme une maison d’ombre au creux de notre vie
Une lampe baissée au coeur des myrrhes verts
Sa joue a retrouvé le printemps du repos
Ô corps sans poids posé dans un songe de toile
Ciel formé de ses yeux à l’heure des étoiles
Un jeune sang l’habite au couvert de sa peau
La voila qui reprend le versant de ses fables
Dieu sait obéissant à quels lointains signaux
Et c’est toujours le bal la neige les traîneaux
Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables
Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis
Qu’elle reste pareille aux marches du silence
Qui m’échappe pourtant de toute son enfance
Dans ce pays secret à mes pas interdit
Je te supplie amour au nom de nous ensemble
De ma suppliciante et folle jalousie
Ne t’en va pas trop loin sur la pente choisie
Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble
J’ai peur éperdument du sommeil de tes yeux
Je me ronge le coeur de ce coeur que j’écoute
Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route
Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux
Louis Aragon
Le poète, l'esprit du poète
Le poète, l'esprit du poète est une véritable fabrique d'images.
Pierre Reverdy
Aucun mot
Aucun mot n'est trop grand trop fou quand c'est pour elle
Je lui songe une robe en nuages filés
Et je rendrai jaloux les anges de ses ailes
De ses bijoux les hirondelles
Sur la terre les fleurs se croiront exilées
Je tresserai mes vers de verre et de verveine
Je tisserai ma rime au métier de la fée
Et trouvère du vent je verserai la vaine
Avoine verte de mes veines
Pour récolter la strophe et t'offrir ce trophée
Louis Aragon
Vous ne savez donc pas
Vous ne savez donc pas que vous n'avez qu'une seule vie, une minuscule petite vie,
et qu'elle est devant vous ? Ni à gauche ni à droite ni derrière, devant !
Vous attendez quoi ? Le retour de l'année dernière ?
Philip K. Dick
À Élisabeth
Hélas ! qu'il fut long, mon amie
T'en souvient-il?
Le temps de douleur endormie,
Ce noir exil
Pendant lequel, tâchant de naître
À notre amour,
Nous nous aimions sans nous connaître!
Oh! ce long jour,
Cette nuit où nos voix se turent,
Cieux azurés,
Qui voyez notre âme, oh! qu'ils furent
Démesurés!
J'avais besoin de toi pour vivre;
Je te voulais!
Fou, je m'en allais pour te suivre,
Je t'appelais
Et je te disais à toute heure
Dans mon effroi
C'est moi qui te cherche et qui pleure.
Viens. Réponds-moi...
Car à la fin je t'ai trouvée,
Force et douceur,
Telle que je t'avais rêvée,
Épouse et soeur,
Qui toujours, aimante et ravie,
Me guériras,
Et qui traverseras la vie
Entre mes bras.
Plus d'exil ! vois le jour paraître
À l'orient :
Nous ne sommes plus qu'un seul être
Fou et riant...
Oui, je t'ai retrouvée, et telle
Que je t'aimais,
Toi qui, comme un miroir fidèle
Vis désormais
Ma vie, et je t'aime, je t'aime,
Je t'aime ! et pour
L'éternité, je suis toi-même,
Ô cher amour.
Théodore de Banville
Labourage dans le Nivernais
Laisse les choses
laisse les choses aller
laisse les choses partir
laisse les choses se produire
rien
dans ce monde
ne t'était promis
ni ne t'appartenait
- tu ne possèdes que toi-même
Rupi Kaur
Ma belle, mon adorée
Ma belle, mon adorée, je m’ennuie de toi à mourir. Tout est vide, je n’ai que tes vêtements à embrasser. Ton corps, tes yeux, ta bouche, toute ta présence me manquent. Tu es la seule, je t’aime de toute éternité. Toutes les détresses que j’ai subies ne sont rien. Mon amour, notre amour les brûle. Quand tu reviendras, je veux te parer merveilleusement. Donne-moi la taille pour les pyjamas (!!!). Je veux pour toi tout ce qu’il est possible d’avoir, tout ce qu’il y a de plus beau. Reste le moins longtemps possible absente. Reviens vite. Sans toi, je ne suis plus rien. Tous les autres désirs je les réalise en rêve. Le désir que j’ai de toi, je le réalise dans la réalité. Il absout la réalité.
Lettre de Paul Eluard à Gala (Helena Dmitrievna Diakonova)
Le soleil
Flambeau de l'Univers, charmant père du jour,
Globe d'or et de feu, centre de la lumière,
Admirable portrait de la cause première,
Tu fais de la nature et la joie et l'amour.
Comme un superbe roi, qui brille dans sa cour,
Couronné de rayons en ta haute carrière,
Des portes d'Orient tu franchis la barrière,
Pour visiter le Gange et le Pô tour à tour.
Ainsi marchant toujours dans la pompe royale,
Et courant de l'aurore à l'Inde occidentale,
Tu répands en tous lieux ton éclat sans pareil.
Mais si je te compare au Dieu de la nature,
Dont tu n'es après tout que la faible peinture,
Ton éclat n'est qu'une ombre et tu n'es plus soleil.
Laurent Drelincourt
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